Hygiène à Nantes 1920

HYGIENE A LA BELLE EPOQUE – LE LAVOIR MUNICIPALE

Magazine «Les Vieux Métiers »

Une aimable correspondante de Tours nous a adressé ses souvenirs d’enfance sur un lavoir municipal dans les années 1920 à Nantes.

«La petite maison de mes parents située dans une impasse près du Rond Point de Vannes, ne possédait pas l’eau courante, mais seulement une pompe dans le jardin.

D’ailleurs, dans mon enfance, beaucoup d’appartements et de maisons individuelles n’avaient ni évier, ni service d’eau. Dans les grands immeubles du centre ville, à chaque étage, et seulement jusqu’au troisième, un robinet commun apportait l’eau sur le palier. Dans les quartiers périphériques, on trouvait de place en place une pompe municipale sur le trottoir. L’eau de «ville» faisant disait-elle mieux cuire les haricots que celle de notre pompe, ma mère allait en chercher à une centaine de mètres.

Dans ces conditions, la lessive à la maison était presque impossible. Dans notre quartier, la municipalité avait créé (aussitôt la guerre 1914-1918 je crois) un «lavoir municipal›› à l’angle de la rue des Hauts Pavés et de la rue Noire. Ma mère en appréciait les installations pratiques (eau courante, lessiveuses chauffées placées derrière chaque laveuse, etc…) qui ménageaient la peine et gagnaient du temps.

Chaque mardi, dès sept heures et demi, elle partait roulant sur sa brouette le linge de la famille. Il fallait arriver avant l’ouverture pour être sûre d’avoir une place, car ce lavoir destiné à l’origine aux ménagères du quartier, avait été peu à peu envahi par les blanchisseuses de métier qui accaparaient les meilleures places et faisaient régner la loi.

Mais le plus pénible était le retour, roulant pendant sept à huit cents mètres, quel que soit le temps, une brouette lourde de linge mouillé. L’hiver, malgré ses gants de laine, je l’ai vue près de défaillir quand la circulation du sang revenait dans ses doigts engourdis par «l’onglée».

La journée hebdomadaire de la lessive était la plus dure de la semaine.

La femme d’aujourd’hui ne peut imaginer à quel point, la machine à laver, cet outil devenu banal, est pour elle une libération.

Mme POISSON – Saint Cyr sur Loire

1920 – LE LAVOIR MUNICIPAL DE LA RUE DES HAUTS PAVES

Quelques souvenirs

Dès 8 Heures le matin on pouvait voir les blanchisseuses faire la queue pour entrer. Le lavoir ouvrant le mardi à 8h30, fermait à 16h30 ou 17heures jusqu’au samedi inclus.

Les blanchisseuses prenaient un ticket à la caissière, s’installaient à leurs bancs. Elles essayaient d’avoir toujours le même, cela se passait un peu comme sur les bateaux-lavoirs mais là pas de feux à faire, pas d’eau à tirer de la rivière, seulement un robinet d’eau chaude et froide à tourner.

Le linge bouilli était mis dans un baquet trainé jusqu’au bac de rinçage où l’eau était courante; ensuite égoutté sur un tréteau. Les blanchisseuses étaient installées sur des planches avec de petites ouvertures par lesquelles l’eau s’écoulait, ce qui leur permettait d’avoir les pieds à peu près au sec mais toutes avaient des sabots bien couverts. Par temps sec, le linge était étendu dans le pré attenant au lavoir, sur des fils. L’hiver, se louait à la semaine une cabine de séchage au 1er étage. Malgré l’aération installée dans la toiture, ces femmes travaillaient dans la buée et plus le temps était couvert, plus la buée était épaisse.

Le samedi était le jour des femmes travaillant hors de chez elles le reste de la semaine.

Le garçon du lavoir, dans les années 1920, un Monsieur Monnier, puis Mr Leroux devait entretenir le bâtiment, s’occuper du chauffage, il plaçait les laveuses munies de leurs tickets pris à la caissière Madame Civel ; parfois il devait calmer quelques esprits échauffés, mais l’ordre revenait vite.

Mme THEBAUD

LES CONDITIONS DE VIE DES FAMILLES AVANT LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE

Les nombreux établissements de bains qui existaient à Nantes, à cette époque, peuvent surprendre. Il ne faut pas oublier que c’est après la deuxième guerre mondiale que le confort s’est développé dans les habitations.

Avant 1940, il était normal de voir proposer des maisons ou des appartements de toutes catégories n’ayant aucun confort ; pas de chauffage, pas d’appareils sanitaires, pas d’eau chaude. Les W.C. se trouvaient souvent sur les paliers à l’extérieur des appartements, ou dans les escaliers, certains étaient même affectés à plusieurs logements. La cuisine était équipée d’un évier en granit ou en fonte brute, avec seulement un robinet d’eau froide.

Le locataire apportait sa cuisinière au charbon, elle permettait de chauffer une partie du logement et d’avoir de l’eau chaude en permanence pendant les périodes froides.

Pour la toilette on utilisait une cuvette avec un pot à eau en céramique posés sur une table en bois peint, avec dessus de marbre. Parfois dans un coin de chambre on utilisait un support en fer ou en bois courbé pour supporter la cuvette et le pot à eau. Les eaux de toilette étaient évacuées dans les WC avec un seau en tôle émaillée. Un broc, également en tôle émaillée, complétait la réserve d’eau et était utilisé pour apporter l’eau chaude.

Certaines familles pour la douche, utilisaient un tub, large cuvette en zinc.

Les logements équipés d’une cheminée ou d’un conduit de fumée par pièce, étaient chauffés par des poêles à bois ou à charbon ou parfois seulement par un feu de bois dans la cheminée. .

Après 1945, les règlements ont imposé pour la rénovation des logements anciens ou pour la construction de logements neufs, des équipements sanitaires, qui adaptés aux progrès de la technique, nous donnent aujourd’hui un confort qui rend difficile d’imaginer ce qu’étaient les conditions de vie avant la guerre de 1939.

En 1921, l’annuaire de la Loire-Intérieure recense sept établissements de Bains Douches à Nantes :

– Bains Douches publics – rue de la Pelleterie

– Bains et Lavoirs publics – Quai de la Maison Rouge

– Bains du Calvaire – 8, rue du Calvaire

– Bains de Launay – 6, rue Dudrezène

– Bains Nantais – 1, rue Duguesclin et 12bis, quai Duguay Trouin

– Bains Sainte Marie – 7, rue Paré

– Bains Bois – 11, quai du Port Maillard.

Le confort moderne des logements a contribué, peu à peu, à la fermeture de ces établissements qui avaient une grande importance au début du siècle.

Nous avons pu recueillir deux témoignages sur cette activité commerciale plus ou moins transformée ou disparue.

BAINS DOUCHES – RUE NOIRE

Cet établissement municipal, dont une partie des bâtiments vient d’être rénovée, avait été construit après la guerre de 1914 par Etienne COUTAN architecte, il a fermé vers 1960 environ. Vers 1925, l’installation fut modernisée et je l’ai fréquentée de 1925 à la fin de la deuxième guerre.

Enfant, j’étais amie avec la fille et le fils de la caissière Madame MONNIER et les parties de cache-cache dans ce grand établissement étaient bien réjouissantes. Pour gagner le logement de la caissière au premier étage, il fallait traverser une partie du lavoir jouxtant l’établissement de bain, si bien que je connaissais tous les recoins de cette très importante superficie.

L’ensemble – rue Noire, rue des Hauts Pavés – comprenait :

-Bains Douches (c’est le bâtiment actuellement transformé)

– Un lavoir municipal (devenu salle de gymnastique)

– Un dispensaire (repris par la Mutualité).

Bains-Douches : les heures d’ouverture changeaient suivant les jours, certains jours à 10h et fermeture entre 17 et 19h. Le samedi 8h30 jusqu’à 19h et le dimanche matin de 8h30 à 12h.

La clientèle était surtout ouvrière et le samedi et le dimanche matin il y avait beaucoup de monde, il fallait attendre son tour. Clientèle rieuse, bon enfant, qui sifflait et chantait. Les économes apportaient leurs serviettes et savonnettes, les plus fortunés louaient la serviette et payaient la savonnette.

A chaque cabine, la fermeture se faisait dès l’entrée d’un client porte bloquée. Le garçon de bain venait délivrer le client à sa demande par l’intermédiaire d’un coup de sonnette qui faisait tomber à l’extérieur un bras indicateur.

Cabine de douche pour homme il y avait :jet direct sur la tête. Mais col de cygne pour les dames.

Deux étages pour recevoir tout ce monde avec 50 à 60 cabines par étage, le premier était réservé aux femmes. Peignoirs, serviettes loués étaient blanchis par les services municipaux de blanchissage. Le ticket de bain ou douche payé à l’entrée était à cette époque de 0,75 Frs.

Le garçon de bain, Monsieur HOUSSAY s’occupait du rez-de-chaussée et la baigneuse, Madame ROBIN du premier étage. Leur travail était très important, surtout en fin de semaine avec le nettoyage des cabines après le passage des clients.

Un chauffeur, Monsieur GARREAU, alimentait au «coke›› la chaudière au sous-sol. Métier assoiffant… alors parfois il s’absentait pour se réconforter à «Ia succursale›› c’est-à-dire un café tout proche. Pour veiller au grain, il y avait une petite chienne ratière nommée «Gitane›› qui allait aboyer à la porte du sous-sol ;c’était le signal, la chaudière «tapait» il fallait vite descendre. Bien souvent La caissière se dévouait. Elle était estimée de tous pour sa serviabilité, ses sourires, ses bons conseils. Pendant la dernière guerre elle assura avec dévouement l’ouverture de l’abri de la défense passive qui se trouvait sous le dispensaire, elle devait avoir alors près de 60 ans.

Tous ces employés faisaient la journée continue, une petite cuisine avait été aménagée où ils pouvaient chauffer une gamelle ou faire une cuisine simple. Comme très souvent les enfants de la caissière amenaient leurs petits copains, tout cela formait de grandes tablées rieuses où les petites farces ne manquaient pas.

Ces bains-douches, ce lavoir sont restés pour moi un de mes bons souvenirs de jeunesse.

Mme THÉBAUD

LES BAINS SAINTE MARIE Rue PARÉ

Mes parents ont acheté les bains Sainte Marie en 1906 à Madame Lesage et les ont revendus à Monsieur Picherit en 1920.

L’Etablissement a subsisté jusqu’à la deuxième guerre mondiale et les bombardements. J’ai passé là mon enfance et mon adolescence et j’ai gardé le souvenir très vif du décor, du jardin avec palmiers, serre, buisson de camélias dont la floraison était une splendeur. Toutes les cabines donnaient sur ce jardin.

Il y avait 32 cabines de bains ou douches installées de part et d’autre de beaux couloirs cirés. Le rez-de-chaussée réservé aux hommes, le premier étage aux femmes, avec cabines doubles pour les ménages. Toutes ces cabines étaient cirées, avec des tapis de bain. Les baignoires en cuivre étamé s’ornaient de belles robinetteries en cuivre (astiquage soigné tous les vendredis). Avec les longs couloirs cirés, cela représentait un énorme travail d’entretien.

Avant l’apparition de l’électricité dans les habitations l’éclairage jusqu’à la guerre de 1914 était au gaz de ville avec bec papillon, puis manchon.

Le chauffage à vapeur avait toute une installation moderne pour l’époque et les douches nécessitaient un important réservoir situé à la hauteur du 5ème étage.

Tout cela réclamait une énorme quantité de charbon. Il existait également un sauna avec bains de vapeur sèche ou humide et une étuve pour chauffer les peignoirs et serviettes que les clients demandaient leurs ablutions terminées en sonnant le garçon ou la baigneuse – avec un beau cordon de sonnette à gland.

Un grand nombre de bains médicamenteux était proposé aux clients, au moins dix sortes. Les plus courants :

les bains salés, d’amidon, dits de Barèges, de cristaux,de son. Le son était apporté par un meunier de La Chapelle et mis en petits sacs. Bien entendu, beaucoup de bains parfumés à la demande du client. Un secrétaire de l’Evêque très raffiné, prenait toujours un bain parfumé dit de «Perrès›› dont l’odeur était particulièrement agréable.

Les baignoires pouvaient comporter un fond de bain – sorte de drap coulissant et couvrant le fond et les parois de la baignoire à la demande du client et pour 0,60 Frs de supplément. Avec la fourniture des peignoirs et des serviettes cela représentait une quantité impressionnante de linge, qui occupait une blanchisseuse toute la journée. Pendant des années, ce fut Madame Kerlo, habitant le Marchix ; ce linge séchait dans les greniers.

Avant la guerre de 1914, le tarif était de 0,80 Frs bain avec serviette, supplément pour les bains parfumés et médicamenteux. 0,30 Frs le peignoir, 0,60 Frs le fonds de bain. Une savonnette comprise. Avec supplément, les clients pouvaient à la place du savon ordinaire prendre le savon rose «Liège de Gelé›› qui surnageait.

Pour recevoir les clients, en dehors de la direction, il y avait comme personnel un garçon de bain, une baigneuse, un masseur pédicure. Le garçon très connu des habitués se nommait Jean Robin – habitant rue de la Juiverie. La baigneuse Madame Marchais — rue d’Erlon, locataire de Madame Peignon.

Les bains fonctionnaient tous les jours ouvrables, avec des horaires très longs. Par exemple, certaines écoles comme. Livet, la pension Geoffroy envoyaient leurs pensionnaires une fois par semaine, par groupe de trente et cela dès le matin à six heures.

Après leur passage, le personnel avait un travail considérable de nettoyage. La clientèle par ailleurs, était de tous les âges et plutôt de situation aisée.

Pendant la guerre de 1914 – en 1917 les Américains très nombreux à Nantes, avaient réquisitionné l’établissement. C’était un vrai défilé, toute la journée par groupe de trente, toutes les cabines de bains et douches occupées. Le personnel les aimait bien, car à vrai dire, ils étaient très généreux, et les gavaient de cigarettes et de chocolat. A chaque passage, ils laissaient sur place leur linge sale, en jersey, et chaque semaine un camion de l’armée venait ramasser cet amas de sous-vêtements, un vrai gaspillage.

Il n’y avait plus de place pour les Français, mais vu la gaieté et la générosité de ces soldats, personne ne se plaignait.

En dehors de l’établissement de la rue Paré, les bains Sainte Marie assuraient un service de bains à domicile.

Au début du siècle, les salles de bains à domicile étaient rarissimes. Un garçon de bains assurait le travail – et quel travail ! – amener sur une voiture attelée d’un percheron la baignoire en cuivre étamé et des seaux pleins d’eau chaude, monter le tout à l’étage en plusieurs tournées – après forces recommandations et récriminations des concierges dans les immeubles bourgeois.

Quelques heures après, retour du garçon pour vider la baignoire par seaux dans le caniveau quand il n’y avait pas d’écoulement d’eau à l’étage.

Dans certaines familles, quand tout le monde était lavé, on décrassait ensuite le linge dans la baignoire, il fallait remonter seulement le soir pour la vider !

Le service de bains à domicile comprenait sept baignoires, de nombreux seaux, une voiture, un cheval pour la traction. Au début du siècle, le bain devait coûter 0,25 Frs. Mon père se plaignait du «manque à gagner›› !

La fièvre typhoïde n’était pas rare, pour la soigner, les médecins recommandaient l’usage des bains. C’était un travail épuisant pour le garçon de bains qui préparait parfois neuf bains par jour au domicile du malade.

Tout cela parait irréel maintenant.

C’était il y a plus de 70 ans.