DRIOLLET Architecte 1805-63

DRIOLLET (Henri-Théodore), né à Paris, le 23 janvier1805, mort à Nantes, le 12 novembre 1863.

Élève de l’école des Beaux-Arts, membre de la société centrale des architectes de Paris et de la Commission départementale des bâtiments civils, et excellent praticien.

D’abord élève de Destouches, qu’il quitta avec empressement pour Duban, vers lequel l’attirât son sentiment d’artiste et qui allait bientôt mettre à son service, avec son affection, ses conseils et sa bourse, Driollet fut un architecte célèbre et obtint le 2e grand prix de Rome, en 1834, après avoir disputé le 1er à Baltard, en 1833.

A son retour d’un voyage à Rome, ou le gouvernement l’avait pensionné pendant un an, il fut envoyé à Nantes pour régler les travaux de l’hospice Saint-Jacques, que les frères Douillard venaient de construire. Nommé architecte diocésain des trois département de la Loire-Inférieure, du Morbihan et de la Charente Inférieure, il fut remplacé avant d’avoir pris possession de ses travaux et nommé architecte de la ville de Nantes, en 1837, fonctions qu’il occupa jusqu’à sa mort.

Brillant dessinateur, comme son ami Bourgerel, il accompagna l’architecte Mazois, à Reins, en 1825, à l’occasion du sacre de Charles X, pour la décoration de la cathédrale, et ce même talent se fit remarquer chez lui dans l’organisation des fêtes publiques données à Nantes, notamment au passage du Président de la République, en 1849; à l’inauguration du chemin de fer d’Angers à Nantes, en 1851, et surtout dans la splendide fête de nuit, donnée en 1861, au jardin des plantes, lors de l’inauguration de ce jardin et de l’exposition nationale de Nantes.

Il a construit, à Nantes, en 1843, les serres du jardin des plantes; en 1851, l’escalier Sainte-Anne; la même année, la poissonnerie; en 1855, le temple protestant, rue du gigant. On lui doit encore: les décorations de la salle Feltre; les dessins et plan de la fontaine de la Place Royale (qu’il exposa au salon de Paris 1855); le Presbytère de la basilique Saint-Nicolas; le Piédestal remarquable de la statue Cambronne, taillé dans un seul bloc de granit; la restauration du musée municipal des Beaux-arts, et les Bains et Lavoirs publics; il a aussi approprié l’ancien hôtel de la monnaie à l’école préparatoire des sciences et des lettres.

Entre autres beaux tombeaux élevés par lui, il a exécuté, dans le cimetière de la Miséricorde, le ravissant et poétique tombeau en marbre blanc des enfants Le Boux, et dans celui de la Bouteillerie, la stèle élevée, au frais de la ville de Nantes, à la mémoire d’Haveloose, le bienfaiteur des pauvres.

Il a fait, comme architecte, beaucoup de projet et pris part à de nombreux concours, mais, malheureusement, des compétitions regrettables vinrent souvent entraver ses travaux et les crédits ne lui furent accordés qu’avec la plus grande parcimonie.

Ajoutons qu’il fut chargé de succéder à Lassus, comme architecte de la Basilique de Saint Nicholas, et qu’il avait exposé à plusieurs salons nantais.

Driollet possédait une série de lettres très curieuses de Duban, son maitre.

Le temps des capacités – Les diplômés nantais à la conquête du pouvoir dans la ville – Yannick Le Marec

En 1837, le maire de Nantes, Ferdinant Favre recrute un « artiste », Driollet, comme architecte-voyer, puis en 1843, il l’élève au titre d’architecte-voyer en chef, avec comme adjoint, deux autres architectes de profession : Rabineau et Gaillard. Ces adjoints sont salariés à temps complet, mais Driollet peut exercer d’autres fonctions. Aussi, au traitement de 4500 francs qu’il reçoit en qualité d’architecte-voyer en chef, et aux profits qu’il tire de ses travaux d’architecte libéral, il ajoute 1900 francs au titre de professeur de dessin à l’école primaire supérieure. Dans la première moitié du XIXe siècle, il est le spécialiste le mieux rémunéré de la ville.

Les réseaux professionnels

Chez les architectes, Henri-Théodore Driollet est sans doute l’exemple accompli d’une carrière municipale menée à partir de sa position professionnelle. Selon Gilles Bienvenu, il arrive de Paris à Nantes, recruté d’abord comme professeur de dessin à l’école primaire supérieure. Il est jeune, 31 ans. Même s’il est sorti de l’école des beaux-arts 10 ans plus tôt, il vient seulement d’effectuer son voyage en Italie. L’année suivante, en 1837, il est embauché comme architecte-voyer de la ville, ce qui dénote une grande capacité à faire valoir son talent pour un poste d’une telle responsabilité.

A partir de ce moment, il œuvre pour la formalisation de structures reconnues de l’architecture. Il est ainsi membre fondateur de la Société centrale des architectes, en 1841, et de la Société des architectes de Nantes en 1846. de sa position comme « architecte de l’administration », il manœuvre habilement pour faire valoir ses projets auprès du maire. En 1841, il est nommé à la commission départemental des bâtiments civils puis, en 1843, il devient architecte-voyer de la ville, avec un service élargi et notamment deux architectes-voyers adjoints. Il sait aussi utiliser la société académique comme tribune et comme espace de validation scientifique de son expertise.

PLAN DRIOLLET 1860

Le plan Driollet est le projet le plus « haussmannien » de Nantes. La rue de Strasbourg et le dégagement devant la cathédrale seront les seules réalisations.

Driollet associe à ses qualités d’artistes les capacités d’un homme pratique qui entend, par le progrès technique et la réforme urbaine, améliorer les conditions de vie des classes défavorisées.

Le logement populaire tient une part importante dans ses préoccupations sociales d’architecte.

Auteur en 1850 d’une « étude pratique sur la possibilité d’arriver promptement à l’amélioration des logements d’ouvriers et d’indigents et son application à la ville de Nantes », il préconise un système de prime à la restauration et à la reconstruction sur place de logements salubres destinés aux classes nécessiteuses, sans déplacement de population.

A Nantes, la commission des logements insalubres avait proposé quelques percées ponctuelles. Consultée sur son rapport par le maire en 1853, la Société des architectes présidée par Driollet avait repris dans sa réponse le projet de prime à l’amélioration de l’habitat et avait en outre préconisé un réseau de percées cohérent qui renouvelleraient tout le tissu ancien de la ville.

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