Les romains et l’eau

LES ROMAINS ET L’EAU de Alain Malissard

Les thermes

Principe: on s’échauffait au tiède, on se lavait au chaud, on se baignait au froid.

Tépidarium: salle tiède 25 à 30°, hygrométrie: 20 à 40%

laconicum à chaleur sèche ou sudatorium à chaleur humide: salle plus chaude si l’établissement en était pourvu:

caldarium: 55°, hygrométrie:80%

frigidarium: eau fraiche

Autour des bâtiments, et dès avant que l’enceinte ne fût franchie, c’était le désordre et la vie de tous les petits métiers qui clamaient leur présence et leur supériorité: marchands de peignes et de parfums, vendeurs de boissons, de saucisses ou de petits gâteaux, loueurs de serviettes et de sandales, de drogues,de pommades et d’onguents, diseurs de récits et de bonne aventure, philosophes, astrologues et comédiens qu’on retrouvait ensuite installés dans les portiques ou dans les hypogées des grandes salles de lecture ou de conversation.

Au milieu d’eux circulait toute une foule hétéroclite d’esclaves et de prostituées, de sportifs portant leur strigile ou leurs balles, de vigiles et d’étrangers étonnés, de jeunes gens désœuvrés, de voleurs et de parasites à la recherche d’une invitation à dîner.

On s’attendait, on flânait, on se rencontrait par hasard. Les moins nombreux n’étaient venus que pour une conférence, un récital poétique ou un concert, d’autres cherchaient à voir quelqu’un d’influent, certains s’asseyaient seulement dans les exèdres avec un livre; un Lateranus allait droit aux coupes et aux enseignes peintes sur toile » qui signalaient les tavernes, un Syriscus dépensait des millions dans les estaminets où l’on mange assis autour des quatre bains, un Pline l’Ancien se mêlait à la foule en dictant ses réflexions à des scribes. Souvent un affranchi cousu d’or, entouré d’une troupe de masseurs, d’entraîneurs et de flatteurs s’attardait complaisamment à la palestre ou repartait en grand équipage. Parfois, dans un grand déploiement de Germains et d’officiers, c’était l’empereur lui-même qui traversait l’enceinte en remerciant d’un geste ou d’un regard. tous ceux qui l’acclamaient; dans cette foule hétérogène, un instant unie pour crier sa reconnaissance, et dans les bâtiments somptueux qu’il lui avait offerts, il retrouvait à chaque fois tout son empire.

Près de l’entrée, c’était une autre odeur, une odeur de vapeur et de feu, de sueur et de parfum, de chaleur et d’eau, mais, le seuil franchi, c’était une fantasmagorie de marbres et de stucs, une impression de basilique et de palais dont on serait devenu tout d’un coup propriétaire,

Dans les vestiaires, on s’asseyait sur des bancs aux pieds souvent sculptés que recouvraient des couvertures et des étoffes aux teintes multicolores. De jeunes esclaves passaient, attentifs et chargés de vêtements qu’ils protégeaient des pertes et des voleurs en les rangeant précautionneusement à l’intérieur de niches aménagées dans les murs et séparées les unes des autres par des colonnettes ou des télamons de terre cuite.

Dans les salles chaudes, avec d’infinies variations de richesse et d’inspiration, c’étaient partout des vasques et des sièges décorés, des fontaines ornées, des corniches, des modénatures et des ciselés dont les lignes suivaient les voûtes et soulignaient les formes diversifiées des architectures intérieures. Dans les caldariums s’élevaient des absides et des coupoles à caissons, dans les tepidarium de hautes voûtes où brillaient des milliers de tessères évoquant des formes vivantes. La lumière et le soleil descendaient par de grandes ouvertures arrondies, pénétraient par de hautes fenêtres ou traversaient de larges baies munies de verres colorés. Les parois étaient rehaussées de stucs et de filets d’émail dont les couleurs évoquaient, comme des peintures, les arbres, les prairies et l’abondance d’une végétation luxuriante. L’eau jaillissait partout en cascade ou sortait de robinets d’argent. Dans les entrées plus fraîches, les vestibules et les couloirs, le sol était recouvert de marbre blanc; dans les grandes salles, de mosaïques où jouaient des tritons et des dauphins, des pieuvres, des poissons, des nymphes, des Naïades et toutes les divinités de la mer et des fleuves; au fond même des vasques, des baignoires et des piscines, des fleurs, des plantes aquatiques et des motifs géométriques, animés du perpétuel mouvement des eaux, semblaient dotés de vie.

Au terme du parcours, dans l’immense basilique centrale, aussi vaste et aussi haute que les palais de réception des empereurs, c’était, au pied des lourdes colonnes de granit et de porphyre, un immense forum des loisirs au centre duquel étaient exposées de splendides œuvres d’art. Venant de la piscine ou sortant du tepidarium, une immense foule d’hommes et de femmes, vêtus et demi-nus, flânait après l’exercice ou déambulait pour le plaisir dans la nef principale et sur les bas-côtés; épilés et parfumés, assouplis par les massages, ils regardaient, souvent sans les voir, toutes les splendeurs qui les entouraient, mais en ressentaient profondément la paix et la beauté. Au fond, tout entourée de portiques à étages et comme enchâssée dans la lumière du grand jour, scintillait la piscine agitée sans cesse et bruyante où le luxe et l’artifice des hommes permettaient de nager comme dans une eau naturelle, à l’air libre, au milieu d’une végétation qu’entretenaient sans cesse les jardiniers de l’empereur.

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