MAISON-ROUGE

LES BAINS ET LAVOIRS DU QUAI DE LA MAISON ROUGE

1850Lithographie de Nantes vers 1850. Au premier plan, à la pointe de l’île Feydeau, les bains publics de Mathurin Crucy édifiés en 1802. En haut à droite, le vieux pont de la Belle-Croix surmonté du moulin Grognard ou Gabriel Jourdain a établi des bains vers 1771. Juste devant lui, le bateau de bains de Mr Stienner. Le pont de la Belle-Croix rejoins la place de la Maison-Rouge où seront construits les bains et lavoirs municipaux dès 1852.

personnages

Tout débute en 1832 à Liverpool ou la menace du choléra amène Mrs Catherine Wilkinson, une femme modeste habitant une rue populeuse à ouvrir aux voisins sa cave aménagée en buanderie. La décennie suivante, l’Angleterre victorienne qui voit dans la crasse et l’insalubrité des obstacles à la moralité engage la création de grands établissements municipaux regroupant bains et lavoirs (Public baths and wash-houses). Leur origine est à rechercher dans la convergence entre la révolution industrielle, le développement des quartiers de taudis et les épidémies de choléra récurrentes à partir des années 1830. Le mouvement atteint l’Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle, avant de gagner les États-Unis.

1830-baignade-en-riviereRéglementation baignade du 6 mai 1930

En 1835, les médecins nantais Ange Guépin et Eugène Bonamy déplorent l’absence de bains accessibles au prolétaire. Ils rapportent que dans son établissement de bains ouvert en mai 1924, Stanislas Baudry (inventeur de l’Omnibus en 1826) recycle l’eau chaude de la machine à vapeur de sa minoterie et offre un prix (50 centimes) « de moitié moins considérable que celui des autres, mais il dépasse encore les moyens du prolétaire ». De fait, le seul bain permis aux classes laborieuses est le bain de rivière qui sera encadré pour être pris sans incommodité et sans danger. En matière de lavoirs, Nantes compte de nombreux bateaux à laver mais ceux-ci laissent à désirer en matière d’appareils de lavage et surtout de séchage.

En France, cette histoire commence sous la Deuxième République (1848-1852) de Louis-Napoléon Bonaparte avec le ministre-chimiste Jean-Baptiste Dumas et la loi du 3 février 1851 qui subventionne à hauteur de 20 000 francs la construction d’« établissements modèles de bains et lavoirs publics gratuits ou à prix réduits ». La malpropreté des habitations, des corps et des vêtements étant liés, cette loi est complémentaire à celle sur l’assainissement des logements insalubres du 13 avril 1850. Toutes deux sont d’ailleurs rapportées et défendues par Armand de Melun qui fut à l’initiative des principales lois sociales de l’époque.

L’expérience anglaise démontre que la réunion des deux services contribue à la diminution des frais généraux et qu’il faut autant de baignoires qu’il y a de places de laveuses pour compenser le lavoir structurellement déficitaire. Aux grandes réalisations anglaises permettant des économies d’échelle, certains opposent de petits établissements installés près des sources d’eau chaude gratuites que sont les usines et leurs machines à vapeur. La loi française est un compromis et les deux systèmes sont subventionnés. A Nantes, c’est la première solution qui l’emporte.

Quelques jours seulement après le vote de la loi, le maire de Nantes, Évariste Colombel, nomme et préside une commission chargée d’en étudier la question et c’est l’architecte-voyer, Henri-Théodore Driollet, qui en dressera les plans la même année.

1851-plans-driollet

Après un premier projet à l’extrémité aval de l’île Gloriette (actuelle piscine Léo-Lagrange), c’est finalement un terrain communal situé dans le quartier des ponts qui est préféré. Situé sur une île de Loire gagnée par l’industrialisation et habitée par une population pauvre, le choix du quai de la Maison Rouge (appelé plus tard quai Baco) est pertinent et l’architecte considère que la configuration de ce terrain triangulaire « se prête admirablement comme perspective au développement respectif de chaque partie des bâtiments, suivant leur importance relative » : Dans la partie large, se trouveront les bâtiments élevés du lavoir (48 cellules de laveuses) et des machines, au milieu un vestibule ouvert sur les deux voies publiques, à la pointe les bains avec à l’extrémité une fontaine publique. La construction est confiée à l’industriel-fumiste Rigola, fabricant de poêles et de cheminées.

plan-driollet1852. RC : lavoir & bains de 2e classe, médicamenteux et gratuits / 1er étage : séchoir à tiroir & bains de 1ère classe
1852-coupe-long1852. Coupe longitudinale

Le plan ci-dessus de 1852 montre le 2e étage de bain qui permettra à Rigola de doubler le nombre de baignoires. Pour soutenir les charges importantes (réservoir d’eau, cuviers, baignoires pleines, toiture…), les plafonds voutés du lavoir et des bains sont soutenus par de nombreux poteaux en fonte. Dans le vestibule on trouve des piliers de soutien en pierre et l’escalier en colimaçon qui permet l’accès aux bains du 1er étage et aux logements du personnel.

1860-01-07-inaugurationAffiches : Ouverture du 7 janvier 1860 / Règlement du 11 avril  1860

 

UNE MISE EN SERVICE AU FIL DE L’EAU

Achevée en 1855, l’établissement n’est pas en état de fonctionner sans dépenses supplémentaires : La chaudière d’occasion ne peut fournir les 600 kg de vapeur nécessaire. Il manque encore le « mobilier meublant » (baignoires, chaises, miroirs…) et l’éclairage au gaz, nécessaire à un établissement censé fonctionner de nuit. En 1856, la subvention supplémentaire réclamée à l’État se heurte à une fin de non-recevoir. Le refus d’accorder aux bains et  lavoirs un statut de service municipal (la concession a été jugée plus efficace) et le souci de les voir fonctionner à moindres frais occasionneront un retard de cinq ans !

Lavoir et laveusesLe lavoir en 3D (vue de l’angle sud-est) : à gauche les cellules de laveuses, au centre la partie technique accolée à la cheminée (chaudière, cuviers, séchoirs, réservoirs d’eau), à droite le grand bac de rinçage et au dessus la salle de repassage

Dès l’inauguration de l’établissement, le 7 janvier 1860, les difficultés de tous ordres s’accumulent : Le partage des frais engendrés par l’entretien de l’établissement et par les adaptations nécessaires sont cause de tension entre Rigola (le constructeur désormais concessionnaire des bains et lavoirs) et la ville. La Compagnie Générale des Eaux (C.G.E.), créée en 1853 et dont l’exploitation démarre à Nantes en mai 1857, refuse de livrer gratuitement 150 m3 d’eau/jour à un établissement municipal qui s’adresse désormais aux riches en proposant des bains de première classe et des bains à domicile. Par ailleurs, Rigola y exploite aussi une blanchisserie. Alors que la C.G.E. refuse de nuire à ses propres intérêts, Rigola se plaint auprès du maire d’un approvisionnement insuffisant (80 m3 d’eau/jour) et de coupures d’eau dues, selon lui, à la mauvaise volonté de la C.G.E.

Les litiges s’accumulant, la ville et Rigola décident de rompre le traité qui les lie à compter du 7 janvier 1865. Aux termes de la convention, la ville renonce  à exiger de Rigola le paiement de la fourniture d’eau. L’exploitation des bains et lavoirs sera désormais municipale.

DE L’EAU DANS LE GAZ

En l’absence d’arrangement pour le règlement de la facture d’eau, Rigola offrit à la ville de résilier le traité de concession en échange du remboursement de tous les travaux faits à ses frais personnels. Après accord, l’administration soutint que ce paiement ne concernait que les aménagements privés du 1er étage et non la partie communale du rez-de-chaussée ou Robida avait aussi effectué des travaux personnels non exigés par le cahier des charges. Bien qu’aucun état des lieux n’ait été dressé, la ville reproche aussi à Rigola d’avoir laissé l’établissement en mauvais état (pompes, machines à vapeur, tuyautage, bains du 1er étage…).

La situation engendrée par le mélange public/privé et les lacunes de contrats rédigées rapidement (traité de concession du 22 janvier 1859 et compromis de résiliation du 20 août 1864) déboucheront sur un litige inextricable.

 

MAISON-ROUGE A VAU-L’EAU

Le 20 août 1867, pour pallier le service d’eau qui continue de faire défaut 4 à 5 fois par mois et afin de puiser l’eau directement dans la Loire, Mr Destrebecq, régisseur des bains et lavoirs, demande le remplacement de la « vieille pompe qui servait autrefois à la poissonnerie » par une pompe plus puissante.

Le 6 août 1868, soit deux ans après la reprise par l’administration, le régisseur redemande un crédit pour utiliser les 22 cabines de bains toujours inexploitées du 1er étage : « les samedis, dimanches et jours de fêtes comme nous avons de 5 à 600 personnes qui se présentent pour se baigner, ils sont insuffisants et nous voyons avec peine au moins le 1/3 de ces personnes s’en aller sans avoir pu leur donner de bain, attendu qu’il leur faudrait attendre trop longtemps ».

17 Mai 1889 : Après la débâcle de 1970 contre la Prusse et l’insurrection communarde de 1971, il faut attendre la séance du Conseil Municipal du 17 Mai 1889, Présidée par le Sénateur-Maire Ernest Guibourg, pour que réapparaisse le sujet : « Depuis longtemps déjà, l’Établissement de Bains et Lavoirs publics, quai de la Maison Rouge, est en très mauvais état. Cette situation, à laquelle il n’a pas été possible jusqu’à présent, de porter remède, à cause de l’insuffisance des crédits votés, n’a fait que s’aggraver et aujourd’hui, l’état de délabrement du bâtiment est tel qu’il est indispensable d’y entreprendre d’urgence des réparations importantes, si on ne veut pas le voir bientôt complètement abandonné ».

Rue Noire : En 1889, un projet de bains et lavoirs est dressé rue Noire dans le quartier déshérité du Marchix mais en raison de la dépense élevée on ne construisit que le lavoir, inauguré le 8 février 1892.

19 juin 1897 : Le rapport remis par Théodore Saucet (régisseur) à Paul-Émile Sarradin, 1er adjoint (et maire de Nantes de 1899 à 1908), compare les recettes des deux lavoirs municipaux depuis 1892, celles de Maison-Rouge qui stagnent et celles de rue Noire qui ont doublé. Alors que le lavoir de la rue Noire permet aux femmes de procéder au décrassage, lessivage par le système de gargote et rinçage dans la même journée, Maison-Rouge offre « plusieurs inconvénients sérieux » dont la lessive en commun dans le cuvier qui oblige les femmes à revenir le lendemain pour le rinçage, un personnel plus nombreux et la dépense annuelle de 700 francs de sel de soude.

Dupleix : Le deuxième établissement de Bains et Lavoirs est inauguré le 22 juillet 1901 rue Dupleix sur la butte St Anne. Après l’asile de nuit de la rue de la Pelleterie, c’est le premier à proposer une nouveauté à l’époque : les « bains par aspersion » (appelés plus tard bains-douches, puis enfin douches). Ceux-ci sont destinés aux hommes alors que les femmes bénéficient à l’étage de bains ordinaires ou « de Barèges ». L’établissement comprend également lavoirs, fourneau alimentaire, réfectoire pour 144 personnes et dépôt de pompe à incendie.

1889-1928 maires de Nantes
Maires de Nantes : Sarradin (de 1899 à 1908), Guist’hau (de 1908 à 1910), Bellamy (de 1910 à 1925), Cassegrain (de 1929 à 1935)

Le 11 décembre 1907, Gabriel Guist’hau, président-fondateur de l’Union Départementale des Société de Secours Mutuels et de retraites de la Loire-Inférieure (aussi maire de Nantes de 1908 à 1910 et plusieurs fois ministre) rend compte au maire Paul-Émile Sarradin « …de l’état défectueux des bains municipaux de notre Ville ou de nombreux adhérents de Sociétés de Secours Mutuels se refusent à se rendre en raison de l’état défectueux de ces bains au point de vue de la propreté et de l’hygiène. »

Le 21 février 1908, le Conseil Municipal confirme la situation : « Ils ont été entretenus sans beaucoup de frais, mais ils sont arrivés à un tel état de vétusté que les réparations à y faire coûteraient aussi cher qu’une reconstruction. L’installation du lavoir est également très défectueuse et d’un fonctionnement difficile. Sa clientèle ainsi que ceux des bains va en diminuant chaque année. L’une et l’autre s’élèvent contre le délabrement de l’établissement. »

Le Conseil Municipal décide alors de la création d’un établissement de bains-douches annexe du lavoir de la rue Noire ainsi que du transfert de Maison Rouge, dont la démolition a été décidée au profit d’une place publique réclamée par les riverains. En juin 1908, le service de la voirie trouve un terrain adapté non loin de là, en bordure du quai Hoche, de l’autre côté du bras de la Madeleine.

conan-meriadec12 août 1908 : projet de bains et lavoirs dressé rue Conan-Mériadec par Francis Leray, architecte de Nantes de 1907 à 1909
1914-01-31-projet-conan-meriadec31 janvier 1914 : projet d’Etienne Coutan rue Conan-Mériadec

Rue-Noire & Michel-Rocher : En raison de la guerre, l’établissement envisagé dès 1908 pour remplacer Maison-Rouge, n’ouvrira qu’en 1926 rue Michel-Rocher : Le 28 octobre 1910, le Conseil Municipal approuvait les projets dressés par l’Œuvre Française d’Hygiène pour la construction et l’installation des deux bains-douches et votait les crédits le 28 juillet 1911. Les travaux de gros œuvre du bâtiment de la rue Noire commencés en 1913 étaient presque terminés quand ils durent être suspendus. Les deux projets ont été relancés en 1920 et les travaux confiés en 1923 aux entrepreneurs des travaux d’entretien des bâtiments communaux.

Rue-Noire (quartier des Hauts-Pavés) et Michel-Rocher (quartier des Ponts) sont finalement inaugurés les 27 juin 1925 et 17 juillet 1926. Ces bâtiments exceptionnels qui associent régionalisme et modernité sont l’œuvre d’Étienne Coutan. Les matériaux utilisés soulignent la qualité de l’ouvrage : douches réalisées en briques vernissées blanches aux tranches arrondies, serrurerie et robinetterie en cuivre, menuiserie en bois exotique vernis. Chaque détail de mobilier intérieur sera dessiné avec soin : coffre à linge, meuble de rangement, porte-manteaux, miroirs, porte-savons, lustres… Le Mosaïste italien Odorico assurera le revêtement intérieur en granito, matériau composé de mortier et de pierres colorées concassées présentant, après polissage, l’aspect d’un granit. En 1927, un dispensaire édifié par Coutan complète le bel ensemble hygiéniste de la rue Noire.

noire-et-rocher

1932 : Intérieur Rue Noire
coutan-et-robida-2Les architectes Coutan et Robida

Etienne Coutan (1875-1863) : Issu d’une famille d’artistes-peintres, Coutan choisi la carrière d’architecte et est diplômé d’État en 1905. Lors de ses voyages à l’étranger (Allemagne, Angleterre…) il observe les innovations architecturales et s’imprègne du mouvement Arts et Crafts (Arts et artisanats) qui prône un environnement sain et agréable, la réhabilitation du travail fait main et l’accès à l’art pour tous. En 1911 il est nommé Directeur des Services Architectures, Jardins et plantations de la Ville de Nantes. En 1912, il fait venir à Nantes Camille Robida, son ancien camarade de l’atelier Pascal aux beaux-arts qui deviendra son associé. Outre la création d’édifices publics et de nombreux espaces verts, Coutan participe aux grands travaux d’urbanisme liés aux comblements auxquels il s’opposera jusqu’au terme de sa carrière en 1940.

Camille Robida (1880-1938) : Camille est le fils de l’auteur-illustrateur Albert Robida et l’architecte en chef de la ville nouvelle d’Héliopolis en Égypte de 1907 à 1912. Gravement blessé en 1914 lors de la  bataille de la Marne, Robida est amputé d’une jambe. Entré au service d’architecture de la ville de Nantes en 1919, il y est nommé « directeur du plan d’extension de la ville ». Le 1er juillet 1933, il devient directeur d’architecture et des bâtiments municipaux à la suite d’Étienne Coutan passé à l’esthétique urbaine. Mal remis des blessures de guerre il décède en 1938 à l’âge de cinquante-sept ans. À la suite des bombardements de Nantes, le plan d’aménagement et de reconstruction de l’architecte en chef Michel Roux-Spitz approuvé en 1947 maintiendra les principes du plan de Robida.

Les années 1920. Sauvé in extrémis de la démolition par le premier conflit mondial, le déclin de Maison-Rouge se poursuivra encore quelques temps.

1920 : Rez-de-chaussée / entresol / 1er étage / 2ème étage
1920 2 dessins chaudière rougeUn autre plan de 1920 montre le déplacement de la chaudière (en rouge) avec la modification des murs sur les deux niveaux

Les plans du 15-16 septembre 1920 montrent les évolutions depuis le plan de Driollet :  Rez-de-chaussée : Dans le lavoir, la chaufferie a été décentrée et 8 cellules de laveuses supprimées pour l’entrée du charbon par une ouverture côté Baco. On relève aussi deux grands bacs de rinçage côté Baco et en pointillée, côté Olivettes, la cabine du garçon de bain, employé en charge du cuvier . Dans le vestibule, la caisse est placée côté Baco , peut-être pour surveiller du linge à sécher étendu sur le quai. Dans la niche extérieure, à la pointe du bâtiment, on trouve à cette époque une borne-fontaine et de chaque-côté des urinoirs publics. Entresol : on repère les deux cuviers entourés des poteaux en fonte. 1er étage : on retrouve les poteaux en fonte dans  le séchoir à air libre. Dans le vestibule, la caisse pour les bains de 1ère classe. Dans la partie bains : 4 douches (derrière la caisse), des cabines avec deux baignoires pour les familles. 2e étage  : les réservoirs d’eau et au centre les logements du personnel.

Projet du 27 septembre 1920. Le directeur du bureau d’hygiène rappelle la vétusté complète du bâtiment et de son appareillage pour présenter un programme complet : « Nous savons aujourd’hui que la grande chaudière qui fournit l’eau pour les bains et les lavoirs est hors de service […]. Mais nous savons aussi que les installations actuelles sont absolument désuètes, et que les retouches successives d’un système qui remonte à 1855 ont accumulé des fautes et des erreurs dont on ne saurait entretenir la prolongation dans un état nouveau. »

1920Plan du 27 septembre 1920 : Des douches !

Le directeur soumet le programme suivant :

Chaufferie : Remplacement des deux chaudières hors d’usage par un générateur unique. Dans un but d’économie, rétablir la prise d’eau pour l’alimentation du lavoir en eau de la Loire.

Bains-douches : Substitution des 60 baignoires et 4 douches par 82 douches et 18 baignoires (conservées pour les malades, infirmes, femmes enceintes et bains médicamenteux). Total : 100 installations au lieu de 64 auparavant.

Lavoir : 3 bacs de rinçage supplémentaires (en rouge sur le plan) / deux lessiveuses rotatives à l’entresol en remplacement des cuviers / un séchoir moderne au 1er et 2ème étage (actuellement les femmes emportent le linge mouillé).

 

1928-photos-pub-loeuvre-francaise-dhygiene Années 1920. Photos publicitaires : cabine de bain et de douche, gargottes, cuvier, machine à laver, essoreuse, séchoir à tiroir

Projet du 16 août 1929. Dans l’impossibilité de fermer ou rénover Maison-Rouge avant l’ouverture de Michel-Rocher, les travaux de modernisation semblent moins urgents après 1926. Malgré la baisse continue de la clientèle et des recettes, rien n’est réalisé au cours de la décennie 1920, à la fin de laquelle un nouveau projet de transformation des bains-douches est élaboré par Marc Audic, directeur du Service des Eaux et des Bains&Lavoirs de 1926 à 1936 :

1929-08-16-plan-rdc-et-1erRez-de-chaussée                                                             1er étage
Projet Audic du 16 août 1929 : Des bains !  Jaune : Démolir, Rouge : Construire, Vert : Conserver

Rez-de-chaussée : Pour améliorer l’éclairage et l’aération, les 10 nouvelles cabines de bain sont réparties sur le pourtour. L’éclairage du RC se fait au centre par des vitrages en verre armé ménagés dans le plafond. 6 douches sont installées à l’extrémité. Si besoin on pourra établir 6 cabines supplémentaires au milieu (traits verts).

1er étage : les cabines de bains sont conservées. Au centre, la caisse, les 4 stalles de douches et les réduits adjacents sont supprimés (traits jaunes).

Total : 36 baignoires (32 cabines dont 4 avec deux baignoires) et 6 douches.

L’adjoint Henri Sureau approuve le plan Audic tout en précisant qu’il ne s’agit pas « de refaire du vieil édifice un palais tout neuf », mais seulement « de faire prendre à cet établissement un nouvel essor par des transformations coûtant le moins cher possible ». Rien n’est envisagé pour le lavoir.

 

15 février 1930. Le service architecture présente un premier devis de 68 000 francs et note que le mur de refend longitudinal CD du rez-de-chaussée supporte le plancher du 1er étage.

15 septembre 1931. En raison de l’état de vétusté des bains-douches, Étienne Coutan projette la réfection complète des aménagements intérieurs et le renouvellement des installations d’hydrothérapie. L’éclairage des cabines du RC est assuré par le dégagement central par plafond vitré. Sont prévues 26 cabines de douches au RC et 18 cabines de bains au 1er étage. Il y a un couloir de service derrière les douches. L’entrée des bains, distincte du lavoir, se fait par la pointe. La dépense s’envole à 380.000 francs.

31 août 1931 : Projet Coutan  Jaune : Démolir, Rouge : Construire
1931-08-17-rdc-et-1erRez-de-chaussée                                                                 1er étage

Le projet Coutan est critiqué par Audic qui souhaite affecter Maison-Rouge au service des bains « qui correspondrait mieux aux désirs de la clientèle » plutôt qu’aux douches déjà desservies par Michel Rocher, très proche. De plus il conteste les entrées distinctes qui augmentent les frais de personnel.

31 mars 1932. Le projet est retouché par Camille Robida qui parachève l’aménagement intérieur en s’adaptant en partie aux désidératas de Audic : L’accueil unique est maintenu au centre du bâtiment et plusieurs cabines de bains sont aménagées au RC en réunissant deux par deux des cabines de douches prévues par Coutan. Total : 34 bains (12 au RC – dont 4 médicamenteux à la pointe – et 22 au 1er étage) et 12 douches au RC. Toujours beaucoup de baignoires pour l’époque !

1933 02 21 3 plans

1933.  Plans de Robida : Rez-de-chaussée / 1er étage / coupe transversale

La principale évolution réside dans la suppression du plafond qui permet l’éclairage par une verrière moderne d’un grand hall d’attente mixte (aux deux étages, la suppression du mur de séparation longitudinal abolie la séparation homme-femme). Des colonnades légères en béton armé, reliées à leur sommet par des poutres, soutiennent la galerie circulaire du 1er étage, la verrière et la charpente de la nouvelle toiture à demi-vitrée. La création d’un grand escalier central permet d’agrandir aussi le vestibule en supprimant le plafond par lequel se faisait l’accès au 1er étage via l’escalier qui mène aux logements. Pour les murs et le dallage de grès, deux tons gais de jaune ocre et de vert. Le devis de Robida descend à 317 000 frs.

16 novembre 1932. La subvention de 125 000 Francs provenant du prélèvement sur le produit des jeux permettra de lancer le projet.

1932-et-1933-2-affiches-adjudication-vert-et-rouge6 déc. 1932 : Adjudication des travaux de maçonnerie / 3 juillet 1933. Concours pour l’installation d’hydrothérapie.

 

« IL Y A MAINTENANT, QUAI DE LA MAISON-ROUGE, DE SPLENDIDES BAINS MUNICIPAUX » Le Phare de la Loire, 15 février 1934

On peut croire le journaliste du Phare lors de la réouverture du 15 février 1934 : « Pendant longtemps, les « Bains et Lavoirs » du quai de la Maison Rouge ont joui d’une réputation solide mais peu enviable. Les bains et lavoirs du quai de la Maison Rouge, on peut bien le dire sans divulguer un secret d’État, était un cloaque parfait […] Les nantais qui connurent le cloaque au temps de sa splendeur n’en revenaient pas de trouver ce palais ou plus exactement ce temple moderne de l’hygiène. De l’ancien bâtiment n’ont subsisté que les murs. Le toit, entièrement refait, a fait place à de larges verrières, éclairant à profusion un hall splendide, en forme de proue. »

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27 septembre 1933. Bien avant la réouverture, Robida envisageait de s’attaquer aux façades : « … rien n’a été prévu pour l’extérieur qui est dans un état vraiment lamentable. Les enduits tombent, les pierres de taille sont salpêtrées et disloquées, et l’on ne sait vraiment où arrêter les raccords résultant des percements de baies nouvelles.»

30 avril 1934. Parallèlement, la réfection de la partie lavoir est élaborée par Audic qui présente un projet important aussitôt après la réouverture des bains-douches :

1934-04-30-lavoir-projet
30 avril 1934 : plan de réfection du lavoir : Jaune : Démolir, Rouge : Construire
  • suppression des cuviers servant au lessivage en commun, les variations de la température de l’eau ne permettant pas un lessivage efficace.
  • gargottes et bacs à laver (installations semblables à celles des autres lavoirs).
  • 2 grands bacs à rincer (en bleu au milieu).
  • augmentation de la capacité de séchage.
1935 : projet de gargottes et bacs à laver pour Maison-Rouge

1942. Projet d’aménagement du lavoir. Le départ de Audic en 1936, le décès de Robida en janvier 1938, la crise économique et l’entrée en guerre n’ont pas permis d’engager le plan d’avril 1934. Un nouveau projet est cependant étudié pendant l’occupation allemande : La partie supérieure du lavoir serait allongée, la chaudière déplacée au centre et l’entrée du charbon se ferait rue des Olivettes par la fenêtre du milieu transformée en porte.

Février 1942 : Projet d’aménagement du lavoir

1943 – 1944. Plusieurs bombes tombent sur le quartier Madeleine-Champ de Mars, touchant des immeubles d’habitations, le CHU (16 septembre 1943) et le pont de la Belle-Croix qui servait d’abri (50 morts environ le 16 juillet 1944). Le souffle et les éclats endommagent aussi Maison-Rouge dont toutes les vitres sont brisées. En 1954, l’architecte-expert Claude Devorsine évalue à plus de 97 000 F les indemnités à verser au titre des dommages de guerre.

Dans l’après-guerre, la pénurie de logements amène la municipalité à trouver des solutions d’urgence telles que la construction de baraquements en bois et la réquisition d’espaces inoccupés. Vers 1950, les combles de Maison-Rouge sont aménagés pour accueillir le nouveau garçon de lavoir Mr Guillas, son épouse Céline, femme de service au CHU et ses deux enfants, Xavier et Annick. Ils cohabitent avec la famille Guérin et Célestine Guillemin, caissière à la retraite, tous logés à l’étage inférieur.

 

9 janvier 1953. Projet d’un nouveau lavoir allée Baco. En 1953, la situation du lavoir est telle qu’il est envisagé de l’abandonner pour en reconstruire un autre allée Baco, juste en face des bains-douches.

1953-projet-de-construction-jamais-realisee9 janvier 1953 : Projet de construction d’un lavoir allée Baco

Jules-Bréchoir (Doulon) & Prinquiau (Zola): Réclamés depuis longtemps mais retardés par les deux guerres mondiales, deux nouveaux bains-douches  ouvrent les 22 novembre 1855 et 2 juin 1956. Ils figurent parmi les priorités de la municipalité Philippot (1945 à 1947) dans le programme de grands travaux pour la reconstruction de Nantes et sont financés par l’État. Pour les deux, un grand jardin est prévu pour les enfants :

Jules-Bréchoir à Doulon – Moulages de naïades pour Prinquiau à Zola
  • Jules-Bréchoir à Doulon (Architecte Jean Maëder) comprend l’un des centre médico-social le mieux conçus de France; avec son habillage brique et soubassement granit, il renouvelle un langage architectural initié dans les années 1930.
  • Prinquiau ouvre à Zola l’année suivante. Les plans sont de Yves Liberge et la décoration de Jean Mazuet, le sculpteur du monument aux Cinquante otages.

Il faut ajouter au tableau la piscine olympique de l’île Gloriette (inauguré en juillet 1951 et renommée Léo-Lagrange en 1962) ou des générations de nantais prendront des douches publiques après s’être baignées dans les petits ou grands bassins.

En 1956, la ville gère désormais six grands établissements de bains-douches dont les trois plus anciens sont accolés à des lavoirs : Dupleix, Rue-Noire et Maison-Rouge.

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ecusson-bains-douches

25 Septembre 1957. Pour le lavoir de Maison-Rouge , Georges Bernard, directeur du service des Eaux et des Bains et Lavoirs, réclame la réfection de la cabine à l’usage du garçon de lavoir, le remplacement de carreaux brisés et la réfection des sols du lavoir et du séchoir. Il invoque la sécurité pour réclamer une exécution rapide, à juste titre d’ailleurs, puisqu’une cliente, Odette Loirat, se blesse quand une dalle en ardoise se brise sur son passage.

 

27 août 1959. Bien que rénovés dans l’entre-deux-guerres, les bains seront à nouveau l’objet de critiques incitant par exemple Mme Lamy, une cliente sinistrée à 100% en 1943, à adresser en 1959 un courrier de protestation au maire de Nantes :

« Les murs des cabines ressemblent à une champignonnière. Le bain qui y coule laisse un résidu de rouille ! Les baignoires des cabines de la rue sont usées et le fond est lugubrement noir ! ». Mme Lamy critique aussi « le système archaïque des sonnettes » qui ne permet pas au client de sortie seul de sa cabine et qui a pour autre conséquence « que le bain se prend dans une sonnerie perpétuelle. »

mme-lamyMr et Mme Lamy à Nantes    Marie-Josèphe Lamy

Bernard profite de cette réclamation pour appuyer ses demandes répétées de travaux de restauration des cabines de bains et de modernisation des anciennes douches :

« Mme Lamy ne fait que confirmer ce que nous avons déjà, à différentes reprises, signalé à l’administration et il semble que le service de l’Architecture aurait son mot à dire dans cette affaire. […] Au premier étage sont les cabines de bains. Leurs parois de briques, enduites de plâtre et peintes, sont d’un entretien difficile, d’un aspect lépreux et favorisent le perçage par certains clients……. de trous de vision. » […] De plus, les baignoires en tôle émaillée ont perdu dans le fond, une bonne partie de leur émail blanc  pour laisser apparaître le métal noirâtre, rouillant continuellement et obligeant les clients à un contact rugueux ». Pour la sonnerie, Bernard reconnaît qu’à Maison-Rouge, en raison de la surdité de Mme Renée Gourier, la préposée aux bains, « le client est obligé d’avoir un peu plus de patience qu’ailleurs. »

Bernard n’obtiendra pas satisfaction, l’administration se contentant de recommander « un minimum de rafraîchissement ». D’après les archives et les témoignages des anciens employés de Maison-Rouge, il apparait que cette consigne sera suivie avec constance jusqu’à la fermeture en 1986.

COULÉS PAR LE PROGRÈS !  Presse-Océan, le 30 mars 1977

La construction de grands ensembles dotés d’un équipement sanitaire minimum et la mise aux normes des appartements des vieux quartiers rendront bientôt les bains-douches publics moins utiles. Attendus depuis un demi-siècle, les derniers arrivés verront la clientèle diminuer une décennie seulement après leur ouverture. Avec l’apparition des premières laveries automatiques en libre-service dans les années 1950 et l’entrée du lave-linge dans les foyers après 1960, le temps des lavoirs municipaux est désormais compté.

arasementDécembre 1966 : tracé de la découpe du lavoir

Finalement, aucune rénovation n’adviendra jamais pour le vieux lavoir qui jusqu’à sa démolition en 1967, restera quasi-identique au projet d’origine, le matériel et les méthodes de lavage restant les mêmes qu’un siècle plus tôt. A l’heure des pénétrantes, ça sera avec un argument aussi navrant que l’élargissement de la chaussée pour faciliter la circulation automobile qu’il disparaitra.

25 novembre 1966 : Arasé

C’est lors du conseil municipal du 25 novembre 1966 que sont à nouveau évoqués le transfert et la suppression de Maison-Rouge ainsi que l’« amélioration de la circulation au débouché de la rue des Olivettes. »  Faute de terrain disponible aux alentours, on « se contentera » de raser la partie abritant le lavoir en attendant de pouvoir démolir le reste au plus vite. Cette décision est prise alors même que l’élargissement de la chaussée de la Madeleine voisine est programmé : « La rue des olivettes perdra alors son caractère de voie de transit et l’élargissement du débouché sur l’Allée Baco, nécessaire actuellement le sera alors beaucoup moins ». Pour le fonctionnement des bains-douches, l’amputation du bâtiment laissera intacte la partie chaufferie – cheminée – réserve d’eau.

« Cette opération, qui comprend l’élargissement à 12m de la chaussée de la rue des Olivettes […] aurait le mérite d’améliorer la visibilité, de facilité la giration des véhicules et permettrait d’instaurer un sens giratoire autour de l’ilot conservé (bâtiment bains douches)… » Direction Générale des Travaux de la Ville, le 13 septembre 1967  

Au même moment est décidée la fermeture des deux autres lavoirs municipaux : Rue-Noire et Dupleix (ce dernier est remplacé en 1968 par le gymnase Gravaud).

En 1978, la ville décide la fermeture de deux premiers bains-douches : Michel-Rocher et Dupleix (ce dernier est transformé en maison des associations en 1981-82).

1979-rc-et-1er1979 : Plans du RC et du 1er étage

Les plans de 1979 présentent la dernière situation de Maison-Rouge avant transformations : L’entrée se fait côté allée de la Maison-Rouge. Le vestibule est divisé en deux par un mur pour abriter la cuve à fuel installée côté Baco vers 1970. La chaufferie comporte dans l’angle une cabine pour le chauffeur. Un passage mène à la cuve à fuel du vestibule et des escaliers de meunier en bois mènent aux étages (réservoirs d’eau). Côté bains-douches, on constate que tout le rez-de-chaussée est consacré aux douches (depuis 1953) et tout le 1er étage aux baignoires (depuis 1860 !). Côté Baco, la pointe est occupée par des toilettes publiques.

MAISON-ROUGE : S’IL N’EN RESTE QU’UN CE SERA CELUI-LA !  Ouest-France, le 2 novembre 1987

1980-ouest-et-est

1980-5-potos-nbMaison-Rouge dans les années 1980

La décennie 1980 est le moment de la grande lessive pour Maison-Rouge. Suivons la chronologie des évènements ou s’est joué l’avenir d’un patrimoine au gré des alternances politiques.

En raison de la baisse continue de la fréquentation, la taille des trois derniers bains-douches est alors disproportionnée et le coût de fonctionnement explose : une douche payée 1,20 frs coûte à la ville 30 frs, un bain 50 frs (le smic était à 8 frs/heure). Le service Hygiène se réuni le 9 octobre 1980 avec un objectif : « Définir un programme minimum pour la rénovation des bains douches quai de la Maison rouge. Examiner la ou les solutions permettant de réaliser ce programme minimum. »

Les résultats d’une enquête effectuée à Maison rouge du 24 octobre au 9 novembre 1980 par Alain Dubreuil (régisseur) auprès de 300 usagers fait ressortir le besoin de 15 douches et 5 bains. La situation centrale, proche des lignes de transport contribue au rejet d’un éventuel transfert à la Petite Hollande : « L’enquête a été souvent comprise comme préalable à une fermeture et c’est une levée de bouclier générale. Beaucoup de gens réclament sa maintenance et son entretien ».

Le 30 janvier 1981, plusieurs scénarios sont à l’étude au service Hygiène :

  • Aménagement au RC de l’établissement actuel (fermeture du 1er étage).
  • Installation dans la partie Sud-Est du bâtiment (rue des Olivettes).
  • Réalisation d’un équipement neuf dans le quartier.

Les deux dernières solutions sont préférées car elles libèrent le volume des bains-douches actuels « pour des équipements de quartiers ou divers (musée). »

MUSÉE DE LA SCIENCE

Le 20 décembre 1982, le Conseil Municipal présidé par le socialiste Alain Chenard (maire de 1977 à 1983) présente le projet d’un grand Musée scientifique en référence à la Cité des sciences et de l’industrie du Parc de la Villette à Paris « … qui ne doit pas être un géant isolé […] Et nous avons retenu l’idée d’un ensemble muséographique polyvalent, témoin de l’histoire de la Cité, axé sur les sciences et les techniques et éclaté en plusieurs pôles d’intérêts (Musée Jules Verne, Planétarium, Université, Chantiers Navals, Électronique, Postes, etc…) ayant comme pivot le futur Musée vivant de l’imprimerie […] Ainsi, c’est le bâtiment des anciens bains-douches de la ″Maison Rouge″ présentant des qualités architecturales  intéressantes, qui a été choisi comme lieu d’implantation. Le musée serait installé dans les locaux actuellement occupés par les bains-douches, ceux-ci ayant été déplacés préalablement dans la partie Est du bâtiment actuellement inoccupée. »

Les études techniques pour le relogement des bains-douches ont été réalisées sous la direction de Jean Bouyge. Pour le musée, le devis estimatif de décembre 1982 signé par Georges Evano, architecte de la Ville de 1963 à 1993, est de 2 millions de francs TTC.

Des dossiers de demandes de subventions sont alors préparés à l’intention des Ministères de la Culture, de l’Éducation, de la Recherche et de l’industrie.

Suite au changement de municipalité en mars 1983, plusieurs projets lancés par la gauche sont bloqués par l’équipe de Michel Chauty (maire de 1983 à 1989) et Maison-Rouge n’échappe pas à la règle. En juillet 1983, le transfert des bains-douches dans la partie sud-est est confirmé mais exit le Musée-vivant de l’imprimerie.

En 1984, puis en mai 1985, la mairie décide de « couper l’eau » de deux autres bains-douches (Jules-Bréchoir à Doulon et Prinquiau à Zola) et de regrouper ce service à Maison-Rouge qui devra donc continuer à fonctionner pendant les travaux.

« A l’heure qu’il est, l’humidité est reine des lieux. Les canalisations se baladent n’importe où, entrainant d’énormes déperditions de chaleur. L’isolation est inexistante et les chaudières alimentées au fuel et à la vapeur fuient à qui mieux-mieux. »  Ouest-France, le 24 juillet 1985

Le chantier des nouveaux bains-douches de la rue des Olivettes débute en octobre 1985. Il est ralenti de janvier à mars 1986 car il faut d’abord installer et raccorder la nouvelle chaufferie au gaz avant de déposer l’ancienne chaudière au fuel ainsi que les ballons d’eau chaude dans les étages. Gilbert Leday, le chauffeur en charge de la chaudière travaillera alors avec un casque pour éviter les morceaux qui tombaient des murs délabrés. Pendant un temps, les usagers auront droit à des douches plus ou moins chaudes.

19881986 : Ravalement de façade pour les nouveaux bains-douches de la rue des Olivettes

Le 21 novembre 1986, la Commission communale de sécurité procède à la visite de réception des locaux qui comportent 11 douches et 4 baignoires. La délégation émet des réserves sur le dispositif de fermeture des cabines : « Dans l’état actuel, la personne est enfermée dans sa cabine et ne peut en sortir que par un signal avertissant le personnel des bains douches. »

C’est donc fin novembre 1986 que les plus anciens bains-douches de Nantes ferment côté ouest et que les nouveaux ouvrent côté est dans ce qui restait du lavoir. Pour le personnel et les anciens clients, les nouveaux locaux s’avèrent aussitôt étroits (car sans salle d’attente) et bruyants (à cause des sonneries). Inutile aussi de chercher à retrouver à l’intérieur le charme d’antan.

Fin 1987, Maison Rouge et la Piscine Léo-Lagrange sont raccordés sur le tout nouveau réseau de chaleur VALORENA et l’eau sera désormais chauffée par l’usine de traitement des déchets de Mauves.

DES ASSOCIATIONS DANS LE BAIN  Presse-Océan, le 7 février 1989

1987-2-plans-coupe-long-et-verriereMars 1987 : coupe longitudinale et vue de dessus

Les plans de mars 1987 montrent l’aménagement des bains-douches avant les transformations à venir : La coupe longitudinale révèle la caisse du spacieux vestibule avec au-dessus (2ème étage) les logements de fonction et les combles. La vue de dessus montre la disposition des logements. Les deux plans montrent comment les colonnes et les poutres qui les relient portent la charpente de la toiture.

1985-interieurjanvier 1988 : Derniers moments avant transformation

La réhabilitation des bains-douches en maison des associations (à vocation sociale) commence en janvier 1988 et est inaugurée le 6 février 1989, soit 13 mois après. Cette réalisation comprend un vestibule de 70m2, un hall d’exposition de 100m2, deux grandes salles de réunion (dans le vestibule et à la pointe) et une quinzaine de bureaux privatifs. Afin d’accueillir le mouvement associatif naissant et en quête de locaux, le même choix avait été fait pour la plupart des bains-douches ; les Maisons pour associations de Prinquiau et Maison Rouge, le centre culturel Jules-Bréchoir seront inaugurés durant la campagne municipale de 1989 remportée par Jean-Marc Ayrault.

1985-86-rdc-2Rez-de-chaussée : plan bains-douches de mars 1985 / plan Maison des associations de mai 1987
SANYO DIGITAL CAMERAMaison des associations inaugurée le 6 février 1989

Après le ravalement complet des façades extérieures de Maison-Rouge terminé en mai 1988, plusieurs associations dont Nantes Renaissance et e+pi (Entreprise & patrimoine industriel) exhortent la ville à reconnaitre ce fleuron du patrimoine nantais. Dissimulé derrière les voitures-ventouses, l’édifice re-disparaitra complétement du paysage.

 

LA CHEMINÉE DE LA DISCORDE  Presse-Océan, le 7 mars 2009

2009

En 2008, alors même que Maison-Rouge est raccordé au réseau de chaleur Valoréna, la ville décide illégalement d’installer des panneaux thermiques sur la toiture. Cette implantation réalisée contre l’avis de l’Architecte des bâtiments de France rencontrera des pannes qui entraineront par la suite une modification de la toiture.

2008 : panneaux thermiques / 2009 : antennes-relais / 2012 : Toiture en métal

En 2009,  la ville autorise la société Orange à araser la cheminée pour l’installation d’antennes-relais de téléphonie. Une pétition lancée par l’association Le Magdeleine recueille 400 signatures et un collectif de riverains se créé alors pour protéger l’édifice et demander sa valorisation. D’après leurs recherches Maison-Rouge est le dernier représentant de la première génération de bains et lavoirs publics en France et en Europe. Le collectif informe régulièrement la mairie sur l’intérêt de l’édifice et réfléchit à sa valorisation : « Une rue piétonne, la fontaine publique prévue à la pointe par Driollet, un aménagement rappelant la partie lavoirs détruite, un léger éclairage blanc et uniforme, de la végétation … » Ouest-France, le 31 mai 2012.

Journal Le Magdeleine de mars 2009 et janvier 2010

 

150 ANS DE BAINS-DOUCHES !

La presse locale n’oubliera pas de célébrer un siècle et demi d’utilité publique

2010-01-6-150-ansOuest-France, 6 janvier 2010 / Presse-Océan, 8 janvier 2010

 

« Le Carrousel des Olivettes » : Fin 2009, l’école des Compagnons est rasée pour faire place à un immeuble moderne construit sans tenir compte du patrimoine et des immeubles 19e avoisinants.

2010-carroussel2010 à 2013 : construction du Carrousel des Olivettes vue des bains-douches
2010-carrousel-plan-et-realite-2Plan de 2010 et réalisation
Vues de l’allée Baco et de la rue Crucy

CHRONOBUS : En 2012, l’allée Baco est entièrement remodelée pour le passage du Chronobus. Alors que le sujet des bains et lavoirs avait été soulevé lors de la réunion publique de janvier 2011 par l’association Nantes Renaissance et le Collectif des Bains-Douches, Alain Robert, adjoint à l’urbanisme, choisi intentionnellement de passer à côté de cette occasion unique d’amorcer une mise en valeur.

2012-chronobus2012 : aménagement de l’allée Baco sans les bains-douches

2012-2

2012-1

« RADISSON NOIR » : D’octobre 2012 à mai 2014, une centaine de personnes, pour la plupart demandeurs d’asile, occupent un immeuble désaffecté appartenant au ministère de la Justice, à proximité des bains-douches. Alors que les squatteurs y vivent dans des conditions d’hygiène déplorables, c’est le moment que choisit la ville pour rénover les bains-douches et transférer le service dans le gymnase Malakoff voué à la démolition. La raison fournie : « On a utilisé les résultats d’une enquête de satisfaction faite en 2009 pour améliorer le service ».

SQUAT.JPGLe « Radisson Noir » à l’angle des rues Crucy et Monteuil

Douches « à l’italienne » : Du 9 septembre au 19 novembre 2013, les bains-douches sont fermés pour « valoriser  l’espace ». A la réouverture, les 10 douches et 3 bains deviennent 12 douches « à l’italienne » et un bain. Coût des travaux : 80 000 euros. Le vœu de Mme Lamy en 1959 se réalise enfin : les clients peuvent désormais sortir seuls de leur cabine et l’insupportable bruit de sonnerie s’estompe.

Nonobstant cette modernisation « qui vise aussi à redorer leur image », l’augmentation temporaire de l’affluence due aux squatteurs voisins enclenchera la décision de fermer Maison-Rouge. Depuis l’évacuation du squat, le 6 mai 2014, Maison-Rouge a retrouvé un niveau d’affluence adapté à ses capacités.

1er avril 2016 : Johanna Rolland (maire de Nantes depuis 2014) annonce le transfert des bains-douches pour rejoindre le restaurant social Pierre Landais sur l’île de Nantes en 2019. Coût : 2,2 millions d’euros.

Nantes passion n°267 – novembre 2016

 

1 décembre 2016 : Nantes. Un projet social avec une ferme sur les toits  Presse-Océan du 1 décembre 2016. L’association d’insertion sociale « Les Eaux Vives », présente le projet des « 5 Ponts » qui regroupera plusieurs structures actuellement réparties sur quatre sites. Ce pôle de 2 490 m2 situé près du futur CHU regroupera : un accueil de jour et de nuit, un centre d’urgence de 40 chambres, un restaurant social, un magasin Emmaüs, des bureaux, des logements locatifs… et une ferme urbaine ! Ouverture prévue fin 2019. Coût : 8,5 millions d’euros (dont 5 de l’Europe).

2017 02 04 Cinq pontsImage Agence Tetrarc

 

2 décembre 2016 : Le Collectif des Bains-Douches écrit au maire que le record de longévité de Maison-Rouge (157 ans le 7 janvier 2017) est un atout considérable. Il demande une nouvelle fois un rendez-vous pour lui présenter les projets de valorisation possibles et propose de débuter la consultation avec les spécialistes du patrimoine avant que les décisions importantes ne soient prises. Toujours aucune réponse !

3 janvier 2017, Cité des Congrès de Nantes

3 janvier 2017 : A l’occasion de ses vœux aux institutionnels, Johanna Rolland annonce un « appel à créativité » pour proposer une nouvelle vie sur une vingtaine de « friches urbaines » dont les « anciens Bains-douches ». En 2018 les nantais voteront pour choisir les projets retenus.

Après une décennie « compliquée », Maison-Rouge se retrouve sur le même pied d’égalité avec quelques espaces verts abandonnés ou des bâtiments sans valeur patrimoniale et devient inopinément un étendard de la démocratie participative nantaise. Ni projet de valorisation, ni budget ne sont envisagés.

Nantes passion n°272 – avril 2017

LOIRE-ATLANTIQUE : LE PS BOIT LA TASSE  Presse-Océan, le 12 juin 2017

1 juin 2017 : affichage pour le 1er tour des législatives du 11 juin

La douche froide : Comme d’autres socialistes, Alain Robert, 2e adjoint au maire, est largement battu aux législatives par d’illustres inconnus. Pendant 10 ans il aura ignoré toutes les propositions d’embellissement de Maison-Rouge et permis la dégradation de l’édifice et de son environnement. En s’acharnant contre ce petit patrimoine nantais, il restera comme l’acteur majeur de ce premier chapitre du 21e siècle.

2017 06 13 big Ouest-France Une vraie soirée d'enterrement du PS à la mairieOuest-France du 13 juin 2017
26 juin 2017 : stationnement de la boite à idée municipale devant les bains-douches

 

2009 – 2019

En l’espace d’une décennie, l’entrée de ce quartier populaire aura vu disparaitre les principales traces de son histoire :

Rue des Olivettes : En 2009, démolition de l’école de garçons Sainte-Croix, dessinée au 19e siècle par l’architecte Joseph-Fleury Chenantais, suivie de la Maison des Compagnons du devoir (ancienne papeterie Chupin dans les années 1970).

Ci-dessus, l’école Sainte-Croix, en bas la Maison des Compagnons

 

Allée Baco : En 2012, la suppression du parking de car efface toute une histoire des transports publics français commencée à Nantes en 1926 avec Stanislas Baudry (pour se rendre à son Ets de bains quartier Richebourg) et Edmond Fouquet (établi cour de la boule d’or, Chaussée de la Madeleine). Cette saga des transports en commun s’est poursuivie avec l’installation des écuries de la Compagnie Générale d’Omnibus au 28 rue des Olivettes en 1857, puis du regroupement des compagnies d’autocars à la gare routière de l’allée Baco un siècle plus tard.

Maison-Rouge : Avec la fermeture programmée des bains-douches en 2019, l’édifice perdra sa vocation sociale et hygiéniste. Cette « friche » dont le maire propose désormais aux Nantais d’écrire l’avenir sera devenue une coquille vide.

A suivre !

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