BAINS-DOUCHES NANTAIS

« Maison-Rouge » fera des petits dans les quartiers populaires (André Péron – Nantes-Passion n°203 – mars 2010)

plan-bains-douches-nantais-bigPlan des bains-douches de Nantes

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Pendant longtemps, le seul bain accessible aux couches populaires était le bain de rivière qui sera encadré par la ville pour être pris sans incommodité et sans danger. Le rivage de la prairie de Mauves est dédié aux hommes alors que la rive sud de l’île Gloriette est réservée aux femmes.

Vers 1840, apparaissent les « piscines flottantes » dont le bassin est délimité par des pontons sur lequel on peut trouver des cabines de bains froids. A Nantes au 20e siècle, cet établissement stationné de mai à septembre autour de l’île Feydeau affichait sur sa coque « École de natation et Bains en Loire ».

Grâce à l’arrivée du chemin de fer vers 1850, la mode des stations balnéaires et du bain de mer touche la bourgeoisie. Vers 1880, avec l’image de la côte propagée par la carte postale, commence l’âge d’or des plages de Loire qui deviennent le lieu de rendez-vous des familles modestes qui se baignent (et se lavent gratuitement). Après 1950 de nouvelles habitudes apparaissent avec l’apparition des premières piscines en dur. Pour des raisons de sécurité et d’hygiène, l’interdiction de la baignade en Loire se généralise. Pendant un siècle, la cohabitation entre riverains et baigneurs en maillot de bain (et quelquefois nus) a fait l’objet de plaintes, de rapports, d’arrêtés municipaux, de règlements…

Maison Rouge : Quelques jours seulement après le vote de la loi du 3 février 1851, le maire de Nantes, Évariste Colombel, nomme et préside une commission chargée d’en étudier la question et c’est l’architecte-voyer, Henri-Théodore Driollet, qui en dressera les plans la même année sur le quai de la Maison Rouge. Achevée en 1855, « Maison Rouge » sera inauguré le 7 janvier 1860.

Rue Noire : En 1889, un projet complet de bains et lavoirs est dressé rue Noire (ancienne rue du Général Bedeau) dans le quartier déshérité du Marchix. En raison de la dépense élevée on ne construisit que le lavoir, inauguré le 8 février 1892. La partie bains-douches réclamée à plusieurs reprises par la population ouvrira finalement en 1925.

Dupleix : Le deuxième établissement de Bains et Lavoirs, dessiné par l’architecte communal Alfred Marchand, sera inauguré en 1901 rue Dupleix sur la butte St Anne. Après l’asile de nuit de la rue de la Pelleterie, c’est le premier à proposer une nouveauté à l’époque : les « bains par aspersion » (appelés ensuite bains-douches, puis enfin douches). Ceux-ci sont destinés aux hommes alors que les femmes bénéficient de bains ordinaires ou « de Barèges ». L’établissement comprend également lavoirs, fourneau alimentaire, réfectoire pour 144 personnes et dépôt de pompe à incendie. Gravement touché par les bombardements alliés de 1943, Dupleix est agrandi et modernisé pour reprendre du service en 1952.

1952-dupleix Bains-Douches rue Dupleix (rénovation de 1952)

 

1908 : Plans de Francis Leray, architecte de Nantes de 1907 à 1909 : A gauche projet de bains et lavoirs rue Conan-Mériadec le 12 août 1908. A droite projet de bains Rue Noire le 10 septembre 1908

Rue-Noire & Michel-Rocher : En raison de la guerre, l’établissement envisagé dès 1908 pour remplacer Maison-Rouge, n’ouvrira qu’en 1926 rue Michel-Rocher : Le 28 octobre 1910, le Conseil Municipal approuvait les projets dressés par l’Œuvre Française d’Hygiène pour la construction et l’installation des deux bains-douches et votait les crédits le 28 juillet 1911. Les travaux de gros œuvre du bâtiment de la rue Noire commencés en 1913 étaient presque terminés quand ils durent être suspendus. Les deux projets ont été relancés en 1920 et les travaux confiés en 1923 aux entrepreneurs des travaux d’entretien des bâtiments communaux.

Rue-Noire et Michel-Rocher sont finalement inaugurés les 27 juin 1925 et 17 juillet 1926. Ces bâtiments exceptionnels qui associent régionalisme et modernité sont l’œuvre d’Étienne Coutan. Les matériaux utilisés soulignent la qualité de l’ouvrage : douches réalisées en briques vernissées blanches aux tranches arrondies, serrurerie et robinetterie en cuivre, menuiserie en bois exotique vernis. Chaque détail de mobilier intérieur sera dessiné avec soin : coffre à linge, meuble de rangement, porte-manteaux, miroirs, porte-savons, lustres… Le Mosaïste italien Odorico assurera le revêtement intérieur en granito, matériau composé de mortier et de pierres colorées concassées présentant, après polissage, l’aspect d’un granit. En 1927, un dispensaire édifié par Coutan complète le bel ensemble hygiéniste de la rue Noire.

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1932-rue-noire1932 : Intérieur Rue Noire

 

Chantenay et Doulon : Pour Nantes, qui dispose de son propre service d’eau depuis 1895, le captage n’est possible qu’à Doulon « à une distance qui met l’eau à l’abri de toute contamination » et son stockage apparaît placé de manière idéale à Chantenay sur le point culminant de l’agglomération (altitude : 52 m). Les bassins filtrants sur le site de la Roche datent de 1899 et le réservoir d’eau potable, véritable « temple de l’eau potable » d’une capacité de 20 000 m3, est édifié en 1903 au lieu-dit de la Contrie.

En 1908 et contre l’avis des municipalités, l’annexion de Chantenay (l’industrielle) et de Doulon (la maraîchère) repose sur une politique d’hygiène. Le service des eaux et les égouts figurant en tête des avantages pour la population.

C’est lors de la séance du 24 novembre 1911 que le Conseil Municipal décide la création de deux établissements de bains-douches et lavoirs publics à Chantenay et Doulon.

Prinquiau : Si la population du Bas-Chantenay peut aller laver en Loire ou se rendre au lavoir de la rue Dupleix, celle du Haut-Chantenay n’a pour lavoirs que des trous d’eau dormante ou des ruisseaux pollués, ce qui provoquent de nombreux cas de fièvre typhoïde. Alors que la loi sanitaire de 1902 impose aux communes d’agir en créant des établissements « propres à faciliter la mise en place de l’hygiène » les bains-douches du quartier Zola vont mettre cinquante ans à sortir de terre.

Si le terrain est repéré dès 1911 vers le chemin du Prinquiau et que Coutan a établi les plans d’un bâtiment en rotonde de deux étages, l’acte de vente n’est signé qu’au printemps 1915, bien après le début de la première guerre mondiale qui bloque tous les projets.

Dans l’entre-deux guerre la mairie reçoit plusieurs offres de sociétés parisiennes qui proposent de construire et d’exploiter une quinzaine d’années l’établissement construit sur un terrain donné par la ville. Les négociations tournent court, alors que la population manifeste des signes d’impatience.

Jules-Bréchoir & Prinquiau : Réclamés depuis longtemps mais retardés par les deux guerres mondiales, les deux  derniers bains-douches nantais (Jules-Bréchoir à Doulon et Prinquiau à Zola) ouvrent les 22 novembre 1855 et 2 juin 1956. Ils figurent parmi les priorités de la municipalité Philippot (1945 à 1947) dans le programme de grands travaux pour la reconstruction de Nantes et sont financés par l’État. Pour les deux, un grand jardin est prévu pour les enfants :

  • Jules-Bréchoir à Doulon (Architecte Jean Maëder) comprend l’un des centre médico-social le mieux conçus de France; avec son habillage brique et soubassement granit, il renouvelle un langage architectural initié dans les années 1930.
  • Prinquiau ouvre à Zola l’année suivante. Les plans sont de Yves Liberge et la décoration de Jean Mazuet, le sculpteur du monument aux Cinquante otages. L’équipement comprendra au final 56  cabines de douches  et 18 cabines de bains. Le rez-de-chaussée, est affecté aux femmes, le premier étage aux hommes.
1955-brechoir-et-prinquiau           Jules-Bréchoir à Doulon (côté jardin)              Moulages pour Prinquiau à Zola

En 1956, La ville gère désormais six grands établissements de bains-douches dont les trois plus anciens sont accolés à des lavoirs : Maison-Rouge, Dupleix et Rue-Noire.

Il faut ajouter au tableau la piscine olympique de l’île Gloriette (inauguré en juillet 1951 et renommée Léo-Lagrange en 1962) ou des générations de nantais prendront des douches publiques après s’être baignées dans les petits ou grands bassins.

Après une longue période de rattachement à la direction du Service des Eaux (1922 à 1979), le Service des Piscines et Bains (qui intégrait les bains-douches) fut scindé en deux en mars 1979 et la partie bains-douches fut rattachée au Bureau Municipal d’Hygiène qui devint le Service Municipal Hygiène et Santé en 1983.

COULÉS PAR LE PROGRÈS !  Presse-Océan, le 30 mars 1977

La construction de grands ensembles dotés d’un équipement sanitaire minimum et la mise aux normes des appartements des vieux quartiers rendront bientôt les bains-douches publics moins utiles. Attendus depuis un demi-siècle, les derniers arrivés verront la clientèle diminuer une décennie seulement après leur ouverture. Avec l’apparition des premières laveries automatiques en libre-service dans les années 1950 et l’entrée du lave-linge dans les foyers après 1960, le temps des lavoirs municipaux est désormais compté.

25 novembre 1966

C’est lors du conseil municipal du 25 novembre 1966 que sont à nouveau évoqués le transfert et la suppression de Maison-Rouge. Faute d’emplacement libre dans les alentours la ville se « contentera » de raser le lavoir. Au même moment est décidée la fermeture des deux autres lavoirs municipaux : Rue-Noire et Dupleix (ce dernier est remplacé en 1968 par le gymnase Gravaud).

En 1978, la ville décide la fermeture de deux premiers bains-douches : Michel-Rocher et Dupleix (ce dernier est transformé en maison des associations en 1981-82).

En 1984, puis en mai 1985, la mairie décide de « couper l’eau » de deux autres bains-douches (Jules-Bréchoir à Doulon et Prinquiau à Zola) et de regrouper ce service à Maison-Rouge. C’est fin novembre 1986 que les plus anciens bains-douches de Nantes ferment côté ouest et que les nouveaux ouvrent côté est dans ce qui restait du lavoir.

Afin d’accueillir le mouvement associatif naissant et en quête de locaux, la plupart des bains-douches sont réhabilité en Maisons pour associations. Prinquiau, Maison Rouge et Bréchoir seront inaugurés durant la campagne municipale de 1989 remportée par Jean-Marc Ayrault.

Le 1er avril 2016, Johanna Roland annonce la fermeture et le transfert de Maison-Rouge sur l’île de Nantes. Les bains-douches et le restaurant social Pierre Landais seront regroupés en 2019.

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