Matériel de 1850

HABITATION OUVRIERES ET AGRICOLES – CITÉS, BAINS ET LAVOIRS par E.Muller – Paris 1856

PLANCHE 38

Bains et lavoirs

Plan du rez de chaussée. A droite, entrée des femmes pour le lavoir et pour les bains. Elles passent devant le bureau, d’où l’on peut surveiller les enfants que les mères déposent dans les salles d’attente. Le couloir les conduit aux bains dans l’aile droite qui contient sept baignoires, une étuve avec cabinet de repos, seize place pour bains de pieds, et une piscine: cette dernière est établie pour des enfants en bas age seulement. Sa disposition consiste à être partagée en trois compartiments séparés, de diverses profondeurs, dans lesquels les petits enfants pourront barboter à leur aise, sous les yeux même des mères qui, du lavoir, les surveilleront par deux larges fenêtres dont les appuis descendent assez bas. L’eau se renouvelle continuellement dans ces piscines.

Des bains, de même que du lavoir, on peut passer dans les privés placés au fond de cette aile.

L’aile gauche contient les bains pour les hommes , qui passent devant le portier chargé de la recette et du service. Ce côté comporte la même distribution que l’autre : la piscine servira pour les garçons seuls, et plus grands. La loge, une cuisine au rez-de-chaussée et deux chambres à l’étage, forment le logement du surveillant.

Les laveuse entrent directement dans le salle de trempage, d’où, par un vasistas, elles donnent leur linge à la buanderie.

Après la lessive , elles viennent le reprendre par les fenêtres A , munies de banquettes, et vont le laver et le rincer dans le lavoir où chaque femme trouva à sa disposition : deux bacs, dont l’un avec eau chaude, l’autre avec eau froide, et deux essoreuses B ou deux presses C. Au sortir du lavoir, les laveuses se rendent par l’escalier D, aux séchoirs a air libre E (plan de l’étage), placés au-dessus des bains, et, par le balcon F, au séchoir à air chaud G.

De ce séchoir, elles vont dans la salle à repasser H, meublée de trois tables et d’un foyer I pour le chauffage des fers. L’opération terminée, l’escalier D de droite sert à la sortie par le couloir K, qui conduit devant h salle d’attente des enfants et le bureau où s’acquitte le droit.

Le surveillant communique à l’étage et au grenier par un escalier placé à coté de la loge.

A droite de la salle de repassage se trouve une chambre devant servir de logement ou de magasin pour divers articles du matériel de la maison, et qui communique au grenier. Ce grenier, qui s’étend sur tout le bâtiment de face, sert encore de séchoir et peut être loué pour des lessives particulières.

La buanderie se compose au rez-de-chaussée: de quatre cuviers L de deux dimensions différentes; de deux chaudières M destinées au chauffage de l’eau des bains et du lavoir; d’une machine à vapeur N de 1 cheval, nécessaire pour élever les eaux dans les réservoirs placés au grenier , et pour mouvoir les pompes des cuviers.

L’escalier 0 conduit à la cave où se trouvent : le calorifère qui, par le canal P, envoie l’air chaud dans le séchoir au 1er étage, et une ou deux chaudières concentriques pour le service des cuviers. Nous verrons plus loin les détails de ces divers appareils.

Le sol du rez-de-chaussée est en asphalte avec pente suffisante pour le rapide écoulement des eaux. Le sol des séchoir et du grenier est en carrelage rejointoyé au ciment. les piscines sont en maçonnerie garnie intérieurement de plaques en faïence d’une seule pièce en hauteur pour éviter les joints. Les baignoires sont en fonte émaillée d’une seule pièce.

Le lavoir est ventilé : par une large cheminée en tôle, dans laquelle passe le tuyau de fumée pour activer le courant d’air; par les fenêtres latérales, et par celles très-grandes du pignon.

Ces plans et les coupes qui suivent ont été projetés pour la Cité de Mulhouse, mais la dépense que nécessite cet établissement étant trop grande, l’administration a demandé quelques modifications, en adoptant toutefois cet agencement et tous les détails. Les bains et lavoirs que j’exécute cette année sont exactement ceux que je décris, avec la différence seulement qu’il n’y a place que pour dix-huit laveuses et six cabinets de bains. Cependant, toutes les dispositions sont prises pour pouvoir doubler.

PLANCHE 40

Cuvier à lessive avec sa chaudière (appareil de Mr Bouillon)

L’appareil à lessive se compose d’un cuvier dont le fond est en fonte et le pourtour en bois, assemblée par une bande de caoutchouc vulcanisé.

Fig.1. Ce cuvier est divisé dans sa hauteur, par une grille en métal, en deux compartiments. Celui du dessous est assez grand pour contenir la dissolution sodique et laisser un espace de 8 à l0 c/m entre la surface de cette dissolution et la grille au dessus de laquelle on entasse le linge à blanchir. Le fond du cuvier communique avec la chaudière (fig. 2 et 7) par des tuyaux en cuivre, l’un partant de la calotte de la chaudière, qui amène l’eau des cuviers à chauffer, l’autre qui conduit l’eau de la chaudière au milieu du fond du cuvier, où elle est puisée par une pompe qui la déverse sur le linge. Les tubulure X à gauche peuvent desservir un autre cuvier, et le tube V de plus petite dimension, adapté au-dessus de la chaudière, sert à prévenir toute pression en communiquant avec la soupape S, placée à côté du cuvier et représentée en plan et coupes par la fig. 5.

Les trois fig.7 donnent les autres détails de la chaudière, et 7′ indique la fermeture des trous nécessités par la fabrication et le nettoyage de cette même chaudière. Celle ci est en fonte, enfermée dans un fourneau en briques, et formée de deux cloches dont l’une recouvre l’autre, en laissant entre elles un espace de 10 ou 12 c/m: à leur base, elles sont réunies par un fond plat circulaire.

Le liquide remplit l’intervalle concentrique, et le foyer agit directement sur tous les points de la cloche intérieure; une petite ouverture ménagée au centre du sommet de la chaudière facilite la combustion de tous les gaz qui, sans cette précaution, ne serraient pas utilisés pour le chauffage. La flamme passe en outre autour de la cloche extérieure par des carneaux régulièrement distribués autour de sa base, de sorte que la mince couche de liquide interposée se trouve chauffée par les deux surfaces à la fois.

Je complète la description du cuvier en disant qu’il est fermé par un couvercle en tôle galvanisée, s’enlevant par des chaines au moyen d’une poulie placée au plafond, et guidé par deux tringles fixées à ses rebords; ces dernières glissent dans deux canons en tôle qui sont attachés au cuvier par quatre pattes en fonte, représentées en détail, fig. 6, A, B, C; A n’indique qu’un bout de la tringle intérieure.

Fig. 3 et 3′. Détails de la pompe élévatoire de la lessive, composée de trois tuyaux concentriques; celui extérieur ne servant qu’à préserver le linge d’un contact avec une surface métallique trop chaude; les deux autres, dont le plus petit sert de corps de pompe, sont espacés de 1 c/m. environ. Nous verrons plus tard le but de l’intervalle ménagé entre ces deux tuyaux, dont le plus grand descend jusqu’au fond du cuvier, où il est percé de trous.

La tige du piston (fig. 3) a une embase attachée a un ressort qui la ramène à chaque coup à sa position. Le piston est manœuvré par une chaine attachée à un moteur quelconque et fixée à sa tête par une goupille mobile.

La grille se compose d’une douille en fonte (A et B, fig. 4) qui s’ajuste par une clavette autour du plus grand des trois tubes de la pompe, et qui porte quatre bras à rainures dans lesquels se fixent quatre rayons en fer à T aboutissant à un cercle en fer (fig. 4, C). Ces rayons sont assemblés au cercle, qui est divisé en quatre segments et qui repose sur quatre tasseaux (T, fig. 1) que l’on place sur les bords du fond du cuvier. Des barres rondes, reliées entre elles comme l’indique la fig.4, E, complètent la grille.

La fig. 8 donne les détails de tubulures qui devront avoir cette forme quand celles X (fig. 2) alimenteront quatre cuviers. La fig. 9 représente la forme des tubulures dans le même cas, avec la différence que le tuyau de vapeur V, qui aboutit a la soupape S (fig. 1 et 2), y trouve son ajustage au lieu d’être appliqué directement sur la chaudière.

PLANCHE 41.

Lavoirs à compartiments de M Bouillon

Les fig. 1,2 et 3 donnent les détails, plan et coupes d’un bassin pour lavage en commun.

Ce lavoir, construit en pierre de taille à l’hôpital de la Riboisière, est divisé en quatre compartiments: M est le bassin à rincer autour duquel se fait le lavage; N, N’ sont deux places spéciales pour le trempage et le passage au bleu; Q sont des bassins dans lesquels on met de l’eau de lessive pour le lavage.

P sont les stalles dans lesquelles se placent les ouvrières. Détails fig. 4..

R chevalets tricycles sur lesquels on place le linge rincé. Détails fig. 6.

S chevalets fixes à côté des laveuses. Détails fig. 5.

Les tuyaux marqués en plan servent à l’arrivée et au départ des eaux, comme il sera indiqué à l’article Lavoirs.

Fig. 7. Robinets tournants communs à deux compartiments, marquée T en plan.

Lavoirs séparés

Les fig. 8, 9 et 10 donnent les détails des bacs à laver, qui se composent d’un bâtis portant des cuves en bois, au-dessus et au bord desquelles un madrier incliné permet l’opération du lavage.

Deux tuyaux en cuivre, munis chacun d’un robinet à chaque cuve, amènent l’un l’eau chaude et l’autre l’eau froide.

Le sol en pente forme la rigole sous ces bacs, desquels l’eau s’échappe par une soupape ordinaire manœuvrée par une chainette en fer galvanisé ou par une ficelle.

P est la stalle de chaque laveuse.

Les fig. 11,12 et 13 indiquent la construction des bacs à rincer, qui n’ont qu’un seul tuyau à eau froide. Il y a, en plus qu’au bac à laver, deux traverses en bois, au-dessus des cuves, qui permettent aux laveuses de placer leur linge à mesure qu’il est propre.

Les fig. 14 et I5 représentent des bacs à deux compartiments,

X pour laver, Y pour rincer. Deux tuyaux et des tringle en bois complètent cette disposition qui résume les deux autres.

PLANCHE 42.

Calorifère et séchoir

Fig. 1, 2 et 3. Plan et coupes du calorifère de M. BouiIlon.

Un canal d’amenée d’air froid entoure le chambre du calorifère, qui lui donne accès par six ouvertures. La grille, établie, comme ordinairement, est surmontée d’une cloche en fonte et de quatre plus petites, latérales, qui communiquent avec le foyer.

Les produits de la combustion, après avoir passé par les cinq cloches, se rejoignent au-dessus de celles-ci dans une caisse de forme carrée traversée par des tuyaux de passage d’air. La cloche centrale est percée à sa partie supérieure d’une ouverture assez petite pour forcer les gaz à passer par les quatre autres cloches (fig. 6).

Au-dessus de la caisse se réunissent les gaz qui échauffent, en suivant un chemin en zig-zag, les tubes inclinée indiqués dans les coupes, par lesquels passe de l’air froid. L’air chauffé par la cloche se rend directement dans le réservoir d’air chaud, où va le rejoindre celui chauffé dans les tubes: cette disposition est évidemment la plus avantageuse.

La fig. 3 indique la porte de nettoyage des tuyaux, qui s’assemblent dans deux plaques en fonte. Ils sont ou en tubes séparés, ou en une pièce par rangée, et en ce cas, à surfaces ondulées comme elles le seraient par la juxtaposition des tubes, afin d’augmenter la surface.

Fig. 7, 8, 9, 10. Détails de la caisse formée de deux plateaux.

J et N sont les cinq trous d’assemblage des cloches. A sont les passages d’air.

Z, des fig. 7 et 10, sont les ouvertures de nettoyage.

Le nettoyage de ce calorifère est comme on le voit, très facile.

Les surfaces chauffée sont aussi grandes que possible; aussi les résultats sont-ils des plus satisfaisants.

Séchoirs

Fig. 11 et 12. Le plan et la coupe IK indiquent deux espèces de séchoirs. La partie à gauche des figures représente de larges chevalets, que l’on peut employer dans un établissement où le linge est confondu pendant le blanchissage. Dans un lavoir public, je conseille l’exécution des tringles de suspension, système beaucoup plus économique que les chevalets établis partout jusqu’ici.

Les détails du séchoir à chevalets seraient superflus: ils se trouvent dans tous les ouvrages anglais et dans les brochures publiées par le ministère du Commerce.

Fig. 14 et 15. Coupe et élévation du bâtis du séchoir, qui se compose d’une suite de montants de fer en croix (coupe a, b), reliés haut et bas par deux traverses. Une boite en tôle ferme chaque intervalle, au moyen d’une poignée en fer extérieure (o, fig. 16).

Intérieurement est fixée à cette boite une tringle au bout de laquelle est un anneau en équerre, qui glisse autour d’une barre supérieure tirée dans la maçonnerie. En tirant ainsi une tringle de suspension jusqu’à l’extrémité de sa course, la femme qui veut sécher son linge suspendra la poignée à un crochet fixé au plafond par un fil de fer; quand son linge est étendu sur la tringle, elle la rentre et ferme ce compartiment.

L’air chaud arrive par le fond du séchoir à une hauteur de 0,40m au-dessus de son sol, et, saturé d’humidité, s’écoule tout le long et au bas des cloisons de séparation du séchoir, qui forment cheminée comme l’indiquent les fig.11 et 12 De là, l’air humide passe dans la cheminée de ventilation.

PLANCHE 43.

Fig.1 Bains et lavoir. Élévation

Cette élévation se rapporte aux plans et coupes des planches 38 et 39. Elle correspond aussi au plan de la buanderie à vapeur, qui n’est autre que celle de l’école militaire, modifiée (en ce qu’elle a d’incommode par suite de l’emploi de vieux bâtiments) conformément aux indications de Mme Charles et de M.Isabey, architecte.

Fig. 7. Plan d”une buanderie à vapeur.

L’entrée est à coté du bureau du surveillant. L’opération commence par le trempage, qui se fait dans les deux bassins en pierre A, remplis de dissolution alcaline. Les tréteaux qui entourent ces bassins reçoivent le linge a tremper qui, au sortir de cette opération, est porté sur les bancs placés devant les cuviers à vapeur. Trois grands cuviers avec bancs de service pour l’encuvage, et trois petits complètent, avec deux cheminées, la buanderie à vapeur. Dans la salle à gauche se trouve un lavoir à compartiments de rinçage, deux essoreuses dans le fond, et dans un coin un monte-charge qui porte à l’étage le linge à sécher.

L’escalier placé à coté des essoreuses, conduit à l’étage où se trouve le séchoir à air chaud, et les accessoires dont nous verrons les détails dans la planche suivante. On descendra avec le linge séché par l’escalier de droite, afin de passer devant le bureau.

Fig. 2 et 3. Élévation d’un cuvier à vapeur, en tôle galvanisée ou en cuivre rouge.

Fig.4 et 5. Coupes.- Fig. 6. Plan.- Le foyer de ce cuvier est disposé pour la houille: pendant l’opération, il est entièrement recouvert d’eau. La grille qui sépare le linge du fond,est en madriers de sapin percé de trous dans lesquels on place, pendant l’encuvage, des cylindres en bois pour ménager des cheminées: ces trous et cylindres sont indiqués en C, fig.4 et 6. J’ai indiqué en plus trois cloisons en planches D, au moyen desquelles il sera facile de séparer le linge.

PLANCHE 44

Plan du 1er étage

On y arrive, comme nous l’avons vu, par l’escalier de gauche.

Cet étage contient: le séchoir à air chaud, la salle de pliage, et celle de repassage avec un foyer F pour les fers.

Les coupes AB et CD complètent l’explication, et indiquent que le grenier est entièrement à claire-voie avec volets à lames mobiles.

Les cuviers (fig. 5, 6, et 7) sont disposés pour brûler du bois: les foyers n’ayant pas besoin de grilles sont entièrement entourés par l’eau de lessive.

Le séchoir semblable, à quelques modifications près, à celui appliqué à l’école militaire par M. Isabey, est du système indiqué par Tredgold, et appliqué par Edeline, blanchisseur à Saint-Denis en l848.

La coupe CD en donne la disposition.

Il se compose d’une étuve chauffée par des tuyaux, dans laquelle vient successivement, de chaque côte , se rouler un chevalet chargé de linge. Chacun de ces deux chevalets, qui sont placés à des hauteurs différentes, a les 2/3 de la longueur du séchoir:

La moitié MM sèche pendant que l’autre moitié NN à droite se charge du linge; quand cette partie sera poussée dans le séchoir, l’autre MM sera à gauche de l’étuve, dans le compartiment OO, ou elle sera débarrassée.

Le calorifère à établir est très simple.

En F (plan) est un foyer dont les produits se rendent dans les deux cloches G, G, auxquelles aboutissent deux tuyaux de tôle qui, en suivant les côtés de l’étuve, se rendent dans la cheminée H; en I, deux ventouses dans le mur donnent, par de gros tuyaux (lesquels entourent ceux de fumée sur une partie de leur longueur), accès à l’air froid qui se chauffe avant d’être jeté dans le séchoir par le canal ouvert en K (plan et coupe AB), sous les barres d’étendage des charriots. L’air humide est appelé du coté opposé, par une cheminée de ventilation ouverte au niveau du sol de l’étuve sur 0,30m de hauteur et ayant toute la largeur de cette dernière. L’action en est assez puissante parce qu’elle est chauffée par la cheminée en tôle H. Les chariots sont composés d’un châssis roulant la face et le fond des deux chambres à droite et à gauche de l’étuve.

Les fig. 1, 2, 3 et 4 en permettront aisément l’exécution.

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