2010 150 ans!

OUEST FRANCE  Mercredi 6 janvier 2010

150 ans après, les bains-douches détendent toujours

Témoins exceptionnels du développement de l’hygiène publique, les bains-douches municipaux ont été crées il y a 150 ans. A l’heure de la crise, ils gardent tout leur rôle.

Reportage aux bains-douches, 1 rue des Olivettes.

Les trois garçons minces tendent leur carte à Marie. « one, two, three… » trois entrée, avec serviette éponge, savon, shampooing. En roulant des épaules, ils se dirigent vers les douches. « ça marche comme ça, explique Marie. Avec la carte, ils ont droit à 4 douches par semaine pendant 5 semaines. »

Pascal était là dès l’ouverture. Il sort de sa cabine et se frictionne avec satisfaction. Il est plus fourbu que les jeunes qui sonorisent leurs cabines au MP3. Pascal fait partie des SDF à qui le 115 débordé dit non. « avec un copain, on a trouvé un squat. Heureusement qu’il y a les bains-douches ».

« taper la discute »

En période de fête, c’est Marie et Isabelle qui accueillaient, tout sourire, les aventuriers de la rue nantaise.

L’une manie le balai, l’autre le tampon et la caisse. « les bains, disent-elles, c’est un lien avec la société. Ils aiment venir taper la discute ici. Certains sont très cultivés. Ils parlent politique, économie, livres. Ils veulent s’en sortir. Ils veulent rester propre. »

La moyenne de fréquentation se situe à cinquante visiteurs. Il y a cette dame en HLM, à Bellevue, qui n’a plus l’eau chaude. Cette autre personne âgée, percluse de rhumatismes, dont le logement n’est équipé que d’une salle de bain sur palier.

« Dans les années 1990, je voyais beaucoup d’anciens, constate Anita, la responsable des bains-douches. Une fois par semaine, ils traversaient la ville à cyclomoteur et venaient se laver. C’était la balade du samedi, quoi. Ils aimaient la pression de l’eau dans la douche. »

Entre les roms qui paient comptant, Mustapha et son pote qui viennent 2 fois par jour, la vieille dame qui passe la matinée dans la baignoire, une chose n’a pas changé depuis 1860: »les bains-douches, ça les détend vraiment. »

Daniel Morvan

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LES BAINS ET LAVOIRS SONT NÉS AU TEMPS DU CHOLÉRA entretien avec André Péron, historien

Pourquoi a-t-on construit un bain-lavoir à Nantes, en 1860?

Les Bains-lavoirs répondent à un soucis d’hygiène, dans cette période hantée par le choléra, Nantes connaît une grande épidémie en 1832. la même année, une ménagère de Liverpool découvre qu’on se porte mieux dans du linge bien blanchi à l’eau chaude.

Qui prend la décision d’implanter un bain-lavoir à Nantes ?

Napoléon III a encouragé en France la création de lavoirs sur le modèle anglais. Il finance sur ses fonds le bain-lavoir du temple à Paris. Nantes, en plein essor démographique, serait la première à bénéficier des subventions publiques accordées aux  « bains et lavoirs modèles. »

Comment fonctionnent-ils ?

L’équipement est chauffé par une machine à vapeur. A Nantes, les bains comportent 24 baignoires ordinaires et 4 baignoires de bains médicamenteux. L’établissement est équipé d’un séchoir à linge et d’une essoreuse. Le lavoir accueille 48 blanchisseuses.

Le bain-lavoir est situé dans un quartier populaire, au bord de la Loire. Ce n’est pas un hasard?

Il est construit dans le quartier des ponts, à la Madeleine, non loin de la rue des Fumiers. C’est là qu’était stocké le fumier destiné au maraichage et qui transitait par bateau. Les bains sont situés là où ils peuvent le mieux remplir leur rôle dans la lutte pour l’hygiène.

Ce rôle exemplaire est-il souligné par la qualité architecturale de l’édifice?

Il est très soigné, avec sous-bassement en granit, mur de tuffeau, pilastres et chapiteaux, et la grande cheminée, synonyme de vapeur et de révolution industrielle. C’est l’un des rares exemples encore debout des premiers bains-douches de France, de ces années 1850.

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REPÈRES: Les bains-Douches, 1 rue des Olivettes.

Tél 02 40 47 17 42 Du lundi au samedi de 8h30-12h et 14h-17h30, dimanche 9h-12h.

Fréquentation. En 2009, les bains-douches ont enregistré 11 087 entrées. 40 % des usagers bénéficient de l’aide sociale et 60 % paient leur entrée.

Le 7 janvier 1860. Achevés en 1855, les bains-lavoirs du quai de la Maison Rouge ne sont inauguré que la 7 janvier 1860. La municipalité de l’époque débattra pendant cinq ans pour décider du fonctionnement. Elle optera pour un régime mixte, tantôt gratuit, tantôt payant.

Hygiènisme. La nécessité de créer des établissements de bains à l’intention des classes populaires ressort en particulier d’un ouvrage resté une référence historique: Nantes au XIXe S. par Guépin et Bonamy.

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