1869 Dico Encyclop.

1869 DICO ENCYCLOPÉDIQUE DES SCIENCES MÉDICALES

LAVOIRS. l’hygiène publique. On appelle ainsi des établissements publics, convenablement aménagés, dans lesquels les femmes de la classe pauvre et les blanchisseuses de profession viennent laver le linge a bas prix. On peut y rattacher les buanderies, les blanchisseries particulières, et les bateaux sur rivière.

Cette institution est de date assez récente et elle nous a été importée d’Angleterre. Autrefois les femmes pauvres étaient obligées de laver leur linge a domicile, car toutes ne pouvaient profiler, pour une foule de raisons, dont la principale était l’éloignement, d’une ordonnance de police qui accordait aux indigents un certain nombre de places gratuites sur les bateaux à lessive.

Déjà cependant, en 1819, un membre très-distingué du conseil d hygiène de la Seine, Cadet de Gassicourt, avait formé le projet de créer dans Paris plusieurs grandes buanderies ou auraient été exécutés les procédés de blanchissage à la vapeur, et dans lesquels tout aurait été régie d’après l’expérience. Il va sans dire que cette conception fut écartée par l’autorité, pour défaut d’opportunité! ….

Les choses en étaient la lorsque, en 1842, fut établi a Liverpool, a l’aide de souscriptions particulières, le premier lavoir public avec bains a prix réduits. Le succès le plus complet ayant couronné cette entreprise éminemment humanitaire, une foule de villes, en Angleterre et en Écosse, s’empressèrent de suivre cet exemple. Sous l’influence de 1 initiative privée, si puissant chez nos voisins, des établissements analogues furent fondés à grands frais, quelques-uns même avec un luxe peu en rapport avec leur destination. Les paroisses entrèrent dans la même voie, et quatre ans s’étaient à peine écoulés, que le gouvernement anglais, comprenant toute l’importance de cette question, faisait adopter par le parlement (26 aout 1846 et 2 juillet 1847) deux lois ayant pour objet d’autoriser les paroisses à emprunter les sommes nécessaires à la fondation de ces sortes d’établissements et à céder, dans ce but, les terrains qu’elles possédaient. Cette nouvelle impulsion détermina la construction de nouveaux lavoirs-bains à Londres et dans les provinces.

La France ne pouvait rester en arrière, et à la fin de 1849, une commission composé d architectes, d ingénieurs et d administrateurs, fut nommée par le ministère de l’agriculture et du commerce pour ouvrir une enquête minutieuse et complète sur cette question. Des rapports savamment étudiés furent rédigés, et il en sortit un projet de loi adopté, par l’Assemblée nationale en 1850, qui mettait a la disposition des municipalités de Paris et des principales villes de France une somme de 600,000 francs, destinée a servir d aide pour créer des établissements modèles, à 1’instar de ceux d Angleterre ; mais, comme nous l’avons fait observer en parlant des bains publics, on a peu profité des avantages offerts par le gouvernement.

A Rouen, cependant, en 1849, un habile ingénieur, auquel nous devons un très remarquable rapport sur les lavoirs de 1’Angleterre, M. de Saint-Léger, soutenu seulement par quelques souscriptions qui s élevaient à la modeste somme de 6,402 francs, et après avoir obtenu d’une grande fabrique la concession gratuite des eaux de condensation, avait pu fonder un petit lavoir avec bains. Dans une maison louée à bon compte, il avait installé 5 baignoires, dont 5 de 1re classe à 25 centimes, et 2 de 2eme classe à 10 centimes; 2 bassins de lavoir, 1 un de 1re classe et de 8 places à 5 centimes par heure, 1 autre de 10 places absolument gratuites.

Au total, chez nous, à Paris du moins, les lavoirs ont conservé le caractère d’entreprises particulières, et très peu y joignent les bains; ce n est guère qu’en province que ces établissements sont l’œuvre des municipalités.

Le savant hygiéniste Pappenheim nous apprend qu’après quelques hésitations, des sociétés fondées par l’initiative de l’autorité, ont ouvert a Berlin, en 1856, des bains-lavoirs avec un immense succès. L’affluence a été telle, que, pour satisfaire aux besoins de la population, il a fallu prolonger les séances de six heures du matin a neuf heures du soir, à la lueur du gaz, et même, le samedi, jusqu’à onze heures.

C’est a peu près exclusivement des lavoirs que nous aurons a parler ici ; mais, d abord, sans entrer dans le détail circonstancié des opérations qui constituent le blanchissage , nous devons faire connaitre très-succinctement en quoi elles consistent, afin que nous puissions apprécier les améliorations effectuées par les lavoirs dans l’intérêt de l’hygiène.

Ces opérations sont les suivantes :

1 Essangeage. Les linges salis sont d abord plongés dans l’eau pure et lavés rapidement ou seulement agites. On a pour but d enlever les impuretés les plus grossières qui peuvent se dissoudre dans l’eau et se détacher facilement. On évite ainsi que, pendant le lessivage, elles ne pénètrent plus profondément dans les tissus, de manière a former des taches qu’il serait beaucoup plus difficile de faire disparaitre.

2 Lessivage. On se propose ici de dissoudre une foule de matières grasses particulières qui imprègnent le linge. On y parvient a l’aide d une dissolution alcaline, de cendres ou de carbonate de soude ou de potasse. Une température de 100 a 110 est nécessaire pour cette opération. A une température beaucoup plus élevée, les alcalis, même en dissolution très affaiblie, exerceraient sur les tissus une action destructive ; de même, la solution trop forte a 6 ou 7 U du pèse-lessive attaquerait la fibre ligneuse.

Pour opérer le lessivage, à la manière ancienne, le linge est entassé dans un grand cuvier, le plus fin en dessus, le plus gros et le plus sale en dessous; le tout est recouvert d une grosse toile (charrier), puis d une couche de cendres de bois dont l’épaisseur varie suivant la quantité de linge, et d’un second charrier. On verse alors sur celui-ci de pleines chaudronnées d eau bouillante qui traverse le lit de cendres, se charge des principes alcalins qu’elles renferment, humecte le linge et ressort par un robinet placé à la partie inférieure du cuvier. Ce liquide est recueilli, porté de nouveau à l’ébullition, versé sur le linge, et ainsi de suite pendant dix a douze heures. On a beaucoup simplifié ce procédé, en versant simplement sur le linge non recouvert d’un lit de cendres, une solution de carbonate de soude bouillante, recueillie et portée de nouveau a l’ébullition, comme dans le cas précédent. Mais ce procédé exigeait la même durée. Un simple ouvrier a imaginé un appareil adopté dans quelques établissements et dans lequel, sous l’influence de la vapeur, la solution alcaline passe d’abord froide à travers le linge, s’échauffe peu à peu jusqu’à l’ébullition. L’opération ne dure que deux heures a deux heures et demie, et n exige qu’une solution pesant 5 a 5 1/2. Outre la durée moins grande, on évite encore L’inconvénient que présente l’action trop brusque du liquide bouillant de crisper la fibre du linge et de fixer certaines taches. Assez généralement aujourd’hui on met en usage un système très simple : toujours sous l’influence de la vapeur, la lessive chaude passe d’une chaudière placée au dessous du cuvier par un tube de fonte qui monte verticalement au milieu de celui-ci, se déverse sur le linge au moyen d’un champignon qui couronne ce tuyau, ressort par-dessous, retourne à la chaudière, d’ou elle remonte encore, etc.

3 Savonnage. On complète l’action de la lessive par le frottement du linge à la main, le battage, la brosse de chiendent, etc., dans un baquet plein d’une eau savonneuse chaude.

4 Rinçage. 11 se fait dans de l’eau pure, et a pour but de débarrasser entièrement le linge du savon ou il renferme après l’opération précédente ; il exige généralement beaucoup d eau ; mais ici l’eau de puits est préférée comme chassant mieux le savon. Le rinçage comprend encore le passage à l’eau de Javelle ou à la solution de chlorure de chaux, quand le linge doit être livré très-blanc, et le passage au bleu, pour lequel l’eau de puits convient également mieux que l’eau de rivière.

Machines à laver. Un Anglais, M. Jearrad, a imaginé une machine à laver qui est usitée dans quelques lavoirs de Londres et dont on se loue beaucoup. Cet appareil se compose d’un châssis en bois à claires-voies en forme de gril ou de râtelier placé de champ dans une cuve en forme de coffre ou d’auge. Ce châssis est animé d’un mouvement de va-et-vient à l’aide d une manivelle qui lui fait décrire un arc de cercle autour de son bord supérieur comme axe; du linge est placé au fond de la cuve, de chaque coté de l’oscillateur ; le couvercle est fermé, et un tuyau amène de l’eau chaude ou froide, pure ou renfermant de l’eau de savon, une solution chlorurée, etc., à volonté. Alors l’oscillateur mis en mouvement, comprime et relâche alternativement les deux paquets de linge contre les parois de l’auge.

Quand 1’eau qui imbibe les tissus est salie, elle s’écoule par un tuyau ménagé a la partie inférieure, et que l’on ouvre et ferme a volonté, et remplacée par un nouveau liquide.

A coté de la machine de M. Jearrad, nous devons placer un appareil plus compliqué et du a un chef de lavoir de Paris, M. Lejeune. Imagine un arbre auquel se rattachent six branches également inclinées, à l’extrémité desquelles est suspendue une espèce de caisse à claire-voie ou tambour que l’inventeur appelle laveuse. Ces six caisses ou laveuses plongeant dans autant de cuves en bois, à moitié pleines de liquide, y reçoivent un mouvement de rotation tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, au moyen d un système d’engrenage fixe à l’arbre.

C’est par l’agitation que produit le mouvement de rotation que s’accomplit le blanchissage, sans que la main de l’homme intervienne. A 1’aide d’un mécanisme particulier, on peut changer les laveuses de cuves, et les faire successivement passer par les six, qui contenant chacune un liquide différent, eau pour l’essangeage, solution alcaline bouillante pour le lessivage, eau de savon pour le savonnage, etc., font ainsi subir au linge la série complète des opérations du blanchissage dans le même tambour. Ce procédé épargne évidemment le linge, qui n est plus soumis à ces frottements qui en amènent si promptement 1’usure et la déchirure, et ménage la santé des blanchisseuses, qui n’ont plus qu’une surveillance sans fatigue et sans refroidissement a exercer.

5 Essorage. C’est le premier des moyens employés pour purger le linge de 1’eau qui 1’imbibe largement après le rinçage. II se fait ordinairement à la main.

C’est le tordage qui distend, désagrège les fibres et hâte singulièrement 1’usure du linge; il peut se faire entre deux cylindres qui, par leur pression, font sortir l’eau, ce qui fatigue encore la trame des tissus. Aussi, à ces procédés, doit-on préférer l’emploi des essoreuses, sortes de récipients à claires-voies, et animées d’un mouvement très-rapide de rotation qui chasse l’eau par l’effet de la force centrifuge. Au bout de quelques minutes, la dessiccation est telle que le doigt n’est pas mouillé au contact du linge. Celui-ci, cependant, est encore humide, c est-a-dire qu’il retient environ son poids d’eau, et qu’il exige une autre opération, qui est la suivante.

6 Séchage. Dans la belle saison et dans les pays chauds il se fait très-bien et assez promptement à 1’air libre et au soleil ; mais dans les climats froids et dans les temps humides, il faut avoir recours a la chaleur artificielle des étuves ou a une ventilation forcée qui détermine une rapide évaporation du liquide par le renouvellement incessamment répété des couches d air.

Cette question du séchage ayant été surtout étudiée en Angleterre , ainsi que celle de l’essorage, nous y reviendrons à propos des lavoirs proprement dits.

A coté du séchage se range une opération qui consiste à faire glisser sur le linge encore un peu humide et bien tendu une plaque de fer chauffée et tenue par un manche, c’est le repassage; il a pour but de lisser les tissus et de leur donner une certaine fermeté, surtout quand on les a humectés avec une solution d’amidon ou empois.

Les différentes opérations que nous venons de passer en revue s’exécutent soit chez des particuliers qui ont leur établissement, leurs ouvrières, et leur clientèle spéciaux, soit dans des établissements publics crées et entretenus par les communes ou par des industriels, et dans lesquels les ménagères peuvent apporter leur linge pour lui faire subir les mêmes opérations ; celles-ci ayant lieu en commun, pourront se faire à bas prix. C est là 1’innovation qui constitue les lavoirs publics qui doivent actuellement nous occuper.

DES LAVOIRS PROPREMENT DITS. Nous avons à examiner successivement leur construction, les conditions de leur aménagement intérieur pour le chauffage, la ventilation, l’origine et la répartition de l’eau, la disposition des localités pour le lavage, l’essorage, le séchage, etc., et, enfin, les avantages et les conditions économiques de leur installation.

1 Constructions. Autant que possible, comme le recommande M. WoolCot (secrétaire de la commission pour développer l’institution des bains et lavoirs) l’emplacement choisi doit être dans un quartier très-populeux, et ouvrir, autant que possible, sur deux rues. Suivant lui, le bâtiment ne doit pas être trop vaste au commencement ; mais il sera dispose de manière a pouvoir être agrandi.

Dans un quartier de 80,000 à 100,000 habitants, il vaudra mieux ouvrir deux établissements que de concentrer tout le travail des ménagères dans un seul. Le bâtiment, les machines et appareils doivent être construits avec le plus grand soin et avec des matériaux de choix, dépourvus d’ornements, mais d’une grande solidité. Tout, enfin, sera approprié aux classes qui doivent en faire usage, et réunir les conditions nécessaires pour obtenir une bonne ventilation, un beau jour et 1’ordre dans le service.

Dans les constructions on préférera surtout la brique et le fer a tous les autres matériaux. Le sol sera couvert de dalles jointes exactement en ciment, ou d’une couche de bitume, avec une pente convenable pour 1’écoulement des eaux lequel aura lieu par des caniveaux; les murs seront recouverts d un enduit imperméable. En Angleterre, on emploie avec beaucoup d’avantage pour le dallage, les cloisons des stalles, et les refends des cabinets de bains, un schiste ardoisier très commun dans le pays, et susceptible d’un beau poli. Ces cloisons sont très-solides, très-propres, et, on peut le dire, inaltérables.

Les établissements dont nous parlons sont habituellement au rez-de-chaussée, et éclairés par une toiture en vitrage. Cette situation, outre le genre de travail auquel on s y livre, tend a y entretenir une grande humidité , aussi a-t-on adopté dans quelques lavoirs, en Angleterre, une disposition qui, au point de vue de la salubrité, offre de grands avantages. Le dallage repose sur de petits murs en briques qui 1’élèvent a la partie supérieure du socle, il en résulte un soubassement de 1 mètre environ de profondeur entre ce dallage et le niveau naturel du terrain, dans lequel passent les tuyaux pour les eaux chaudes, froides, propres ou sales, et ou 1’air pénétrant par de nombreuses ouvertures dont le socle est percé autour du bâtiment, circule en toute liberté. Ceci nous conduit à parler de la ventilation.

2 Ventilation, Dans quelques établissements elle a lieu seulement par des fenêtres en tabatières percées dans la toiture de la buanderie. Dans ceux dont nous venons de parler, 1’air admis dans le soubassement passe dans le rez-de-chaussée, ou sont les lavoirs et les bains, puis il se rend dans une cheminée d’aspiration qui enveloppe celle des chaudières et des foyers et se perd dans 1’atmosphère. Cette cheminée a 22 mètres de hauteur; elle est divisée à sa base en compartiments, avec registres qui permettent de porter à volonté son action, soit sur les bains, soit sur les buanderies. Cette action est, au besoin, secondée par de puissants jets de vapeur disposés de manière à favoriser le mouvement d’ascension dans la cheminée a air. Mais, fait observer M. de Saint-Léger, comme pendant 1’été la différence de température entre 1’air extérieur et 1 air intérieure n est pas assez considérable pour favoriser le tirage, 1’ascension de 1’air échauffé n’a pas lieu d’une manière suffisante. Aussi, pour les buanderies particulièrement, en est-on revenu, au moins pendant la belle saison, à la ventilation directe à 1’aide d ouvertures pratiquées dans le vitrage qui forme toiture, ou dans les murs même du lavoir.

3 Disposition intérieure pour les opérations du blanchissage. II y a plusieurs pièces destinées aux différentes pratiques dont nous avons parlé. Nous noterons seulement quelques différences dans les établissements français et anglais.

En Angleterre, les places des laveuses occupent habituellement chacun des cotés d’une longue pièce formée par deux murailles parallèles. Les laveuses se tiennent dans des compartiments ou stalles de 1m,50 de profondeur sur 1m,10 de largeur, formés par des montants en bois ou des plaques d’ardoise de 2 mètres environ de hauteur, ce qui fait que chaque femme est entièrement isolée de sa voisine (les Anglaises, parait-il, tiennent beaucoup a ne pas être vues pendant qu’elles lavent leur linge); devant elles passe une auge en bois qui règne dans toute 1’étendue de chaque muraille, et offrant 0m,54 de largeur sur 0m,28 de profondeur. Cette auge est divisée, au niveau de chaque stalle, en deux compartiments inégaux, l’un de 0m,27, l’autre de 0m,62 de longueur. Le premier, muni d’un couvercle, sert à faire bouillir le linge dans une dissolution de sous-carbonate de soude. Deux robinets y donnent accès, l’un a de l’eau dans laquelle la femme forme elle-même la dissolution alcaline; 1’autre a de la vapeur qui détermine l’ébullition. Une soupape sert à faire écouler l’eau à volonté, c’est la lessive. Le grand compartiment est destiné à 1’essangeage, au savonnage, etc. ; il est également muni de deux robinets : l’un amène de 1’eau froide, 1’autre amène de 1’eau chaude ; une soupape permet 1’écoulement de 1’eau qui a servi. Ailleurs, 1’auge à compartiments est remplacée par deux baquets inégaux destinés aux mêmes usages. Ailleurs enfin, les compartiments ne sont pas le long des parois latérales, mais appuyés à des murs transversaux, avec la précaution de laisser un passage libre au milieu ou sur l’un des cotés.

Chez nous il n en est pas ainsi: le lessivage, qui se passe à part, comme nous le verrons, a lieu dans une pièce spéciale, et en commun, dans de grands cuviers (voir plus bas, la partie économique); dans le lavoir ont lieu les autres opérations. Nos ménagères, moins ridiculement réservées que les Anglaises, sont placées dans de petites stalles mobiles en bois formées d une petite planche carrée servant de base avec trois montants, un antérieur et deux latéraux qui ne s’élèvent qu’a la hauteur de la ceinture, protègent une partie du corps contre les éclaboussures, et laissent les bras parfaitement libres. Elles ont devant elles un baquet dans lequel elles précédent successivement au savonnage avec de 1’eau chaude, et au rinçage avec de 1’eau froide.

Soit dans la même pièce, soit dans un local particulier, sont les essoreuses (hydro-extracteurs) ; c est en général une corbeille en fil de fer galvanisé, ou une sorte de bassine à parois criblées, offrant 0m,60 environ de diamètre sur 0m,15 de profondeur, que l’on remplit de linge mouillé, et qu’une manivelle ou une courroie mue par la machine a vapeur fait tourner rapidement sur son axe ; l’eau, en vertu de la force centrifuge est chassée violemment vers la circonférence, s’échappe par les mailles du treillage ou les trous de la bassine, et se trouve lancée contre la surface intérieure d’une enveloppe de fonte d’où elle s’écoule par un conduit situé au bas. Cet appareil, comme construction, est a peu près le même partout, il n’y a de différence que dans les conditions de son emploi.

Le séchage a donné lieu a une foule de procédés de la part des ingénieurs anglais ; il serait bien désirable de les voir adoptés dans les établissements de Paris, afin d’éviter le séchage à domicile. Nous devons entrer ici dans quelques détails.

A Euston-Square, le séchoir fait suite à la buanderie ; c’est une sorte de long cabinet noir constitué par un refend vertical parallèle à l’axe du bâtiment, long-étroit, et éloigné de 1m,60 de l’un des murs longitudinaux. Cet espace est divisé, par des refends transversaux en maçonnerie, en seize compartiments ou cabinets dans lesquels on entre par une porte en bois de 1m,80 de hauteur; le tout est couvert, à la hauteur de 2 mètres, par un plafond percé, au niveau de chaque cabinet, d’une ouverture fermée par un registre mobile à volonté. Le sol est formé de plaques de tôle criblées de trous, et au-dessous desquelles se développe un système de tuyaux en fonte, contenant de l’air échauffé par un foyer dans lequel passent ces tuyaux, en se contournant de manière à former une sorte de grille. L air, élevé à une très-haute température, circule sous les plaques, revient au foyer, ou il reprend de la chaleur pour recommencer le même parcours. Voici comment on met en usage ces compartiments : le linge est étendu, simple ou plié en plusieurs doubles, sur les barres d un chevalet en bois de 1″, 70 de hauteur et de 1 m ,40 de longueur, 0m,40 de large, puis celui-ci est placé dans un des compartiments, dont chacun peut contenir deux chevalets; l’air n’y pénètre que par les fissures de la porte ; on ouvre le registre peu de temps après le commencement du séchage, pour laisser sortir la vapeur, on le ferme ensuite pour le rouvrir encore à la fin de l’opération, qui dure une demi-heure environ.

M. de Saint-Leger, l’habile ingénieur de Rouen qui a donné ces détails, croit un tel système dangereux, parce que l’on ne peut calculer la température, et par conséquent la tension de l’air échauffé qui, parait-il, peut se lever jusqu’à cinquante atmosphères !

A Euston-Square, qui s’intitule l’établissement modèle, la disposition du séchoir est a peu près la même, seulement ses compartiments sont plus grands et peuvent recevoir chacun sept chevalets juxtaposés et montés sur roulettes. Ces chevalets sont terminés en avant et en arrière par des plaques en fonte qui ferment le cabinet quand ils sont entièrement entrés ou entièrement sortis, ce qui permet de les mettre et de les retirer isolement sans refroidir l’intérieur. Le séchoir est chauffé par un calorifère à air chaud avec deux foyers, de sorte que la chaleur est a peu près égale partout ; la flamme et la fumée de chaque foyer circulent dans un tuyau horizontal en tôle galvanisée ; il y a une cheminée d’appel pour chaque foyer; elle est placée à l’extrémité du tuyau correspondant. Les deux tuyaux sont posés dans une espèce d’auge en maçonnerie, recouverts par un treillage en fil de fer galvanisé et situé horizontalement sous les chevalets, à quelques centimètres au-dessus des tuyaux, pour empêcher le linge qui tomberait d’être brulé au contact de ceux-ci. L’humidité du linge, vaporisée par la chaleur, s’échappe, comme à Euston-Square, par les ouvertures garnies de registres qui existent dans la petite voute en briques qui recouvre les compartiments.

Une disposition toute différente et assez compliquée est employée à Saint-Martin-des-Champs : le séchoir forme la partie supérieure de la case dévolue à chaque laveuse; ouvert par le bas, il reçoit le chevalet tout chargé, que l’on fait monter à 1’aide de cordes enroulées sur poulies et munies de contre-poids. La base du chevalet porte une planche horizontale qui ferme l’ouverture inférieure du compartiment. Là, il est placé entre des tuyaux à circulation continue du système Perkins. Quand la vapeur commence a sortir par les intervalles mal joints de la planche de fermeture, on lève, au moyen d une ficelle, un clapet qui couvrait une ouverture percée à la partie supérieure du compartiment, et on la maintient ainsi jusqu’à la fin de l’opération, en fixant inférieurement la ficelle à un clou.

Le chauffage a lieu par des tuyaux dans lesquels l’eau circule à une température de 150 à 170 centigrades, avec une pression de quatre à huit atmosphères. Ces tuyaux forment, au moyen de plusieurs circonvolutions horizontales, les parois de ces différentes cases que dessert un foyer auquel ils reviennent s’échauffer de nouveau. Chaque ligne de tuyaux est munie, à son point le plus élevé, d’un petit réservoir ayant la capacité de quelques litres, et qui est plein d’air quand l’appareil est froid ; il sert à permettre la dilatation de l’eau par la chaleur. Son emploi est indispensable pour empêcher la rupture des tuyaux. Le séchage dure de quinze à trente minutes.

Enfin à Hull on fait sécher directement le linge sur des tuyaux enveloppes d’un manchon en fil de fer treillage.

De ces différents systèmes, l’expérience a proclamé la supériorité de celui de Euston-Square-square. Suivant M. de Saint-Léger, le secret de la conduite économique du séchage est dans la proportion du courant d air. Il faut qu’il y en ait assez pour emporter la vapeur au dehors, et cependant assez peu pour que la température de toutes les parties de l’appareil, soit autant que possible, maintenue au-dessus de 100 centigrades. C’est dans ces conditions que la dessiccation est le plus prompte et le moins couteuse. Une température très-élevée de 100 a 110 a, dit-on, le double avantage de donner beaucoup de blancheur au linge et de faire disparaitre les mauvaises odeurs. On sait, en effet, qu’une température au-dessus de 100 est un excellent désinfectant, qui détruit en même temps les germes fermentescibles.

Le repassage a lieu dans une salle à part, ou se trouvent des fourneaux disposés a cet effet.

4 Chauffage. C’est la un des points les plus importants de la question économique des lavoirs. 11 a lieu ordinairement par plusieurs foyers répondant à chacun des principaux services, quoiqu’il soit d une économie bien entendue d’utiliser un même foyer pour plusieurs services, les bains et l’eau destinée aux savonnages, par exemple. Comme le fait observer M. Woolcott, la dépense en combustible dépend en grande partie de la perfection des appareils. Dans les premiers établissements construits, cette dépense, en employant du charbon de terre à 15 francs le tonneau, s’est élevée à 95fr,75 pour 1000 bains chauds, tandis qu’a l’établissement modèle, en se servant de menu charbon à 12fr. 50 le tonneau, on a chauffé le même nombre de bains pour 17fr.50. En général, malgré le bas prix du coke, on préfère la houille, qui donne bien plus de chaleur.

Les fourneaux pour les fers à repasser doivent aussi fixer l’attention. A Euston- Square c’est une sorte de poêle en briques, dont le dessus, recouvrant immédiatement le foyer, est formé de plaques de fonte posées horizontalement et sur lesquelles on fait chauffer les fers. Le tout est recouvert d’un couvercle en tôle qui se meut très facilement à l’aide d’une chaine en fer et de contre-poids ; on le soulève chaque fois qu’il faut placer ou ôter un fer. C’est l’appareil généralement préféré et substitué presque partout à d’autres procédés moins avantageux.

5 Fourniture de l’eau. Autre question de la plus grande importance. Le volume de l’eau doit être calculé de telle sorte qu’il réponde à la plus grande consommation pendant l’époque des plus grands travaux. En Angleterre, l’eau est fournie en abondance par des Compagnies qui, dans ce pays d’initiative privée, se chargent de ce service. La plupart d’entre elles font même livrer gratuitement dans les premiers temps, afin de favoriser l’installation d’établissements aussi utiles à la classe pauvre. Généralement elles la fournissent à prix réduits; seulement, dans quelques localités, l’eau n’arrivant pas a un niveau suffisant pour alimenter toutes les parties de l’établissement, il faut alors l’élever avec une machine, ce qui augmente les frais.

En France, et particulièrement à Paris, les lavoirs sont alimentés par des concessions de la ville pour l’eau de rivière destinée à la lessive et aux savonnages, et par de l’eau de puits pour le rinçage. D’après le rapport de M. Darcy, le prix d’abonnements s’élève a environ 10 francs par place.

Mais, il faut bien le dire, à Paris, l’administration semble avoir entièrement perdu de vue les intentions qui ont inspiré la loi de 1852, et que paralysent les tarifs actuels. En 1851, les 20 mètres cubes d eau de l’Ourcq coutaient 500 francs pour toute la ville et, chose bien juste, le prix était le même pour les autres eaux sur les points ou il n’en existait que d une seule nature. Aujourd’hui, d’après le tarif de 1861, l’eau de l’Ourcq coute 950 francs les 20 mètres cubes, et l’eau de Seine 1900 francs, avec cette clause rigoureuse que l’abonnée ne pourra réclamer l’eau d’une origine autre que celle existant dans les conduites placées sous le sol de la voie publique ou se trouve la propriété pour laquelle il contracte abonnement, et l’impossibilité par la compagnie de fournir l’eau d’une nature déterminée, ne pourra donner lieu à la modification des prix fixés ci-dessus. Or, ainsi que me le faisait observer un maitre de lavoir que ces prix élevés ont empêché de joindre des bains à son établissement, comme l’eau de l’Ourcq ne dessert que la partie basse de la ville, et que les lavoirs se construisent surtout dans les quartiers populeux, qui se trouvent dans la partie haute, il s’ensuit que c’est de l’eau de Seine, c’est-a-dire la plus couteuse, qu’ils sont obligés de prendre.

Ainsi que nous l’avons fait observer à l’article BAINS, on n’a utilisé que dans très peu de localités, l’eau de condensation des machines à vapeur qui va se perdre à l’égout sans profit pour personne.

6 Économie des lavoirs. Avantages. On ne saurait le nier, la création des lavoirs a été un véritable bienfait pour le peuple des villes. On peut s en assurer facilement en comparant, comme l’a fait M. Darcy, le prix de revient des objets blanchis par les blanchisseuses avec le prix des mêmes objets blanchis au lavoir par une ménagère. Ainsi le blanchissage d’un ouvrier, tout en se renfermant dans les conditions de la plus stricte économie, coute par mois environ 3fr.25 ; au lavoir les débourses s’élèveront seulement à 85 centimes, et en estimant à 1 franc le temps employé à cet ouvrage, cela fait a peu près 1fr.85. Remarquons, d’ailleurs, que les femmes qui ont beaucoup d’enfants à soigner ne peuvent exercer une profession régulière et lucrative. Ces conditions économiques expliquent les succès obtenus par les établissements qui nous occupent.

Quels sont les prix exigés dans les lavoirs publics pour les différentes opérations qui s y pratiquent? Il y a a cet égard d’assez grandes différences entre les habitudes de la France et celles de 1’Angleterre.

Dans ce dernier pays, comme nous l’avons fait observer, le lessivage est accompli par la femme dans un petit baquet à l’aide d une solution alcaline qu’elle fait bouillir. Voici les prix exiges : 10 centimes pour une heure; plus, comme fourniture : 5 centimes de sous-carbonate de soude ; 6 centimes pour le savon ; bleu, 2 centimes; total environ, 25 centimes. En général, le prix dans les lavoirs anglais est de 10 centimes pour la première heure, avec usage de l’essoreuse, du séchoir et des ustensiles de repassage : on exige 20 centimes pour la deuxième heure, et 10 centimes en plus pour chaque demi-heure suivante. Cet accroissement de prix, pour une longue durée de travail, a pour objet d’empêcher les blanchisseuses de profession, qui exercent un état lucratif, de profiter d’avantages destinés à la classe ouvrière.

A Paris, le prix de 1 heure est de 5 centimes, la demi-journée de 20 centimes et, pour la journée, de 40 centimes; on voit la différence qu’amènent, dans les prix des lavoirs, les différences qui existent dans le mode de création de ces établissements. La-bas, ce sont des institutions humanitaires fondées par des souscriptions particulières ou des sommes votées par les paroisses; ici, ce sont des entreprises particulières ; à la tête du lavoir est, non pas un gérant soldé, mais un entrepreneur qui organise et gère a ses risques et périls ; c’est, en un mot, une industrie privée. Nous pensons que les Anglais ont beaucoup mieux compris la question et l’ont posée sur son véritable terrain. Les blanchisseuses exercent un état lucratif payant, comme on le voit, assez cher chez nos voisins.

Le droit de travailler toute une journée, et, chez eux, aux 10 centimes par heure se joint le droit d’essorage et de séchage. Ici l’eau froide seule est donnée gratuitement, l’eau chaude se paye à part 5 centimes le seau de 12 litres;

L’essorage est de 20 à 30 centimes. Mais les dimensions de l’essoreuse permettent à deux ou trois femmes de se cotiser pour assécher leur linge à frais commun, et, par conséquent à très-bon compte. Et, cependant, plusieurs reculant encore devant cet accroissement de frais, essorent par le tordage qui use et brise si promptement les fibres du tissu. Elles emportent sur leur dos leur linge encore tout imprégné d’eau qui mouille leurs vêtements et les refroidit, et elles l’apportent à sécher dans la chambre du ménage qui se remplit d’humidité.

Chez nous, par exemple, le lessivage se fait en commun et en grand ; chaque femme apporte son paquet de linge qui est aussitôt muni d’un numéro en zinc, attaché avec une ficelle, et elle reçoit un numéro correspondant; le paquet est mis dans le cuvier avec les autres et, la lessive coulée, la femme le reprend pour aller se livrer, à sa place, au savonnage, etc., des pièces qu’il contient. Le tarif est fixé d’après le volume des objets : pour un paquet renfermant trois ou quatre chemises, on prend 10 centimes, et ainsi de suite en proportion. Les différentes fournitures, savon, eau de Javelle, etc., sont au frais de chaque laveuse qui apporte ou achète à très-bon compte, dans l’établissement même, ces différents objets.

A Londres, il est un établissement, celui de Glass-House-Yard, fondé par une société pour développer la propreté parmi les pauvres, ou tout est gratuit jusqu’aux fournitures. De pauvres femmes viennent laver là le linge qu’elles ont sur le corps, et pendant cette opération on leur prête des vêtements. A cela ne se borne pas la sollicitude de cette société ; elle donne aussi de l’eau et des chlorures pour laver les logements des pauvres du voisinage et les assainir ; on leur prête des brosses, des seaux, et, enfin, on leur donne du charbon pour que le logement puisse être séché immédiatement. L’établissement de Euston-Square loue dans le même but des seaux et des brosses, souvent même il les prête pour rien.

C’est ainsi que, dans l’espace d’une seule année, 1495 localités (428 chambres, 226 escaliers, 575 cabinets, etc.) ont été nettoyées et assainies. Il se passera du temps avant que l’on voie pareille chose chez nous : non que le zèle manque aux personnes charitables pour le faire, mais en profiterait-on?… Un maitre de lavoir me disait qu’il avait fallu plusieurs années pour faire comprendre aux femmes du peuple les immenses avantage de l’essorage à l’aide de la machine !

REUNION DES BAINS ET DES LAVOIRS. Comme nous l’avons dit a propos des BAINS PUBLICS, on a, en Angleterre, très habilement et très économiquement combiné les bains publics avec les lavoirs, de manière a livrer les uns et les autres à des prix réduits en faveur de la classe pauvre. Nous avons donné là le mode d’aménagement de ces bains ; nous n’avons donné a en parler ici qu’au point de vue économique.

Le chauffage a lieu par le même foyer pour le bain et pour la buanderie, là est la source des avantages que l’on retire de cette association. Suivant toutes les personnes qui ont étudiées la question, les bains doivent faire les bénéfices de l’entreprise. Aussi, suivant M. Woolcott, le nombre des baignoires doit-il être égal, sinon supérieur, au nombres des places de laveuses ; il admet que, d’après les prix fixés en Angleterre, la totalité des recettes doit se répartir de la manière suivante : 7 pour 100 fournis par les baignoires pour hommes ; 6 pour 100 par les baignoires pour les femmes ; 7 pour 100 par les bassins de natation; et 16 pour 100 seulement par les laveuses.

Comment expliquer que ces avantages n’aient pas été sentis chez nous, et que si peu de lavoirs, à Paris, possèdent des bains. D’abord à ce fait que ce sont, comme nous l’avons dit, des entreprises particulières, et que tous les chefs de lavoir n’ont pas des ressources suffisantes pour monter et organiser une aussi vaste entreprise qui exige un grand emplacement et de grands frais d’installation. Ajoutons encore le prix de l’eau dans les quartiers qui sont obligés de s’approvisionner d’eau de Seine. Nous avons fait remarquer plus haut que la société concessionnaire des eaux de Paris se montre peu généreuse a l’endroit de ces établissements.

Nous donnons ci-joint le plan d’un projet de lavoir public par MM. Trelat et Gilbert dans le rapport de la commission d’enquête sur cette question, public en 1850.

POLICE MEDICALE. REGLEMENTATION. Laissant de coté ce qui est relatif à la saute des ouvriers et ouvrières employés dans les établissements qui nous occupent, et dont il est traité au mot BLANCHISSEUSES, nous avons à examiner quelles sont, au point de vue de l’hygiène publique, les inconvénients des lavoirs et quelles sont les précautions à prendre.

Les lavoirs publics, de même que les buanderies ordinaires, ont des inconvénients nombreux lorsqu’ils ne sont pas établis dans de bonnes conditions, et quand, surtout, ils ne sont pas suffisamment éloignés des maisons voisines ;

aussi les a-t-on rangés dans la troisième classe des établissements incommodes et insalubres.

II existe a l’intérieur de ces établissements une buée continuelle qui pénètre et s’infiltre dans toutes les constructions adjacentes, les dégrade et y entretient une humidité qui rend certains logements inhabitables. Aussi, par suite de plaintes des voisins et de poursuites judiciaires, plusieurs propriétaires d’établissement de ce genre ont-ils été forcés de les fermer, quelques-uns ont même été condamnés a des dommages-intérêts.

Il convient donc d’exiger qu’il y ait un isolement complet entre les lavoirs, buanderies, couleries et les maisons voisines, au moyen d une cloison qui sépare le lavoir du mur mitoyen par un espace de 15 a 50 centimètres. Cette cloison doit régner sur toute la hauteur du mur mitoyen. On doit prendre extérieurement l’air qui doit circuler entre cette cloison et les maisons voisines. Le contre-mur sera construit en briques et chaux hydraulique. Dans le cas ou cette opération ne peut être faite le long d’un gros mur de séparation, on construira à la hauteur de 1 mètre une cloison en briques de Bourgogne de 0m,ll, hourdées en ciment romain. Enfin, dans certains cas, il suffira d’enduire de ciment romain à la hauteur de 1 mètre, le pourtour du lavoir.

Les autres conditions générales prescrites sont les suivantes :

1- Élever la cheminée de la machine à vapeur de 2 à 3 mètres au-dessus des maisons voisines, dans un rayon de 50 mètres, de manière que ces maisons ne soient pas incommodées par la fumée.

2 -Daller et bitumer le sol avec une pente convenable pour l’écoulement des eaux.

3- Diriger les eaux par un conduit souterrain jusqu’à l’égout le plus rapproché. L’enlèvement des eaux savonneuses résultant des lavoirs, dans les localités ou il n’existe ni égouts ni cours d eau pour les recevoir, constitue une des causes les plus ordinaire les plus graves d’insalubrité. Il faut alors, ou traiter ces eaux par la chaux, ou les répandre en irrigation sur les terres, ou les vendre pour l’extraction des matières grasses. Mais on ne devra jamais en permettre le séjour sur la voie publique ni la perte dans les puisards. Quelquefois, et par exception, on a permis que les eaux fussent recueillies dans une citerne étanche, à la condition qu’elles seraient traitées par la chaux et transportées pendant la nuit à la bouche de l’égout le plus voisin. On ne doit jamais en permettre l’écoulement dans les cours d eau, elles causeraient la mort du poisson.

4 -Établir les châssis mobiles destinés à la ventilation sur les cotés opposés aux maisons voisines.

5 -Couvrir les cuviers d’un large couvercle en tôle, et les surmonter d’une hotte communiquant à la cheminée, afin de donner issue a la buée.

6 -Prendre toutes les précautions nécessaire contre l’incendie.

7 -Déterminer les places en laissant entre chaque laveuse 1’intervalle de 1 mètre.

8 -Pendant les gelées, les glaces seront soigneusement cassées et l’on sèmera de la cendre ou des scories dans les endroits ou elles tendent a se former.

9 -On établira des lieux d’aisances convenablement ventilés à l’usage des laveuses.

Si ces conditions ne peuvent être remplies, si, par exemple, les bâtiments sont trop exigus et ne permettent pas de garantir les maisons voisines des inconvénients de la buée et autres vapeurs ; si les eaux ne peuvent avoir un écoulement convenable soit par 1 absence d égout, soit par le mauvais état du sol de la voie publique ou elles entretiendraient une insalubrité et une malpropreté permanentes, l’autorisation doit être refusée.