1859-73 Cie Gén. des Eaux

Nantes Novembre 1859

Courrier de la Compagnie Générale des Eaux pour la Préfecture

Messieurs les membres du Conseil de préfecture de la Loire Inférieure.

Dans le courant de l’année 1855, la ville de Nantes a fait construire sur les bords de la Loire, au quai Baco, des bains et lavoirs publics pour l’usage de la classe indigente. Lorsque nous eûmes à dresser, en 1856, de concert avec Mr le Maire, la liste des établissements ayant droit à une répartition dans les 40 000 mètres cubes d’eau livrés par la compagnie pour les besoins publics, nous n’hésitâmes pas à y admettre les bains et lavoirs publics du quai Baco, parce que cet édifice, construit au frais de la ville et dans l’intérêt de la population pauvre nous paraissait avoir un caractère municipal et hospitalier.

Jusqu’à ce moment, soit que les installations intérieures fussent incomplètes, soit que la ville reculât devant les charges onéreuses de l’exploitation, les bains et lavoirs n’avaient pas été mis en activité. Mais l’administration municipal a imaginé un moyen d’alléger ses charges. Elle a passé avec un Sieur Rigola un traité en vertu duquel l’établissement des Bains et Lavoirs publics a été divisé en deux parties distinctes bien séparée l’une de l’autre. Dans l’une des partie a été aménagé le service affecté à la population pauvre et qui doit donner des bains et lessives gratuits et à prix réduits. Dans l’autre partie dotée d’aménagements confortables, Mr Rigola donnera des bains à la classe aisée et en fera porter à domicile. Il y a en outre une blanchisserie, dans laquelle il se charge de blanchir, d’après des tarifs déterminées, tout le linge qui lui sera confié.

L’exactitude des détails qui précèdent est certaine. Ils sont connus d’ailleurs des autres établissements de bains qui ont élévés de vives et inutiles réclamations contre cette concurrence municipale.

Lorsque ces faits sont parvenus à notre connaissance nous n’avons pas hésité à penser que le mode de gestion adopté par l’administration était de nature à leur enlever le caractère d’établissement communal, au point de vue du cahier des charges qui régit notre exploitation. Nous ne pouvons pas être tenu de donner gratuitement l’eau à la blanchisserie et aux bains de Mr Rigola, qui constitue un établissement privé abrité par un bâtiment communal.

C’est par suite de ces circonstances que nous nous voyons dans la nécessité de porter notre réclamation devant le tribunal de Préfecture, seul tribun compétent.

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Nantes le 24 avril 1860

Courrier de Mr Rigola au Maire

Mr le Sénateur Maire de Nantes

Depuis l’ouverture de l’établissement Bains&Lavoirs, nous avons eu des arrêts du service d’eau assez fréquents. J’ai pu parer à ces inconvénients en faisant fonctionner les pompes.

Il peut arriver des cas ou la chaudière à vapeur ne pourrait fonctionner, je me trouverais alors arrêté. Quoique la marche des pompes nécessite des frais, je n’hésiterais cependant pas l’employer.

Pour parer à cet inconvénient, il m’est facile de prendre de l’eau provenant de condensateur de la machine à vapeur de la filature de Mr Duval, 6 rue des Olivettes. Le débit provenant de sa machine est évalué à 12000 litres.

Pour l’installation de cette conduite, il m’est nécessaire de passer dans la cour de l’établissement des frères des écoles Chrétiennes. Ce passage n’offre aucun inconvénient, j’ai l’autorisation des autres propriétaires.

A titre de concession pour l’eau que Mr Duval me donnera, je m’oblige, quand il sera reconnu que sa citerne alimentée par la rivière à travers les sables viendrait à baisser jusqu’au dessous d’un niveau de —–, j’aurais à lui retourner la quantité de 5000 litres d’eau. Il est donc présumable dans les cas les plus défavorables que je recevrais de Mr Duval 12000litres, sois pendant 8 mois 96000 litres. J’ai convenu que je lui livrerai seulement 5000 litres en moyenne pendant 4 mois soit 20 000 litres

La différence en ma faveur sera donc de 76 000 litres

Il y a donc par le fait un intérêt général, c’est donc pourquoi je viens vous prier de vouloir bien me donner votre concours, après examen de ma demande que j’espère sera prise en considération et une visite sur les lieux, vous reconnaitrez l’avantage que cela peut offrir.

Rigola

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Nantes le 9 mai 1860

Rapport de Driollet Architecte-Voyer en Chef pour le Maire

Le sieur Rigola, dans sa lettre du 24 avril dernier, vous fait connaître que depuis l’ouverture des Bains et Lavoirs, le service d’eau, par les intermittences assez fréquentes a souvent manqué déjà aux besoins de l’établissement et que pour obvier à ce grave inconvénient, il pourrait recueillir en hiver toutes les eaux chaudes de condensateur provenant de la puissante machine à vapeur de la fabrique Duval sauf à remplacer ce volume d’eau comptabilisé par un compteur à son entrée dans les basses eaux d’été par un volume d’eau moitié moindre provenant du service d’eau municipal et livré au compteur, de cette sorte que tout le monde y trouverait son avantage, tout d’abord la Cie des eaux qui délivrerais moitié moins d’eau à l’établissement , le Sieur Rigola qui recevrait dans ses réservoirs des eaux à la température de 30 degrés et enfin Mr Duval qui n’aurait pas à redouter les basses eaux. Si la Cie des eaux est raisonnable, elle doit accepter cette proposition qu’il y a lieu, je pense de lui faire officiellement au nom de l’administration pour mettre l’établissement en garde contre l’intermittence du service.

Je suis avec respect, Monsieur le Maire, Votre très humble serviteur. Driollet.

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Nantes le 22 juin 1860

Compagnie Générale des Eaux pour le Maire

Mr le Chef de l’exploitation de la Comp.Générale. Des Eaux, à Nantes m’a transmis, les diverses pièces relatives à la demande faite par le Sieur Rigola pour obtenir que, sur la quantité d’eau fournie à son établissement de Bains et Lavoirs public, cinq mètres cubes soient journellement cédés à la filature de Mr Duval, à la condition que Mr Duval donnerait aux Bains Rigola les eaux de condensation de sa filature.

Je regrette de ne pouvoir seconder les arrangements que vous avez en vue et qui paraissent, tout d’abord d’une facile exécution, comme sans inconvénients, mais une pareille concession serait contraire en tout points, aux intérêts de la Compagnie.

En effet, en ce qui concerne le Sieur Rigola, vous n’ignorez pas indépendamment de son service public, il doit prochainement exploiter un service privé. C’est une convention à laquelle vous avez donné votre acquiescement par lettre du 31 mars dernier et, la consommation d’eau qui sera nécessaire à ce service privé devant être payée, la Compagnie verrait lui échapper le produit qu’elle a droit d’en attendre car, nul doute que le sieur Rigola n’y employât les eaux chaudes de l’usine Duval.

De plus, en acquiesçant à la demande dont il s’agit, il y aurait entre un service public et un service privé une immixtion et le contrôle de la Compagnie serait difficile à établir.

Enfin, la Cie, qui a droit à toutes les éventualités de produits qui peuvent se présenter à elle, a la certitude, vu la situation dans laquelle se trouve placé la filature de Mr Duval et la manière dont elle s’alimente d’eau, que, dans un temps qui ne peut tarder, cet établissement deviendra son abonné.

La municipalité de Nantes qui veut bien apprécier les efforts de la Compagnie pour satisfaire de son mieux aux conditions de son cahier des charges, reconnaitra, je n’en doute pas, la justesse des observations que j’ai l’honneur de soumettre à votre esprit d’équité. Votre bienveillance, qui m’est particulièrement connue, vous déterminera à ne pas donner suite à une demande contraire à des intérêts industriels.

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Nantes le 22 novembre 1862

Le Maire pour Monsieur Dion, chef de l’exploitation du service d’eau.

Dans la lettre que j’ai eu l’honneur de vous écrire le 19 septembre dernier, je vous priais de prendre le plus tôt possible des mesures à l’effet de donner à l’établissement des bains et lavoirs, pendant le temps qu’il fonctionne, les cent cinquante mètres cubes d’eau que la ville doit lui fournir chaque jour.

Vous m’avez fait connaître verbalement que les tuyaux du branchement destiné à conduire l’eau dans le dit établissement sont d’un trop petit diamètre attendu qu’il a été calculé pour donner les 150 m.c. d’eau nécessaires dans 24 heures et non pendant le temps effectif du travail. Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien me faire connaître les moyens à employer pour obvier au grave inconvénient résultant de l’établissement de tuyau d’un diamètre trop petit. Après vous ètre concerté à ce sujet avec mr Rigola qui exploite le dit établissement, je vous serai obligé, Monsieur, de m’indiquer le montant de la dépense résultant soit de l’établissement d’un tuyau supplémentaire destiné à alimenter une partie des services; soit du remplacement des tuyaux actuels (que vous pouvez sans doute reprendre en compte par de nouveaux tuyaux d’un assez gros diamètre pour fournir en temps utile l’eau nécessaire.

Agréer, Monsieur…

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Nantes, le 18 février 1863

La Cie Gal des Eaux pour le Maire

A différentes reprises, le chef d’exploitation de la Compagnie à Nantes, a eu l’honneur de vous entretenir de l’affaire Rigola. Malgré les démarches de Monsieur Dion, pour obtenir de Monsieur Rigola le paiement des sommes dues à la Cie, paiement qui ne peut soulever d’autre difficulté que celle de savoir si c’est la ville de Nantes ou le Sieur Rigola qui doit l’effectuer; aucune solution n’a pu être obtenue.

Par lettre du 2 février 1863, le Sieur Rigola, prétend que la ville doit payer toute la consommation en eau; et d’un autre coté, après la déclaration d’incompétence du conseil de préfecture, pour trancher la difficulté pendant entre la ville et le Sieur Rigola, aucune autre juridiction n’a prononcé sur ce litige.

Vous comprendrez, Monsieur le Maire, que la Compagnie ne peut en présence de ces difficultés, continuer une fourniture dont le paiement contesté par l’une et par l’autre partie rencontre de tels ajournements.

La Compagnie se verra donc forcée, bien à regret, pour éviter de nouvelles avances de fournitures que l’on refuse de payer, de cesser la fourniture si une solution conforme à nos droits et à nos intérêts n’a été donnée aux justes réclamations de la Compagnie.

Je vous prie donc de vouloir bien examiner à nouveau cette affaire, qui réclame une prompte solution, aussi bien dans l’intérêt de la Compagnie que dans celui d’un établissement dont nous serions forcés d’interrompre le service. Veuillez agréer, Monsieur le maire, l’assurance de ma haute considération. Le Directeur

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branchement frauduleux

1873 31 décembre

Du régisseur des Bains et Lavoirs pour le Maire

Rapport à Mr le Maire de Nantes relativement à un tuyau du service d’eau filtré greffe sur le branchement portant l’eau au compteur.

Monsieur le Maire. Le 24 du mois courant, plusieurs agents de la Cie Général des Eaux ont fait une descente à l’établissement des bains et lavoirs à l’effet de constater l’existence d’un petit tuyau d’eau filtrée destiné en cas de chômage du service public de la ville à l’alimentation de la chaudière à vapeur de l’établissement et greffé sur le branchement portant au compteur.

Ce tuyau considéré par ces agents, comme un moyen de fraude à été mis a découvert, puis coupé par ce motif sur la voie publique. Questionné sur la présence de ce tuyau, j’ai du répondre qu’il n’avait pas été posé par nous et que je ne pouvais d’ailleurs rien préciser pour le moment, ma mémoire à cet égard me faisant défaut.

Depuis, les circonstances qui ont nécessite l’introduction de l’eau filtrée dans l’établissement se sont représentées à mon souvenir; un compteur fut placé sur le branchement, puis, soit en raison du peu d’importance de la consommation d’eau, ou bien encore l’imperfection du compteur, cet appareil fut abandonné, et c’est afin de parer au fréquent et brusques chômages du service public de la ville que le directeur de la Cie d’alors, qui avait la connaissance parfaite de notre établissement et de la fâcheuse situation qui lui était faite, cru devoir mettre à notre disposition ce moyen de secours pour l’alimentation de notre chaudière et la mise en marche de notre pompe, et cela en vue d’éviter les réclamations continuelles de la Villes. Cette installation d’eau filtrée à été faite, je crois en 1867 ou 1868. ce qui prouverait d’ailleurs que cette installation, aussi bien que la faible consommation d’eau qui en résulte n’est pas une fraude faite à la Cie des Eaux, c’est que le robinet d’arrêt placé sur la voie publique et qui ne peut être manœuvré que par la Cie, est toujours resté ouvert.

Enfin et si cela était nécessaire, je demanderais à ce que Mr Dion qui dirigeait à cette époque la distribution des 2aux et qui a du conservé mémoire de ces installations soit consulté si Mr le Maire le juge utile.

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