Nantes au XIXe Siècle

NANTES AU XIXe SIECLE  de GUEPIN et BONAMY

Page 106 – FONTAINES PUBLIQUES

Nantes est une ville sale et boueuse: de l’eau donc pour les rues, des fontaines pour les places publiques, voila ce que l’on ne cesse de répéter depuis long-temps, mais en vain. Il semble que les administrations qui se sont succédé dans notre cité, loin de comprendre l’art, n’aient jamais senti l’utilité du confortable. L’eau, cependant,serait plus utile que bien des dépenses portées au budget. Un Jour, quand la génération qui s’élève sera parvenue aux affaires, quand nos enfants auront pris en main les rennes du pouvoir, ils agiront, il faut l’espérer, en hommes qui ont conscience de la manière dont on doit dépenser les revenus publics, ainsi que de la beauté, de la grandeur et des prestiges que l’art peut produire. L’eau et le Gaz circuleront alors dans les rues, et des fontaines sculptées seront un ornement de plus. Le voyageur arrivant de nuit dans nos murs sera frappé à la vue de monuments où la nappe d’eau retombant avec murmure, les décors, les effets de lumière, et l’horloge de nuit seront combinés habilement de manière à réunir ensemble les idées d’ordre et de beauté, d’utilité et de grâce.

Nos pères ont chanté sur tous les tons l’harmonie de la nature, nos fils prépareront peut-être quelque chose pour les chantres de l’harmonie sociale .

Page 610 – Bains Publics

Parmi les moyens d’amélioration physique, le bain chez les anciens occupait une grande place.

Chacun sait jusqu’à quel point sous ce rapport fut porté le grandiose à Rome. Sans parler du luxe prodigieux que les riches Romains étalaient dans cette pratique, personne n’ignore que des bains publics nombreux mirent cet usage à la portée du peuple. C’était pour les empereurs un moyen de se populariser que la fondation de nouveaux établissements de ce genre; les premiers furent ouverts sous Pompée; mais bientôt ils se multiplièrent.. Agrippa en fit construire 70. Plus tard on en compta jusqu’à 800. Le prix était minime; et aux jours fériés les pauvres y étaient admis gratuitement. En France jusqu’au XIVe siècle l’usage des bains publics, reçu des Romains, a été en grande vigueur. Et maintenant il ne reste rien à la disposition du peuple que les bains à l’eau froide; et, pendant 8 mois de l’année, il faut que le pauvre reste avec sa malpropreté qui engendre si souvent les hideuses maladies de la peau, et les entretient avec une ténacité si fâcheuse.

Et cependant des établissements de bains publics ne seraient pas bien coûteux: , surtout si on voulait les lier à une autre institution d’une égale importance, celle des fontaines publiques. Supposons qu’on établisse un château d’eau sur une des places centrales de notre ville, ce qui pourrait être, moyennant la coopération d’on architecte habile, une œuvre d’embellissement, aussi bien qu’une œuvre d’utilité matérielle; il faudra, pour lui fournir l’eau nécessaire, une force de dix chevaux au moins; que cette force soit empruntée à une machine à vapeur, et que l’eau dans laquelle la vapeur viendra se condenser, soit distribuée dans des baignoires, on obtiendra de cette manière 450 bains par jour au minimum.

En effet, une machine de la force de 10 chevaux consomme 50 kilo. de houille dans une heure. D’autre part 1 kilo de houille brûlé produisant 5 kilo de vapeur, 50 kilo donnent 50 kilo de vapeur. Or  un kilo de vapeur et 5, 35 kilo d’eau à 0, donnent 6, 35 kilo d »eau à 1000, soit 6 kilo pour la pratique ; par conséquent 250 kilo, de vapeur (quantité produite dans une heure), fournissent 1500 kilo d’eau à

1000  ou 4500 kilo à 33°; c’est-à-dire 30 bains par heure en évaluant à 150 kilo la quantité d’eau nécessaire à un bain. Mais si l’on fait attention que cette évaluation est exagérée, que d’ailleurs la température de 330 est de quelques degrés au-dessus de l’ordinaire; qu’enfin, dans notre calcul, nous avons négligé une certaine quantité de vapeur, on restera convaincu qu’en supposant suffisante, pour le service des fontaines, une force de dix chevaux, ce qui est le minimum, le nombre de trente bains par heure à la disposition du peuple, est inférieur à la réalité.

Ce que nous demandons ici n’est qu’une nouvelle application d’un principe mis en pratique déjà depuis longtemps par un de nos compatriotes.. feu M. Baudry, qui a attaché son nom à plusieurs entreprises bien utiles, et en particulier à la création des Omnibus.

Cette amélioration dans l’hygiène populaire est urgente car le présent est bien pauvre:

Aujourd’hui sept établissements de bains servent aux besoins de Nantes, trois sur la Loire, deux dans le quartier Graslin, le sixième au Bois-de-Launay  le septième à Richebourg; ils fournissent ensemble 200  baignoires à peu près; le prix du bain à Richebourg est de moitié moins considérable que celui des autres (50 cent.), mais il dépasse encore les moyens du prolétaire.

Un des établissements dont nous venons de parler, tenu par M. Bertin, pharmacien, fournit aussi les bains à domicile; cette utile industrie, nouvelle pour Nantes, a toujours été en progrès depuis sa fondation. Ce même établissement, et celui de la maison Boisteaux, fournissent des bains médicinaux de toute espèce à prix modérés.