1984 Un seul établissement

Les bains-douches font leur toilette

Un seul établissement fonctionnel pour trois vétustes

La ville de Nantes disposait encore récemment de 3 établissement de bains-douches. L’un d’eux, situé chemin Prinquiau est en instance de fermeture. Celui de Doulon, rue Jules-Bréchoir, est définitivement rayé de la liste. Seuls les bains-douches du quai Maison-Rouge se préparent pour une gigantesque toilette. La décision de réorganiser entièrement ce service a été prise lors de la séance du conseil municipal du 20 mai: « La vocation d’une ville est d’assurer, entre autres, l’hygiène. Il n’a donc jamais été question de les supprimer. Cependant, il était nécessaire de tout revoir pour des questions de gestion » explique la municipalité.

En effet, les statistiques dénoncent un taux de fréquentation trop faible, particulièrement voués à disparaître. Doulon ne fournissait plus que 20 prestations par jour, Prinquiau, 45, pour 80 à Maison Rouge. Ainsi, en l’espace d’un an, les bains-douches ont coûté 2 millions de francs à la municipalité, pour un rapport de 166 000 F. Cela porte le prix d’une douche à 85 F, évidemment à la charge des contribuables. D’autres part, les bains atteignaient un degré de vétusté aux limites de l’hygiène. Il ne faut pas oublier que si Prinquiau et Doulon datent respectivement de 1953 et 1955, la création de Maison-Rouge remonte à 1840. Les travaux sur ce dernier débuteront donc en octobre de cette année avec l’espoir de voir le chantier achevé 12 mois plus tard.

Mais pourquoi Maison-Rouge, diront certains… Outre le fait qu’il détient le taux de fréquentation le plus important, c’est le mieux situé: central, proche de la gare, des bus, et facilement accessible en tramway, il semblait le plus à même de satisfaire la majorité des utilisateurs de ce service. Le coût de l’opération devrait se monter à 2 millions de francs: sont compris dans le montant, les travaux à l’extérieur, l’aménagement intérieur et toutes les économies d’énergie.

4 objectifs définis

Les soucis des ingénieurs se sont donc polarisés autour de 4 objectifs. Il fallait d’abord adapter la capacité du futur établissement aux besoins des utilisateurs. Actuellement, Maison-rouge dispose de 2 niveaux avec 30 douches et une dizaine de bains, le tout réparti sur environ 600m². Les travaux ne réhabiliteront que 180m²: il y aura 11 douches et 4 cabines de bain. Par ailleurs, des techniques nouvelles seront utilisées pour permettre un rendement optimum et la réalisation d’économies d’énergie. A l’heure qu’il est, l’humidité est reine des lieux. Les canalisations se baladent n’importe où, entrainant d’énormes déperditions de chaleur. L’isolation est inexistante et les chaudières alimentées au fuel et à la vapeur fuient à qui mieux-mieux. Les travaux évacueront l’ancienne chaufferie. Un complexe d’isolation complet devrait être installé: « on crée une boite hermétique autour des locaux », explique M. Pain, responsable du bureau d’études techniques. Pour des raisons de sécurité, il y aura deux chaudières au gaz (combustible moins onéreux), et un système de ventilation est prévu. Tous ces équipements seront réalisés pour la surface complète du bâtiment. Ainsi, une fois que la partie momentanément abandonnée aura trouvé sa vocation et sera réaménagée, sa capacité pourra être utilisée immédiatement. 30% du montant hors-taxes des travaux seront subventionnés par l’A.F.M.E. (Agence Française pour la Maitrise de l’Energie).

L’aspect architectural n’a pas été oublié. La couverture de l’ensemble du bâtiment sera reprise. Idem pour la partie nord-est situé du coté de la rue des Olivettes et destinée à recevoir les bains-douches. L’entrée sera installée sur cette façade, aujourd’hui vierge. « On va recréer une architecture ancienne qui rappellera celle de la construction d’origine, avec des pierres de taille… », souligne M.Carballo, ingénieur de subdivision.

Enfin, le dernier souci des réalisateurs de ce projet aura été de créer une infrastructure permettant aux handicapés de bénéficier de ce service. Une douche et une cabine de bain sera spécialement conçue à leur usage avec une rampe d’accès.

Durant des rénovations, les établissements de Prinquiau et Maison-Rouge resteront ouverts au public. Le premier fermera ses portes à la fin des travaux du second.

Qui fréquente les bains-douches ?

L’utilisation des bains-douches reste un phénomène social souvent méconnu. Pourtant, s’ils sont de moins en moins nombreux à utiliser ce genre d’établissements, leur existence demeure indispensable pour beaucoup. Généralement fréquentés par des personnes ne disposant pas chez elles d’installations sanitaires, la mairie s’était posé la question de savoir s’il ne serait pas plus rentable pour la ville de leur offrir ce confort élémentaire plutôt que de continuer à investir dans la rénovation et l’entretien d’un service municipal. Ces stipulations oubliaient une partie quelques fois plus marginale de la clientèle, mais dont il faut tenir compte. En effet, hormis les plus démunis qui ne jouissent pas du confort à la maison, les visiteurs des bains-douches sont difficilement répertoriables dans une quelconque catégorie. Il peut aussi bien s’agir de personnes âgées qui continuent à venir, par habitude, que de touristes ou travailleurs de passage sur Nantes. Des clochards en mal d’ablutions ou des particuliers qui ont momentanément des problèmes de plomberie. Il y aurait même des gens qui viennent se laver au bains-douches municipaux pour ne pas salir chez eux.

KATIA NOVET

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