Bains et Lavoirs Publics

NANTES ET LES NANTAIS SOUS LE SECOND EMPIRE Khan et Landais

BAINS ET LAVOIRS PUBLICS

Il existait, avant la création des bains publics, des établissements privés qui vantaient, dans la presse locale, leurs qualités: « Nous recommandons à nos lecteurs le bel établissement de bains, 8 rue du Calvaire, près de l’hôtel des Beaux-Arts. Ce vaste établissement, où l’on trouvera des bains de toutes espèces, réunit à une situation de salubrité parfaite par sa contiguïté avec deux jardins, le luxe et le confort des premiers établissements de la capitale.»

Un autre bain-douche existe sous le nom de «Bain Sainte-Marie», au 7 rue Paré, et on doit mentionner également l’établissement de bains de Launay, situé rue Dudrezène, celui des Ormeaux, quai Turenne ainsi que ceux de la veuve Rousseau, 4 place de la Petite-Hollande, et de Saillant, quai Duguay-Trouin.

En 1859, on discute au conseil municipal. de l’exploitation industrielle de l’établissement communal des bains et lavoirs publics. Celui du quai de la Maison-Rouge, dont les fondations ont été entreprises le 13 novembre 1852, est ouvert au printemps 1860. Nantes devient ainsi, après Paris, la seconde ville française à bénéficier d’un tel établissement pour la construction duquel une prime de 20 000 F est allouée par le Gouvernement. Le concessionnaire en est Rigola et une subvention de 8 000 F lui est accordée pour les bains gratuits et médicamenteux des nécessiteux.

Le Phare de la Loire du samedi 12 mai 1860 écrit: «Cet établissement, encore peu connu, et qui doit rendre d’immenses services en augmentant les moyens de propreté, a donné, samedi 5 et dimanche 6 courant, 572 bains. Cette preuve évidente qu’on l’apprécie lui fait présager qu’il remplira le but que s’était proposée la ville en le créant: rendre général l’usage des bains en les donnant à 20 centimes.» Le 8 Juillet, le même journal nous apprend qu’il a été donné 460 bains payants ce jour et que, dans la semaine, le nombre de bains distribués a été de 2 111. Au cours de l’année 1861, ce sont 29 087 bains qui sont servis et, en 1868, on compte plus de 53 000 bains, dont 4 700 donnés gratuitement.

Mais Rigola a divisé l’établissement en deux parties distinctes bien séparées l’une de l’autre. Dans l’une des parties a été aménagé le service affecté à la population pauvre et qui doit donner des bains et lessives gratuits ou à prix réduit. Dans l’autre partie dotée d’aménagements confortables, Rigola donne des bains à la classe aisée et en fait porter à domicile. Il y crée en outre une blanchisserie dans laquelle il prend en charge le linge qui lui est confié. Aussi la Compagnie Générale des Eaux demande que cet établissement soit exclu de la liste de ceux qui bénéficient de droits spéciaux pour les besoins publics, c’est -à-dire qui utilisent une quantité d’eau sur les 4 000 mètres cubes dûs chaque jour à la ville par le Service des Eaux. Le maire reconnaît que l’eau consommée par l’établissement de Rigola doit être payée en totalité à la Compagnie Générale des Eaux selon le tarif en vigueur.

L’arrêté municipal du 14 janvier 1865 nomme le sieur Destrebecq régisseur des bains et lavoirs, au traitement annuel de 1 200 F. Il est remplacé, le 25 octobre 1867, par Jean Marie Bouganne.

Le tarif des bains en 1866 est le suivant:

1 douche simple d’eau froide   50 centimes

1 bain ordinaire à prix réduit            20

1 bain de Barèges et sa solution            50

1 bain de vapeur simple               50

1 serviette de bain                  5

A ces bains de propreté s’ajoutent, au premier étage de l’immeuble, des bains suivis par des médecins pour le prix de 1,50 franc.

Dans la partie lavoir du bâtiment, chaque laveuse peut disposer d’une consommation moyenne de 150 litres d’eau, dont moitié d’eau bouillante.

Elle a le droit de lessive aux heures indiquées, droit d’essorage aux machines à essorer, droit d’étendage à tour de rôle dans les cours réservées à cet effet, et droit de repassage. Le tarif, calculé selon le temps passé aussi bien au lavoir qu’à la salle de repassage, est de 10 centimes les deux premières heures et 10 centimes pour chaque demi-heure en plus.

L’ouverture de l’établissement communal des Bains et Lavoirs publics du quai de la Maison-Rouge au printemps 1860 n’est pas faite pour satisfaire les 600 à 700 femmes qui vivaient alors du blanchissage. Fortes de leur nombre, les laveuses font preuve d’une rare pugnacité lorsqu’il s’agit de défendre leur gagne-pain.

Au quai de Barbin est amarrée une vingtaine de bateaux où travaille une nuée de blanchisseuses entre les mains desquelles passe le linge d’une grande partie de la ville de Nantes. On le constate sans peine à la vue du grand

Nombre de brouettes servant au transport du linge ainsi que de la forêt de piquets, de fils ou de linge blanc séchant au grand air.

Les laveuses en bateau peuvent être classées en trois groupes: des ménagères qui blanchissent le linge de leur propre famille ; des journalières qui travaillent à la journée pour une maison bourgeoise ou pour une «maîtresse-blanchisseuse» ; et des laveuses indépendantes qui veillent à s’attacher la fidélité de leurs clients par la qualité de leur travail. Le métier de laveuse en bateau n’est pas fait pour les natures délicates.

Les bateaux à laver sont construits par les chantiers de construction navale de Nantes ou par des charpentiers de marine installés à leur compte.

En 1842, un arrêté préfectoral impose des normes uniformes de construction et fixe ainsi une silhouette qui devient familière aux Nantais. Les bateaux ne doivent pas avoir plus de 5,50 mètres de large ni plus de 14,30 mètres de longueur. Le même arrêté décrit aussi l’aspect de la toiture qui devra être plate, en zinc ou en bois bien travaillé, et fixe des règles dans la disposition des fourneaux pour éviter tout risque d’incendie. La cabane où habite parfois le propriétaire et les fourneaux doivent être disposés symétriquement, la cabane au milieu, les fourneaux munis de cheminées en tôle aux extrémités.

Mais souvent le propriétaire habite sur les quais, le plus près possible du layon-, de manière à surveiller le linge qui sèche et le niveau d’ étiage.

En 1830, le prix moyen d’un bateau à laver neuf est de 6500 F. Le propriétaire paie une patente et un droit de stationnement au fermier des échoppes.

Des artisans investissent parfois leurs économies dans des lavoirs qu’ils mettent en gérance. Aussi, la prolifération des bateaux à laver le long des quais est telle que le commerce fluvial et maritime du port en est entravé.

L’arrêté préfectoral de 1841 limite le nombre des lavoirs à 30 pour la Loire et 20 pour l’Erdre, mais cet arrêté n’est pas appliqué rigoureusement et, en 1887, le nombre des bateaux à laver est encore de 50 dans le port et de 23 sur le canal. Bateaux à laver et navires de commerce sont amarrés côte à côte et contribuent à l’encombrement du port. Les portefaix sont obligés de passer par les lavoirs, ce qui provoque des querelles incessantes. A l’injure cinglante, les lavandières ajoutent les joies du commérage qui joue un rôle de cohésion et d’affirmation pour leur groupe.

Comment fonctionne un bateau-lavoir? Un rapport de la Commission des Bains et Lavoirs le précise en 1851 : «L’entrepreneur met, moyennant trente centimes par jour, à la disposition de la ménagère, un battoir, une marmite à faire bouillir le linge, un baquet pour l’ essanger et le rincer. Celle-ci apporte le bois et le savon. Elle fait bouillir son linge dans la marmite avec du lessis dont elle a dû se munir, le savonne, le rince dans de l’eau chaude ou avec de l’eau froide qu’elle puise» dans l’Erdre ou dans la Loire ».

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