Merveilles de l’industrie

LES MERVEILLES DE L’INDUSTRIE 1867-69 de Louis Figuier

LE BLANCHISSAGE

Le savon est d’autant meilleur qu’il renferme moins d’eau. Le savon marbré de Marseille est renommé pour sa vertu détersive. C’est, comme nous l’avons dit dans la notice sur le Savon, qui fait partie du tome 1° de ce recueil, le plus avantageux de tous les savons, parce qu’il n’est pas possible d’augmenter les quantités d’eau qu’il renferme.

Le blanchissage du linge comprend plusieurs opérations : le trempage, le lessivage, le savonnage, le rinçage et le repassage.

Disons d’abord comment se sont exécutées de tout temps et presque en tous pays ces opérations nous verrons ensuite quels perfectionnements on y a introduits de nos jours.

Lessivage. Un grand cuvier de bois placé dans la buanderie; à côte de ce cuvier une grande chaudière dans laquelle on fait bouillir de l’eau : tels sont les seuls appareils nécessaires a l’opération du lessivage tel qu’on le pratique dans tous les pays. On remplit le cuvier avec le linge sale, an mettant le gros linge au fond et le linge fin par-dessus. On recouvre le cuvier ainsi rempli d’une grosse toile liée avec une corde qui contourne le cuvier. On charge la toile de cendres de bois, elle se déprime sous ce poids et on verse l’eau bouillante sur ces cendres. L’eau chaude dissout le carbonate de potasse contenu dans les cendres, et forme une lessive, c’est-à-dire une dissolution alcaline, qui, traversant le linge, opère lentement la saponification des matières grasses. On ne cesse de verser de l’eau bouillante que lorsque le cuvier est rempli.

Alors, on ouvre un robinet situé à sa partie inférieure, on recueille la lessive qui s’écoule et on la reporte dans la chaudière, pour la réchauffer. On reprend cette lessive chaude et on la reverse dans le cuvier, sur les cendres que l’on a remplacées par des cendres nouvelles. On continue-ce manège pendant quelques heures, au bout desquelles le lessivage est terminé. Il est évident qu’au lieu de cendres, on pourrait se servir avec avantage de carbonate de potasse ou de soude du commerce. Et c’est ce que l’on fait souvent.

Savonnage, rinçage. Le linge provenant du lessivage est porté au lavoir ou à la rivière, pour être savonné, rincé, battu, frotte, jusqu’à ce qu’il soit exempt de toute impureté. En effet, le blanchissage opère par le cordage de la lessive, ayant imparfaitement saponifié les corps gras, il est resté sur le linge des taches qui n’ont pas été atteintes par l’alcali ou des traces jaunes qu’il faut enlever par le savon.

La meilleure manière de savonner, c’est de froisser entre les mains, avec du savon, les parties du linge qui présentent des taches.

Mais comme cette main-d’œuvre est longue, pénible et absorbe beaucoup de savon, on a cherché des moyens plus prompte et plus économiques. On se sert suivant les pays de brosses, de planches cannelées ou de battoirs. De tels auxiliaires économisent sans doute le temps et le savon, mais ils usent considérablement le linge.

Dans l’est de la France, on frotte les étoffes entre deux planches cannelées, ou avec les mains, contre une planche cannelée en forme de persienne. C’est là un des moyens les plus funestes pour la conservation du linge.

On a remplacé ces persiennes de bois par des plaques de caoutchouc de la même forme, ce qui est une amélioration, mais ne ait que diminuer le degré de détérioration du linge.

Les blanchisseurs de Paris se servent d’une brosse de chiendent, qui est plus destructive encore, et qui a pourtant l’avantage sur les persiennes de l’Est de n’agir que sur les parties tachées. .

Le battoir, dont on se sert dans le plus grand nombre des pays, est le meilleur outil, s’il est bien manié; mais il demande de l’adresse et de l’habitude. Si le linge mouillé contient de l’air, ou s’il reçoit les coups obliquement, il ne résiste pas longtemps aux coups du battoir.

Après le savonnage, on tord le linge, pour le passer au bleu, dans une cuve contenant de l’eau chargée d’un peu d’indigo, de bleu de prusse ou d’outre-mer gommé.

Pour obtenir le degré voulu de bleu, on agite dans l’eau un sachet renfermant des boules de bleu, jusqu’à ce qu’on ait la teinte désirée.

Si le linge doit être empesé, on agite le petit sac de bleu dans de l’empois d’amidon, auquel on ajoute quelquefois un peu de dissolution de borax.

Il vaut mieux essorer le linge que de le tordre.

L’essorage.  consiste à imprimer au linge un mouvement de rotation rapide. A cet effet, on place le linge mouillé dans un tambour fermé tout autour avec une grille ou une feuille en métal trouée, et qui peut tourner au moyen d’une manivelle. La vitesse étant de 20 mètres par seconde pour la circonférence, on peut, en 10 minutes, enlever tout l’excès d’eau qui imprègne 40 kilogrammes de linge.

On fait également usage de la presse pour remplacer l’essoreuse et la torsion.

Séchage. Quel que soit le mode employé pour expulser l’eau du linge, il faut le faire sécher à l’air libre, ou dans des étuves chauffées par de l’air chaud ou de la vapeur.

Les inconvénients du séchage à l’air libre sont la lenteur que peuvent occasionner les changements d’humidité et de sécheresse de l’atmosphère. De plus, le linge peut geler l’hiver, ce qui altère sa solidité.

Il est donc préférable de sécher le linge dans des séchoirs à air chaud.

On plie le gros linge pour le serrer; celui qui doit être repassé est légèrement humecté avant de subir cette dernière opération.

Nous venons de décrire le système encore en usage aujourd’hui dans presque tous les pays, principalement dans les campagnes, pour le blanchissage du linge. C’est ce que l’on nomme le cordage de la lessive.

Il n’a en sa faveur que la facilité de son installation dans les buanderies, dans les cuisines, dans les hangars, etc., mais surtout cette grande puissance qui s’appelle la routine. Quant à ses inconvénients, ils sont innombrables.

Le lessivage du linge opéré par le cordage remplit la pièce destinée à ce service d’une vapeur qui obscurcit l’air, se condense sur les murs et les plafonds, qu’elle détériore tout en produisant une perte de chaleur, et, par suite, de combustible, qui représente une assez forte dépense, si l’on opère sur de grandes masses de linge. Pour rapporter continuellement la lessive refroidie qui a traversé le linge, à la chaudière, afin de la réchauffer, et la reverser, une fois réchauffée sur le linge, il faut un travail pénible, qui expose les femmes qui en sont chargées au contact continuel de la lessive bouillante.

Pendant le transport, il y a une perte d’eau, par suite d’écoulement, et, dès lors, perte de lessive et de chaleur. Quand elles reversent la lessive chaude dans le cuvier, les femmes se brûlent les mains, et, quelques précautions qu’elles prennent, elles sont souvent victimes d’accidents que leur prudence n’a pu prévoir.

En raison des pertes du calorique résultant de l’évaporation continuelle de l’eau sur tant de surfaces, on peut dire que la lessive par cordage fait perdre la moitié de la chaleur fournie par le combustible.

La lessive qui traverse le linge n’est jamais à 100°, et la saponification des taches est incomplète avec ces lessives insuffisamment chauffées. Les taches n’étant jamais entièrement enlevées par la lessive, il est indispensable de savonner le linge, pour enlever les dernières taches, ce qui ajoute à la dépense.

Ces inconvénients si graves ont été compris de bonne heure. Aussi, depuis un siècle, un grand nombre d’essais ont-ils été faits pour substituer à ce mode grossier de blanchissage un procédé nouveau qui fût en rapport avec les procédés de la science et de l’industrie. Nous allons passer en revue les diverses méthodes qui ont été essayées depuis la fin du siècle dernier jusqu’à nos jours, pour exécuter le blanchissage avec promptitude et économie, sans détériorer le linge, ni occasionner d’accidents aux opérateurs.

Fait bien remarquable, un système excellent pour la conservation du linge et pour l’économie de l’opération, c’est-à-dire le lessivage à la vapeur sans pression, fut proposé dès le commencement de notre siècle. Mais cette méthode fut abandonnée et tomba pendant cinquante ans dans un complet oubli. Ce n’est que vers l848 que ce système, repris et mis judicieusement en pratique, reparut et fit apprécier ses avantages.

Avant 1789, deux établissements s’étaient fondés près de Paris, pour exécuter le blanchissage par la vapeur, dont le véritable inventeur est inconnu et qui, dit-on, était en usage dans l’inde, de temps immémorial.

Ces deux établissements furent ruinés par les troubles révolutionnaires. Dès que l’ordre fut un peu rétabli, la veuve d’un sieur Monet, qui avait créé à Bercy l’un de ces établissements, s’adressa au Directoire, pour solliciter un secours pour elle et ses enfants.

Elle faisait connaitre, dans sa supplique, le procédé de son mari, qui était à très-peu près celui du blanchissage à la vapeur tel qu’on le pratique aujourd’hui, et que nous décrirons plus loin.

Chaptal s’occupait alors du blanchiment des fils et des toiles, mais il ne s’était pas encore inquiété du blanchissage du linge.

Frappé des résultats qui avaient été obtenus à la buanderie de Bercy, qu’il trouva décrits dans la pétition de la veuve Monet, Chaptal fit de nombreuses expériences, et ne tarde pas à regarder le blanchissage à la vapeur comme le procédé le plus rationnel et le plus économique que l’on put appliquer au blanchissage du linge.

Peu de temps après, Chaptal ayant été nommé ministre de l’intérieur, fit étudier cette question. Divers chimistes, parmi lesquels nous citerons Bosc, Roard, Curaudeau,Bourgeron, de Layre et Cadet de Vaux, expérimentèrent ce nouveau procédé. Chaptal chargea Cadet de Vaux de rédiger une instruction populaire sur le blanchiment à la vapeur qui parut en 1805.

Malgré les recommandations de Chaptal et de Cadet de Vaux, ce procédé fut accueilli avec peu de faveur. On se défia de la température élevée à laquelle le linge était soumis. Ou crut que la vapeur brulais le linge, ce qui n’est vrai que lorsque la vapeur est portée à une trop haute température ou appliquée au linge sec. Dans les buanderies qui furent établies à Paris, vers 1805, d’après l’instruction de Godet de Vaux, on employait la vapeur produite par des générateurs à haute pression. Cette vapeur, d’une température trop élevée, détériorait le linge, y coagulait les matières albumineuses et le laissait maculé de taches difficiles à enlever. Le préjugé que « la vapeur brûle le linge» se répondit ainsi dans le public, et fit rejeter cette méthode, jusqu’au moment où des appareils simples, mais, d’ailleurs, construits sur les mêmes principes posés dans l’instruction de Cadet de Vaux, sont venus rendre évidents les avantages du blanchissage à la vapeur.

Le procédé pour le blanchissage du linge à la vapeur, bien que déjà décrit dans l’instruction de Cadet de Vaux, fut breveté en 1847, au nom de M. S. Charles et Cie sous ce titre : Appareil de lessivage à la vapeur perfectionné.

Ce procédé consiste à plonger le linge sale dans de l’eau contenant du carbonate de soude en proportion qui sera indiquée plus loin, à l’imprégner bien également de cette lessive, puis à l’exposer à l’action de la vapeur, qui élevant progressivement sa température jusqu’à 100°, sans dépasser ce terme, saponifie les matières grasses du linge sale. Il suffit de retirer le linge, après environ deux heures d’action de la vapeur, de le savonner et de le rincer à grande eau, pour obtenir le linge parfaitement blanc.

Cependant le préjugé « que la vapeur brûle le linge » continuant de régner, on chercha d’autres procédés.

Le premier système qui fut employé pour opérer le lessivage du linge avec économie et promptitude, fut le blanchissage par affusion des lessives. Nous avons décrit, dans la première partie de cette Notice, la cuve à projection inventée par Widmer, de Jouy, pour blanchir par les lessives, alternativement avec le chlorure de chaux, les toiles de lin, de chanvre et de coton. La cuve à projection fut appliquée, dès son invention par Widmer, au blanchissage du linge.

Si l’on veut bien se reporter à la ligure 215, on verra que cet appareil se compose d’une chaudière pleine d’eau, dans laquelle est placé un cuvier en bois, le fond de ce cuvier étant percé de larges trous.

On plaçait le linge sale dans le cuvier, la lessive dans la chaudière , et l’on portait la lessive à l’ébullition. La vapeur de l’eau bouillante, n’ayant point d’issue, pressait la surface du liquide et le forçait à s’élever dans un tube, qui, plongeant presque au fond de la chaudière, se terminait, à sa partie supérieure, par un champignon conique, contre lequel la lessive se projetait, pour se déverser ensuite uniformément sur la masse de linge contenue dans le cuvier. Ce liquide traversant le linge sale, de haut en bas, revenait à la chaudière, en traversant les trous, du fond du cuvier. Il y avait donc affusion et circulation continue de la lessive a travers le linge.

Cette circulation durait environ six heures. Après l’opération, on retirait le liquide au moyen d’un robinet qui existait à la partie inférieure de la chaudière.

La cuve à projection était un progrès sur le vieux et classique système du coulage de la lessive, patronné par les ménagères du monde entier, bien qu’il soit tout à la fois dispendieux et incommode; mais il produisait encore une grande perte de chaleur, par l’évaporation du liquide dans lequel baignait le linge qui restait exposé à l’air libre pendant toute l’opération. En outre, le foyer, mal disposé, donnait un mauvais emploi du combustible.

Vers 1850, on vit paraître un grand nombre de perfectionnement: du système d’affusion et de circulation de la lessive sur le linge par la pression de la vapeur. Il faut citer particulièrement ici les appareils de lessivage de René Duvoir, de Descroizilles, de Bardel, de Ducoudun, de Gay, constructeurs français; ceux de Laurie et de Gnxon, constructeurs anglais.

L’appareil de ce genre qui obtint le plus de faveur est celui de J. Laurie, de Glasgow.

La lessive n’était plus élevée par la pression de la vapeur, mais par une pompe aspirante, qui la projetait sur un disque, d’où elle se répandait à la surface du linge, tant que la vapeur n’avait pas une tension suffisante.

Quand la tension de la vapeur était devenue assez forte, le liquide, s’élevant de lui-même par un tube latéral, ouvrait la soupape, et déterminait ainsi une circulation continue.

Ce système ressemble assez au coulage ordinaire, perfectionné par l’addition d’une pompe. La lessive s’élevait avec des températures successivement croissantes, ce qui était un avantage, mais la température de 100° n’était atteinte que vers la fin de l’opération, d’où résultait une saponification incomplète. En outre, la lessive se refroidissait en descendant dans le cuvier.

L’appareil de René Duvoir, constructeur de Paris, qui réalise la circulation de la lessive bouillante par des moyens très rationnels, est celui qui a le plus attiré l’attention, et qui a été adopté dans le plus grand nombre d’établissements publics; René Duvoir sépara la chaudière du cuvier, et, tout en conservant le principe de la chaudière à projection de Widmer, il réalisa la circulation de la lessive par des moyens très-bien entendus.

La figure 222 représente l’appareil de René Duvoir pour le blanchissage par l’affusion et la circulation continue de la lessive. C est une chaudière cylindrique en cuivre, fermée au moyen d’un couvercle a vis de pression. Une soupape à flotteur fixée sur ce couvercle, ne s’ouvre que quand le niveau du liquide est descendu à une certaine limite. A, est un cuvier en bois de chêne, cerclé de fer. Ce cuvier a un faux-fonds en bois découpé en arcades, a. Le couvercle B du cuvier est en cuivre. Il est attaché a une corde qui, passant sur des poulies fixées au plafond, peut l’enlever ou l’abaisser à volonté, au moyen d’un treuil.

Après l’avoir fait tremper, on entasse le linge sale dans ce cuvier.

La lessive contenue dans la chaudière C pressée par la vapeur, passe par le tuyau E qui perce le fond du cuvier, s’élève jusqu’à la partie supérieure du cuvier, et se projette, par le champignon qui termine le tube E, dans toutes les directions. Après avoir traversé le linge, la lessive descend dans le bas du envier. La, c’est-à-dire devant le tuyau F, est une soupape qui ne s’ouvre que quand une assez grande quantité de liquide s’est réunie au fond du envier. La lessive revient, au moyen de ce tuyau, dans la chaudière C.

G est le fourneau, K, la cheminée. Les produits de la combustion circulent deux fois autour de la chaudière, avant de se rendre dans la cheminée.

On procède comme il suit au blanchissage, avec cet appareil. On place au fond du cuvier le carbonate de soude, et on y verse de l’eau jusqu’à ce que la chaudière soit remplie, et que le niveau du liquide soit arrivé à la hauteur du faux-fonds a qui supporte le linge. On place le linge régulièrement et sans trop le tasser par-dessus le faux-fonds, et on abaisse le couvercle du cuvier. On allume le fourneau et on porte l’eau à l’ébullition. La pression de la vapeur fait monter la lessive dans le tuyau EE, et la projette contre le champignon, qui la répartit uniformément sur toute la surface du linge. La lessive descend à travers le linge, et se réunit a la partie inférieure du cuvier. Dès lors, le niveau du liquide s’abaissant dans la chaudière, la soupape s’ouvre. La lessive revient alors, d’elle-même, à la chaudière, s’y réchauffe et retourne encore dans le cuvier par la pression de la vapeur.

Ainsi s’établit une circulation continuelle de la lessive bouillante qui produit un lessivage prompt et complet du linge.

L’appareil de René Duvoir est resté en usage dans plusieurs établissements publics de Paris, tels que les hôpitaux, casernes, fabrique, etc, mais après avoir été perfectionné dans la manière de produire la pression de la vapeur.

Dans le système Decoudun, perfectionnement du système René Duvoir, le générateur de la vapeur est séparé, comme dans le système René Duvoir, du cuvier contenant le linge. La lessive, d’abord froide, est peu à peu échauffée par la vapeur, et forcée ensuite, par la pression de cette vapeur, de s’élever dans un tube central, d’où elle se déverse sur le linge et redescend a la chaudière pour s’y réchauffer. On rend intermittente l’ascension de la lessive au moyen de robinets et de soupapes. Cet appareil prend beaucoup de place, et entraîne a beaucoup de dépenses.

Gay modifia l’appareil de Ducoudun de manière à en faciliter la manœuvre. Il plaça sur le trajet de la vapeur une chambre autoclave dans laquelle s’opère le chauffage de la lessive et le réchauffement de cette même lessive quand elle redescend du cuvier.

Nous ne parlerons que pour mémoire d’un autre appareil pour le lessivage par la circulation continue de la lessive dans lequel on a banni la pression de la vapeur. Appliqué successivement par Hartmann et Sehopper, par Descroizilles et Chevalier, ce système a été reconnu insuffisant et a été abandonné. Son principe était la circulation de la lessive, non par la vapeur, mais par le phénomène des vases communicants. L’appareil se composait d’un cuvier contenant le linge sale, et d’une chaudière, l’un et l’autre vase étant de même hauteur, et communiquant par deux tubes horizontaux situés, l’un vers le fond, l’autre à quelques centimètres au-dessous du couvercle.

La figure 248, qui représente la cuve à circulation en usage dans les fabriques pour le blanchiment des toiles, donnera une idée exacte de cet appareil de blanchissage, qui n’est autre chose que la cuve à circulation des fabriques de toiles appliquée au blanchissage.

On remplit de lessive la chaudière et le cuvier jusqu’au-dessus du tube supérieur, r.

Le liquide échauffé s’élève, passe par le tube supérieur r’ et, après s’être refroidi en traversant le linge, retourne au cuvier. Des robinets permettent de régler convenablement ce passage du liquide.

Ce système a l’inconvénient d’exiger un grand excès de lessive, puisque le cuvier et la chaudière doivent en être remplis, ce qui amène une dépense considérable de combustible et de carbonate de soude. En outre, la température est toujours insuffisante pour une bonne saponification des corps gras.

CHAPITRE VI

Le lessivage à la vapeur – L’appareil de Rouget de Lisle pour le lessivage à la vapeur – Buanderie domestique à la vapeur.

Dans tous les appareils que nous venons de décrire et qui ont été adoptés dans les grands établissements publics depuis l’année 1840 environ, on faisait toujours agir les lessives bouillantes sur le linge sale. C’était, au fond, l’ancien système de coulage de la lessive mis en pratique d’une manière plus savante. On avait complètement perdu de vue l’idée du blanchissage à la vapeur, découvert à la fin du siècle dernier, patronné, au commencement de notre siècle, par Chaptal, et qui avait, été soumis à l’expérience par Bosc, Roard, Cadet de Vaux, Guraudeau, Bourgeron. On songea, vers l847, à expérimenter de nouveau cette méthode délaissée. On reprit les Instructions publiées en l805 par Cadet de Vaux, et l’on fit revivre le lessivage à vapeur.

Le premier appareil dans lequel le lessivage à vapeur fut pratiqué, était trop compliqué pour pouvoir être adopté dans la pratique. Ce procédé consistait à tremper le linge dans la lessive alcaline, à l’égoutter et à l’exposer à l’action de la vapeur, dans un tonneau de bois que l’on remplissait de vapeur à 100° au moyen d’un générateur.

La figure 223 représente cet appareil dont l’invention est due à Rouget de Lisle, petit fils, si nous ne nous trompons, de l’auteur de la Marseillaise.

C, est un cuvier en bois, hermétiquement fermé par un couvercle et dans lequel on fait arriver la vapeur produite dans un générateur, au moyen du tuyau D; il est monté sur un trépied de bois.

E, est le tuyau qui sert à faire écouler la vapeur condensée; G, une poulie fixée à une espèce de chariot, qui roule sur une poutre horizontale supérieure AA, qui fait l’office d’un rail de chemin de fer. Une chaine de fer, H, sert à faire descendre le linge imbibé de lessive, dans un panier en osier ou en tôle à claire-voie, F, pour l’exposer, pendant une heure ou deux, à l’action de la vapeur qui remplit le tonneau C, et à retirer le panier quand cet effet a été produit. P est un plancher, sur lequel marche l’ouvrier pour faire le service de l’appareil.

Le système de Rouget de Lisle pour le blanchissage par la vapeur n’était pas conçu dans des données suffisamment pratiques.

Le procédé qui fut décrit et breveté en 1847, sous ce titre : Appareil de lessivage à la vapeur perfectionné par MM. Charles et Cie, présentait, au contraire, les plus grandes facilités d’exécution.

Voici la description de cet appareil, aujourd’hui en usage chez beaucoup de particuliers et chez un certain nombre de blanchisseurs.

On fait tremper le linge à blanchir dans une lessive alcaline, composée de 10 parties de carbonate de soude et d’une partie de savon ; elle doit marquer 2 ou 3° à l’aréomètre quand le linge est sec. S’il est humide, il faut que la lessive marque 4 à 6′ à l’aréomètre.

Le linge fin est immergé dans la lessive la plus faible; on le tord ensuite et on l’exprime au moyen de la petite essoreuse que représente la figure 224.

Cette essoreuse se compose de deux cylindres de fonte revêtus de caoutchouc, tournant en sens inverse l’un de l’autre, au moyen d’une manivelle. C’est une sorte de laminoir sous lequel on fait passer le linge, pour en exprimer le liquide.

On renforce la lessive, pour y plonger le gros linge, que l’on met dans un cuvier posé par-dessus un chaudron renfermant de l’eau pure.

Buanderie

Ce chaudron (fig. 225) est fermé en bas par un grillage dans lequel on dresse des bâtons, qui permettront l’arrivée de la vapeur dans les vides qui seront formés quand on les retirera. Le linge doit remplir le cuvier, et être faiblement tassé, entre les bâtons, en plaçant le plus fin dessus.

Le linge étant ainsi disposé, on enlève les bâtons, on place le couvercle du cuvier et on fait du feu sous le chaudron.

La vapeur qui se forme bientôt, traversant les trous ménagés à travers la masse, passe dans le linge et l’échauffe. Il arrive un moment où elle s’échappe autour du couvercle. L’opération est alors finie. Le linge, qui a acquis la chaleur de l’eau bouillante, est retiré, savonné et rincé.

Voici, du reste, le texte du brevet, qui contient une description plus détaillée du procédé:

On verse dans un baquet autant de litres d’eau qu’on a de kilogrammes de linge sec à lessiver. On y fait dissoudre 1 kilogramme de cristaux de soude pour 25 litres d’eau. On trempe le linge non essangé dans le liquide préparé, en commençant par le moins sale. On le tord au fur et à mesure, et on le met en tas dans un autre baquet.

Le fourneau étant disposé,on y place la chaudière et on remplit d’eau pure. Après avoir introduit dans le cuvier le plateau et les autres accessoires, on y jette le linge, le plus sale en premier, et on le remplit en finissant par le moins sale. On retire ensuite le bâton central, on place le couvercle et on allume le feu. La vapeur de l’eau pénètre le linge en passant a travers le trou central du plateau et par les intervalles laissés entre les autres bâtons.

Après avoir entretenu le feu pendant deux à trois heures, le linge se trouve suffisamment détergé, et

l’eau de la chaudière a reçu toutes les impuretés.

Celles qui n’ont pas été entrainées disparaissent par un simple rinçage à l’eau. On lave ensuite le linge

en le jetant dans l’eau, le battant et n’employant le savonnage que pour enlever les tâches.

L’opération ne dure pas plus de quatre heures et donne, de très bons résultats, pourvu toutefois qu’elle soit bien conduite.

CHAPITRE VII

Machines construites pour exécuter les opérations du lessivages et du savonnage – Machines à laver – Machines à savonner

Dans l’industrie moderne on tend à substituer partout la machine au travail manuel.

Le blanchissage du linge n’a pas été exclu de ce principe, et un assez grand nombre de systèmes sont en usage, en divers pays, pour effectuer mécaniquement le lessivage du linge et son savonnage. Nous terminerons cette Notice par la description de ces machines.

Une machine construite en Angleterre par M. Thomas Bradforth, et qui figura a l’Exposition universelle de l867, permet de lessiver, de laver, de tordre et de calandrer le linge, en prenant le moins d’espace possible.

Machine anglaise à laver le linge

Le figure 226, que nous empruntons, ainsi que sa description, à l’article de M. Koeppelin que nous avons déjà cité, représente la Washing machine de M. Thomas Bradforth.

La partie essentielle de cette machine est une caisse octogone en bois qui est traversée intérieurement par deux palettes A. Ces deux palettes, placées en face l’une de l’autre, remuent le linge pendant le mouvement de rotation imprimé à la caisse.

A la caisse s‘adapte un couvercle, qui sert à introduire le linge. Au dessus sont les deux cylindres servant à calandrer ou à lustrer. Deux manivelles servent, l’une G à faire tourner la roue de la calandre, et l’autre H, à faire tourner celle de la caisse à savonner. Le poids I, au moyen du levier P, sert e presser les rouleaux supérieurs.

Le maniement de cette machine est facile. On commence par faire tremper le linge dans l‘eau, puis on introduit dans la caisse, par l’ouverture B, qui existe à sa partie supérieure. La caisse est remplie d‘eau de savon bouillante, et on place le couvercle que l’on serre avec des vis. On imprime alors à la caisse une vitesse de vingt à vingt-cinq tours par minute, en ayant soin de s’arrêter un moment à chaque tour, pour que le linge puisse venir frapper contre les palettes de l’intérieur. Au bout de huit à dix minutes, on remplace le linge ainsi traité par d’autre linge, sur lequel on opère de même. Après ce savonnage, on fait écouler l’eau de savon et on la remplace par de l’eau bouillante. On tourne pendant quelques minutes et on rince ensuite a l’eau froide, dans la même machine.

On remplace ta torsion à la main par les deux rouleaux presseurs qui sont installés au-dessus de la caisse à laver. Le rouleau supérieur, D, est enveloppé de flanelle. On place au-dessus de l’ouverture de la caisse, alors immobile, une petite planche aboutissant au second rouleau E, qui sert à faire retomber dans la caisse l’eau de savon qui s‘écoulera du linge. Une pression suffisante est communiquée aux rouleaux par l’action du levier P et du poids I. On fait tourner la roue au moyen de la manivelle G, et le linge, passant entre les rouleaux, perd tout son liquide. Le linge ne doit pas toujours passer an même endroit entre les cylindres. Pour éviter de les creuser.

On calandre avec les mêmes rouleaux en pressant ceux-ci le plus possible, et en plaçant le poids I à l’extrémité de son levier.

La planchette de la plus basse rainure est mise sur la rainure la plus haute, on retourne le caisse sens dessus dessous, et le fond sert de table pour calandrer le linge.

Les pièces de linge étant dépliées, on les fait passer lentement entre les cylindres à plusieurs reprises.

On prépare l’eau de savon que l’on doit introduire dans la caisse à laver. En dissolvant 500 grammes de savon dans 4 litres d’eau; on obtient ainsi une gelée qu’on mêle à l’eau bouillante, au moment de s’en servir.

On peut encore délayer une solution de 1 kilogramme de savon ordinaire avec du savon résineux préparé avec 15 centilitres d’essence de térébenthine et le double d’ammoniaque, dans 50 ou 60 litres d’eau chauffée à 40°.

Machine à laver et à dégraisser. – Des savonneuses, des lessiveuses de ménage, à pression déterminée par la vapeur et à circulation automatique, construites par M. Juquin, à Paris, ainsi qu’une machine à laver et à dégraisser les étoffes, de M. J. Waszkiewicz, à Paris, se distinguaient parmi les autres appareils du même genre qui figuraient à l’Exposition de 1861. Tout consiste à faire frapper le linge contre les parois d’une caisse qui tourne sur elle-même et qui contient le linge ou les étoffes ainsi que le liquide servant à dégraisser.

La caisse, qui a la forme d’un cube, tourne sur des tourillons placés à deux angles opposés. La rotation est imprimée au moyen d’une roue à engrenage et d’un volant. La caisse est vide et la chute du linge contre les parois est occasionnés par son mouvement de rotation. On donne vingt-cinq tours à la minute, au plus, afin de ne pas produire une force centrifuge capable de retenir le linge appliqué sur les parois de la caisse.

Machines à savonner. – Le meilleur mode d’opérer le savonnage est de l’exécuter entre les mains ; mais, ce travail étant très fatigant, on se sert, avons-nous dit, pour effectuer le savonnage, de brosses on de planches cannelées et de battoirs. Ces moyens usant vite le linge, on a voulu les modifier en faisant usage de machines à laver.

La machine de M. Jearrad, une des plus anciennes et des meilleures, est formée d’une sorte de cuve dans laquelle on introduit le linge avec l’eau de savon. Un oscillateur, mù par une manivelle, est placé dans l’axe de cette cuve. Un encadrement et des barreaux parallèles en bois disposés en râtelier, constituent cet oscillateur. A la partie supérieure de la cuve sont des saillies en bois, sur lesquelles bat l’oscillateur; elles le modèrent dans son mouvement lorsqu’il n’y a pas de linge.

Deux autres râteliers pareils à l’oscillateur sont mobiles et compriment le linge qu’on a placé des deux côtés de l’oscillateur. Un tuyau situé au fond permet de renouveler l’eau de savon quand elle est salie.

Toutes les machines à laver ou à savonner ont un inconvénient radical : elles agissent sur le linge dans toute son étendue, sans se borner aux parties tachées. Elles frottent les parties propres du linge avec la même énergie que les taches. On comprend dès lors combien elles doivent user le linge. Elles ne lui font point de trous, mais quand le blanchisseur le rend, on a le désagrément de le voir se déchirer sous les doigts.

Quand on nettoie les machines à savonner ou à laver, on trouve souvent leurs parois recouvertes de pâte de papier. Avec le linge du client, l’aveugle machine a fait de la pâte à papier!

CHAPITRE VIII

Procédés actuellement suivis pour le blanchissage – La buanderie industrielle et la buanderie domestique.

Beaucoup d’études, d’expériences, de rapports administratifs, ont été faits a Paris, pour reconnaître quel est le meilleur des appareils de lessivage à adopter dans les établissements publics. Un rapport publie en 1860 a résumé ces études. Le système qui a été définitivement adopté pour les lavoirs publics de Paris et qui fonctionne aujourd’hui dans presque tous ces établissements, est celui de René Duvoir, perfectionné par Decoudun et Gay. On trouve dans la Description des brevets d’invention, publiée en l848, et dans le Bulletin de la Société d’encouragement de 1849, la description d’un système de blanchissage, sous ce titre : Système de MM. Bardel, Laurie et Devoir, perfectionné par MM. Ducoudun et Gay, qui peut être considéré comme le type suivant lequel sont construits tous les lavoirs publics de la capitale.

Ce système présente quelques différences dans les divers établissements, la construction de ces appareils étant aujourd’hui dans le domaine public, mais il s’éloigne peu de celui que nous allons décrire, et que nous représentons dans les figures 228 et 229. Ces deux figures reproduisent exactement le lavoir de la rue Larrey.

Lavoir public à paris

On voit dans la figure 229 un cuvier en bois enfoncé en partie dans le sol, et dans lequel on entasse le linge, préalablement trempé dans l’eau pure (essangé). Dans le sous-sol est installée une chaudière à vapeur, qui communique avec une chambre autoclave, dans laquelle on introduit du carbonate de soude en proportion calculée d’après la capacité du cuvier. Quand le cuvier est plein de linge, on commence par faire arriver la dissolution de carbonate de soude, c’est-à dire la lessive, dans la chambre autoclave, et on dirige, au moyen d’un tube, la vapeur du générateur dans cette chambre.

L’eau dissout le carbonate de soude, s’échauffe, entre en ébullition, et sa vapeur, pressant la lessive, la fait monter, par ce tube vertical, dans le cuvier, que l’on a préalablement fermé en faisant descendre le couvercle, au moyen de la chaine de fer, qui permet de l’élever et de l’abaisser à volonté. La lessive, arrivant par le tube vertical, se déverse dans le cuvier par le champignon qui termine ce tube, et traverse de haut en bas tout le linge qui remplit le cuvier. Au bout de quelque temps, on ouvre un robinet placé en bas du cuvier, et la lessive redescend, par son poids, dans la chambre autoclave, où elle se réchauffe, pour remonter bientôt dans le cuvier par la pression de la vapeur.

Ainsi s’établit une circulation continue de la lessive bouillante, qui produit une saponification complète de la matière grasse.

Au bout de trois à quatre heures de circulation de la lessive, l’opération est terminée. On relève le couvercle, on laisse le linge se refroidir, et le lendemain matin le linge est porté dans l’atelier de savonnage (fig. 228).

Le lessivage par circulation de la lessive provoquée par la pression de la vapeur, tel est donc le système qui est suivi dans les lavoirs publics et dans les grands établissements de Paris, tels que casernes, hôpitaux, fabriques, etc. Ce moyen est très économique, mais il détériore assez rapidement le linge, la lessive portée à. une température supérieure à 100° arrivant sur le linge trop brusquement, d’une manière trop peu ménagée. Le linge fin, qui est promptement détruit par cette lessive brûlante et roussâtre qui le lave, parait incessamment chargé de toutes les immondices de la masse commune.

Ce même système, c’est-à-dire la circulation de la lessive par la pression de la vapeur, est employé à Paris dans les ménages et chez les blanchisseurs. Elle remplace l’ancien procédé du lessivage par le coulage.

La buanderie domestique, que les quincailliers de Paris fabriquent beaucoup aujourd’hui, est une réduction du système que nous venons de décrire. La figure 227 représente ce petit appareil.

Buanderie domestique

K, est un cuvier dans lequel on entasse le linge à blanchir après l’avoir fait tremper dans l’eau pure, c’est-à-dire essangé.

Un double fond en bois, T, percé de trous, sert à recevoir le linge. Au milieu de ce double fond est fixé un tuyau vertical , se terminant, à sa partie supérieure, par un champignon, P. Des baguettes en bois s’ajustent autour du cuvier au moyen d’une ouverture pour chacune d’elles. Un couvercle sert à bien fermer le vase.

La cuve ou marmite est en tôle galvanisée, pour empêcher les taches de rouille.

Le foyer est en fonte et à enveloppe extérieure en tôle: ou peut y bruler un combustible quelconque, bois, coke ou charbon de terre.

Avant d’opérer, on fait tremper le linge dans l’eau pure pendant deux ou trois heures,

on le retire sans le presser et on le laisse égoutter pendant quelques minutes.

On met ensuite de l’eau dans le fond de la cuve, jusqu’à la hauteur du double fond percé; on ajoute des cristaux de soude dans la proportion de 4 kilogrammes pour 100 kilogrammes de linge fin pesé sec, de 6 kilogrammes pour le linge assorti et de 8 kilogrammes pour le gros linge. Ceci fait, on place les baguettes en bois B, tout autour de la cuve, et on entasse le linge dans celle-ci, en plaçant le plus gros et le plus sale dans le fond. On retire les baguettes, en laissant bien dégagé le champignon qui termine le tube amenant la vapeur, puis on ferme avec le couvercle.

Quand le feu est allumé, il faut le modérer pendant quinze à vingt minutes, puis l’activer en maintenant l’ébullition pendant toute la durée de l’opération, qui est de trois à quatre heures. Le linge doit ensuite rester dans la cuve pendant quatre ou cinq heures.

La manière dont les choses se passent est facile à comprendre: la vapeur, pressant l’eau de la chaudière, fait élever la lessive dans le cuvier, par l’ouverture du champignon, et déverser le liquide sur le linge.

Les autres ouvertures pratiquées au double fond inférieur laissent passer à la fois et la vapeur et le liquide. La lessive traverse, de cette manière, toute la masse du linge et retourne à la chaudière par les trous du double fond. Ensuite, l’ébullition reprenant, la vapeur fait de nouveau monter la lessive dans le cuvier, et ainsi s’étab1it, par la pression de la vapeur, une circulation continue de la lessive, à travers le linge.

Le diamètre du haut de la cuve varie depuis 44 centimètres jusqu’à 80, et sa hauteur de 35 centimètres à 74. Le poids du linge correspondant à chaque modèle de l’appareil, est de l6 kilogrammes pour le

premier modèle, et va jusqu’à 120 kilogrammes pour le dernier.

La buanderie dont la cuve a 51 centimètres de hauteur, est une dimension ordinaire ; elle contient 40 kilogrammes de linge, pesé sec. Le poids de cristaux de soude répondant à cette contenance, est 1,600 grammes, 2,400 grammes, 3,200 grammes, suivant que l’on blanchira du linge fin, du linge assorti ou du gros linge.

A ce procédé de buanderie domestique, produisant la circulation de la lessive par la pression de la vapeur, beaucoup de personnes préfèrent le lessivage par le vapeur sans pression, que nous avons décrit avec détails et figuré plus haut ( fig. 225).

Le lessivage par circulation et pression a l’inconvénient de faire arriver brusquement la lessive bouillante sur le linge, ce qui le détériore, et souvent rend les taches indélébiles. Au contraire, le lessivage par la vapeur sans pression élève graduellement la température. Le système opposé a l’inconvénient grave de faire passer constamment au travers du linge fin et le gros linge indifféremment, la même lessive chargée, vers la fin de l’opération, de toutes les impuretés du linge. Ici, rien de semblable : le linge fin n’est pas exposé à l’action d’une lessive chargée d’impuretés. Cette manière d’opérer est donc bien plus satisfaisante pour la propreté.

Disons pourtant que ce système exige de la part de ceux qui l’emploient beaucoup de soins et de précautions.

« Si le linge, dit Mr Homberg, dans sa conférence sur le blanchissage, que nous avons déjà citée, est trop ou trop peu imprégné de lessive, s’il est trop ou pas assez tassé dans le cuvier, si le niveau de l’eau dans le chaudron n’est pas bien observé et que pendant le cours de l’opération le liquide vienne à baigner le linge, si les conduits ménagés pour la vapeur dans l’intérieur du cuvier sont trop ou trop peu fermés, on ne réussira pas. Aussi, beaucoup de personnes qui ont essayé de ce mode de lessive en confiant les appareils à des laveuses peu intelligentes ou peu soigneuses ont-elles rejeté sur le système la non-réussite, et ont préféré revenir au procédé de l’affusion.

Il est donc difficile de se prononcer entre les deux systèmes. Nous n’hésitons pas, pour notre compte, à donner la préférence au lessivage par la vapeur sans pression, procédé rationnel, élégant et propre, mais nous reconnaissons qu’il n’a pas en sa faveur la majorité du public.