Blanchissage en 1852

Bains&Lavoirs publics – Commission institué par ordre du Prince Président de la république 1852 (extrait)

les opérations du blanchissage sont au nombre de 8; ce sont:

1°- l’essangeage

2°- le lessivage ou coulage

3°- le savonnage

4°- le passage à l’eau de javelle

5°- le rinçage

6°- le passage au bleu

7°- l’essorage ou le tordage

8°- le séchage

Les laveuses qui savent bien opérer ne manquent jamais d’essanger leur linge avant de le donner à lessiver. Mais toutes ne le font pas, malgré la simplicité de ce travail, qui consiste uniquement à laver grossièrement le linge dans l’eau pure.

Le lessivage est l’opération capitale; voici comment elle s’exécute généralement: le linge est mis dans un cuvier muni d’un robinet à la partie inférieure et sur lequel on verse, soit par un tuyau communiquant à un réservoir, soit avec des seaux, une dissolution plus ou moins étendue de carbonate de potasse ou de soude, à la température de l’eau bouillante. Cette dissolution traverse le linge, vient couler par le robinet du bas, est reportée à la partie supérieure, traverse encore le cuvier et ainsi de suite pendant 9 ou 10 heures. Ce système, outre qu’il est très long, est loin de débarrasser parfaitement le linge des souillures qu’il contient. Il paraît que sous l’influence subite de dissolutions alcalines, même concentrée, à la température de 100°, certaines tâches s’imprègnent dans le linge et s’y fixe tellement qu’elles ne peuvent plus disparaître. Pour remédier à cet inconvénient, un ouvrier a imaginé un appareil excellent ou la lessive passe, d’abord froide, sur le cuvier et s’échauffe insensiblement, a chaque circuit, jusqu’à ce qu’elle soit bouillante. Elle continue alors à circuler à travers le linge, tant qu’on peut endurer la main sur le fond du cuvier. Quand cela devient difficile, l’opération est terminé. Elle a duré 2h ou 2h1/2, et n’a nécessité qu’une lessive marquant 3° ou 3°1/2 au pèse-liqueur, au lieu de 4° ou 5° qu’on était obligé d’atteindre avec l’ancien procédé. Le linge est mieux nettoyé, il a subi moins de détérioration, et on a obtenu une économie notable de combustible et de potasse.

Un mot sur la manière de fonctionner de cet appareil donnera l’idée de sa commodité. Une chaudière produit la vapeur qui, par un tuyau, vient plonger dans un récipient fermé, contenant la lessive d’abord froide. Le vapeur passe sur cette lessive qui, refoulée, monte dans un tube, se rend sur le cuvier, traverse le linge et rentre par un autre conduit dans le récipient. Une soupape à l’extrémité de ce tube de retour, un flotteur avec robinet fixé sur le tube de vapeur, et un petit serpentin servent à empêcher la lessive de faire fausse route en rentrant par le bas du cuvier, à rendre intermittente l’ascension du liquide et à accélérer l’élévation de température de la lessive qui, vers la fin de l’opération, ne serait pas assez chauffée par l’arrivée directe de la vapeur dans le récipient.

Le savonnage se fait après la lessive, avec de l’eau froide, de l’eau chaude ou de l’eau alcaline, dans des baquets que les lavoirs mettent à la disposition des laveuses.

Le passage à l’eau de javelle ne se pratique généralement que par les blanchisseuses de profession, qui tiennent plus à la blancheur qu’à la conservation du linge.

Le rinçage est destiné à débarrasser le linge des dissolutions savonneuses qu’il a retenues; il se fait préférablement à l’eau de puits, qui convient mieux aussi pour le passage au bleu.

L’essorage est une opération qui ne s’exécute que dans quelques lavoirs, et à laquelle, à tord, il nous semble, on renonce dans plusieurs. Elle consiste à remplacer la torsion du linge à la main, par une dessiccation partielle, résultant d’un mouvement de rotation très accéléré, auquel on soumet les pièces dans un espace annulaire grillagé, mis en mouvement par un homme. Cette petite machine, dont la vitesse est d’environ 20m/s à la circonférence, permet, en dix minutes, d’enlever à 40 ou 45 kg de linge lavé une quantité d’humidité assez considérable pour que le doigt ne soit pas sensiblement mouillé au contact des pièces qui en sortent. Les laveuses ont généralement de la répugnance à se servir de ces appareils, qu’elles supposent, à tord, endommager le linge.

Le séchage, enfin, qui devrait pouvoir se faire promptement à l’aise de la chaleur, ne se fait pas, dans un grand nombre de lavoirs; les femmes emportent leur linge, ou à peine tordu ou essoré. Il y aurait de grandes améliorations à introduire sur ce point et ces améliorations seraient de véritables bienfaits au point de vue de l’hygiène.