1851 nov. Rapport Driollet

RAPPORT de Driollet (extrait) 12 novembre 1851

Ville  de Nantes – Bains et Lavoirs publics

Placis du quai de la Maison Rouge – Deuxième projet

Prenant pour base de notre travail, le rapport de la commission spéciale des bains et lavoirs établie par Mr le Maire pour mettre à exécution à Nantes la loi du 11 février 1851, nous avons présenté un avant projet complet sur l’emplacement à l’extrémité aval de l’ile gloriette, en faisant connaître toutefois les inconvénients de cet emplacement désigné principalement sous le rapport des dépenses, et en envisageant comme pouvant être plus convenable celui du placis de la Maison rouge. La commission des des travaux publics ayant rejeté le premier emplacement et adopté le deuxième, nous avons du étudier un autre avant projet ci-joint.

Sur ce nouvel emplacement, l’édifice serais situé sur un terrain communal au débouché du pont de la Belle-Croix, à proximité du quartier pauvre et populeux de la chaussée de la Magdeleine et de la rue des Olivettes.

La configuration du terrain triangulaire se prête admirablement comme perspective au développement respectif de chaque partie des bâtiments, suivant leur importance relative. Ainsi dans la pointe du triangle se trouveraient placés longitudinalement les bains, à l’extrémité duquel on pourrait disposer une fontaine et à la base, dans la partie large, les bâtiments élevés du lavoir et des machines qui ont besoin de développement et qui demandent à être groupés.

Le bâtiment des bains avec deux divisions ayant chacun une entrée distincte, contient 24 baignoires de bains ordinaires et 4 baignoires de bains médicamenteux placés à l’extrémité, ainsi que les cabinets de lattrines. Une galerie de bans sert de salle d’attente et de dégagement aux cabinets de bains.

Le vestibule donne également entrée au lavoir public composé de 2 grandes salles bien éclairées et ventilées, comprenant chacun 24 cellules de laveuses ayant chacune 2 baquets. Entre ces 2 salles et en communication avec elles se trouve placé le bâtiment des machines. Il est divisé en 2 étages. Au rez de chaussée, se trouve un grand appareil à lessive en commun, et un vaste réservoir à eau chaude. Au dessus immédiatement superposés sur voûte, sont disposés en entresol les deux bouilleurs, de manière toutefois à ce que les cendriers restent au rez de chaussée, afin d’entretenir par leur chaleur celle du réservoir à eau chaude.

Derrière le bâtiment des machines, entre les deux salles de lavage, se trouve établi le séchoir dans le système de celui de Westminster. Il se compose de 48 chassis à tiroirs portant chevalets de suspension en tringles de fer à l’usage de chaque laveuse. Ces séchoirs seraient chauffés autant que possible par la circulation de la vapeur provenant de la machine, et au besoin par 2 calorifères souterraines comme à Westminster. Une essoreuse se trouve placée à l’extrémité de chaque buanderie.

Au premier étage, sur toute la largeur du vestibule, on a disposé au milieu un petit appartement pour le gérant de l’établissement, et aux extrémités 2 réservoirs à eau froide. On communique à ces différentes pièces par un escalier intérieur prenant son entrée au milieu du vestibule.

Un grand toue d’écoulement traversant longitudinalement tout l’édifice pour déverser les eaux sales à la Loire.

Les constructions, comme la décoration, peuvent être aussi simple que possible. Tout les murs seront construits en pierre schisteuse, enduits en mortier fin à la main de bois, avec simples entourages en tuffeau dosserets de baies, et revêtement en tuf seulement à la façade du vestibule. On a placé une assise de granit couvrante au rez de chaussée, en plus une assise de bandeau pierre alorme pour former arrête du socle, et la maçonnerie intermédiaire à une hauteur de 1,50m serait ensuite en ciment de Boulogne. Les lavoirs sont dallés en granit, les bains et le vestibule sont simplement carrelés. Les bains et le vestibule seront plafonnés, mais le lavoir reste sous le lattis jointif de la couverture. Les divisions de cabinet de bains ou de cellules de laveuses, sont exécutés soit en brique de champ, mais avec enduit en ciment romain, soit en planche de chêne embouvetées et peinte à trois couches. La charpente en sapin dans les parties apparentes est refaite et peinte. la couverture est en ardoise, à l’exception des parties en terrasse qui sont établies en zinc N°14.

Les baignoires sont en zinc n°16, placées dans une enveloppe en menuiserie. La tuyauterie est supposée en cuivre rouge et fonte, et les robinets en potin. Les tuyaux sont disposés dans un petit canal simplement recouvert par des bandes de fonte, qui peuvent facilement se lever en cas de besoin de réparation.

En général tous les matériaux employés sont de premier choix, et rien ne doit être négligé sous le rapport de la solidité.

Nous pensons qu’un semblable établissement rendrait à Nantes les plus grand services à la classe ouvrière, et nous espérons que la dépense que nous proposons sera considéré comme renfermée dans des limites raisonnables. Nous pensons également que lorsque l’usage des bains et lavoirs sera apprécié, comme il doit l’être, par les ouvriers, l’établissement, bien loin d’être onéreux à la ville au prix indiqué, deviendra promptement une source de produits réels.

Nous ne pouvons qu’appeler de tous nos vœux, la réalisation de cet utile projet.

l’architecte voyer en chef – Henri-Théodore Driollet